La Pagani Zonda 760 LH figure parmi les supercars les plus exclusives jamais créées. Commandée sur mesure par le septuple champion du monde de Formule 1 Lewis Hamilton, cette Zonda se distingue par sa robe violette, son V12 atmosphérique de 760 chevaux et surtout sa rarissime boîte manuelle. Son histoire mouvementée, marquée par deux accidents et une restauration complète, en fait aujourd’hui l’une des Pagani les plus recherchées au monde.
Une Zonda 760 sur mesure pour un champion du monde
Le projet d’une Zonda unique
En 2013, Lewis Hamilton décide de commander sa propre Pagani Zonda auprès de l’atelier d’Horacio Pagani. Le pilote britannique, alors déjà multiple champion du monde, souhaite une version personnalisée de la série 760, la lignée la plus radicale des Zonda de route.
Les initiales LH gravées sur la voiture ne laissent aucun doute sur l’identité de son premier propriétaire. Cette Zonda devient officiellement la Pagani Zonda 760 LH, livrée en 2014 comme l’un des premiers exemplaires de cette série ultra-limitée.
Contrairement aux autres supercars de sa collection, Hamilton implique directement dans la conception de ce modèle, notamment sur un aspect technique majeur qui fera toute la différence.
Une spécification radicale
La Zonda 760 LH arbore une teinte violette métallisée saisissante, rare dans l’univers Pagani où dominent traditionnellement les tons noirs, argentés ou blancs. Cette couleur unique couvre une carrosserie sculptée où le carbone apparent joue un rôle central.
L’aérodynamique frappe immédiatement. Un aileron arrière massif en carbone domine la poupe, hérité de la philosophie de la Zonda R de circuit. Un imposant aileron de requin (sharkfin) s’élève sur le capot moteur, signature visuelle forte de cette version.
Les éléments en carbone brillant contrastent avec la peinture violette. Chaque détail aérodynamique possède une fonction précise, héritage direct du passé racing de Pagani et de son expérience avec les prototypes du Groupe C.
Le choix rare de la boîte manuelle
Une transmission à contre-courant
La Pagani Zonda 760 LH marque un tournant dans la série 760 : elle devient la première équipée d’une boîte manuelle à 6 rapports. Les autres exemplaires 760 reçoivent une transmission séquentielle, plus rapide et adaptée à l’exploitation maximale des performances.
Hamilton justifie ce choix avec une formule devenue célèbre : « Ma voiture de société a une boîte à palettes, donc quand je conduis pour le plaisir, je veux une manuelle ». Une référence directe à sa McLaren MP4-12C équipée d’une boîte robotisée.
Ce choix technique transforme profondément le caractère de la voiture. Là où les autres 760 privilégient l’efficacité brute, la LH mise sur l’engagement du pilote et la connexion émotionnelle avec la mécanique.
Impact sur le caractère de la voiture
La boîte manuelle crée une relation directe entre le pilote et le V12. Chaque passage de rapport devient un acte conscient, chaque rétrogradation une synchronisation entre le pied droit et la main gauche.
Cette configuration place la Zonda 760 LH dans une catégorie rarissime : celle des hypercars modernes de plus de 700 chevaux encore équipées d’un levier de vitesses et d’un embrayage manuel. Une espèce en voie de disparition dans l’univers des supercars contemporaines.
L’expérience de conduite gagne en pureté ce qu’elle perd peut-être en efficacité chronométrique. Hamilton recherche précisément cette authenticité, cet engagement total que les boîtes robotisées ne peuvent reproduire.
Un V12 atmosphérique de 760 chevaux
La mécanique de la série 760
Sous le capot moteur en carbone bat un V12 Mercedes-AMG de 7,3 litres atmosphérique. Ce bloc légendaire développe 760 chevaux et 780 Nm de couple, d’où la dénomination de la série.
Cette mécanique représente l’aboutissement du partenariat entre Pagani et AMG, débuté dès la première Zonda C12 en 1999. Le V12 7.3 équipe initialement la Zonda R, version circuit extrême dont la 760 RS dérive pour devenir homologuée route.
L’architecture du moteur reste fidèle aux principes classiques : distribution à double arbre à cames en tête, 12 cylindres en V à 60 degrés, et surtout aucune assistance par turbocompresseur ou compresseur volumétrique. La puissance naît uniquement de la cylindrée, du régime et de la respiration optimisée.
Performances et caractère
Le V12 atmosphérique offre une progressivité linéaire dans la montée en puissance. Contrairement aux moteurs turbo modernes qui délivrent leur couple brutalement, celui de la Zonda 760 LH construit sa force graduellement jusqu’à des régimes élevés.
La sonorité constitue l’un des atouts majeurs de cette mécanique. Hamilton lui-même reconnaît que sa Zonda produit le meilleur son de toute sa collection automobile. Le V12 hurle à haut régime avec une intensité que les moteurs turbo actuels ne peuvent égaler, étouffés par leurs turbines et leurs filtres à particules.
Cette configuration mécanique, associée à la boîte manuelle, crée une alchimie unique. Le conducteur gère directement les 760 chevaux sans assistance électronique excessive, dans une démarche de pilotage pur aujourd’hui presque disparue.
Une histoire mouvementée
L’accident de Monaco en 2015
Le 10 novembre 2015, la Zonda 760 LH connaît son premier incident à Monaco, encore sous la propriété de Lewis Hamilton. Tard dans la nuit, le pilote perd le contrôle du véhicule et percute légèrement un véhicule stationné.
Hamilton attribue cet accident à la fatigue accumulée après des festivités prolongées et à un manque de sommeil. Son pied aurait glissé entre la pédale de frein et l’embrayage, provoquant la perte de contrôle dans les rues étroites de la principauté.
Les dégâts restent limités. La Pagani rejoint rapidement les ateliers pour réparation et revient sur les routes en 2017. Cet épisode n’entame pas la valeur du véhicule, les accidents mineurs étant documentés et transparents dans l’historique.
Le crash de 2023 au Pays de Galles
L’histoire bascule le 15 août 2023. La Zonda 760 LH, désormais propriété d’un collectionneur britannique anonyme, subit un accident majeur dans le tunnel de Penmaenbach sur l’autoroute A55 au Pays de Galles.
Le conducteur aurait perdu le contrôle à l’accélération dans le tunnel, provoquant un tête-à-queue et des impacts violents contre les parois. Les photos montrent des dégâts considérables : carrosseries avant et arrière fracassées, suspension brisée, pare-brise éclaté, phares arrachés et portes endommagées.
Heureusement, le pilote sort indemne de l’accident, bien que choqué. La Pagani rejoint un camion plateau dans un état qui semble rédhibitoire pour beaucoup de supercars. Mais pas pour une Zonda.
Restauration complète par Pagani
Pagani propose un programme de restauration intégrale pour ses véhicules, même gravement accidentés. La Zonda 760 LH retourne à l’usine de San Cesario sul Panaro en Italie, où elle est entièrement reconstruite.
La restauration respecte la spécification d’origine : violet métallisé avec éléments en carbone brillant. Les équipes Pagani remplacent ou réparent chaque élément endommagé selon les standards de fabrication d’origine.
En septembre 2024, la Zonda 760 LH sort de l’usine comme neuve. Elle retrouve exactement son apparence de 2014, à une exception près : les feux de jour LED ajoutés après sa construction initiale sont retirés, jugés peu harmonieux avec le design d’origine. La voiture reprend la route avec son identité restaurée.
Valeur et statut de collection
Une cote impressionnante
Le prix initial de la Pagani Zonda 760 LH avoisine 1,6 million de livres sterling (environ 1,9 million d’euros) lors de sa livraison en 2014. Une somme déjà considérable pour une voiture, même exceptionnelle.
En 2021, Lewis Hamilton vend sa Zonda. Le compteur affiche alors moins de 1 000 kilomètres. Le prix de transaction atteint 8,5 millions de livres sterling (environ 10 millions d’euros), soit plus de cinq fois sa valeur d’origine en seulement sept ans.
Cette valorisation phénoménale s’explique par plusieurs facteurs : la rareté absolue du modèle, la provenance prestigieuse (Hamilton), le kilométrage ridicule, la spécification unique et surtout l’arrêt définitif de la production des Zonda. Chaque exemplaire devient mécaniquement plus rare et donc plus précieux.
L’une des cinq Zonda 760
La série 760 compte seulement cinq exemplaires officiels, chacun unique et construit sur commande. Outre la LH, on trouve la 760 RS (la première, en carbone noir), la 760 LM (avec feux LED surdimensionnés et drapeau italien), et deux autres configurations personnalisées.
Chaque Zonda 760 répond aux désirs précis de son commanditaire. Horacio Pagani et ses équipes travaillent directement avec le client pour définir couleurs, matériaux, équipements et détails techniques. Aucune ne ressemble totalement à une autre.
La 760 LH occupe une place particulière dans cette lignée : elle reste la seule équipée d’une boîte manuelle, et la seule associée à une personnalité mondiale aussi célèbre que Lewis Hamilton. Ces deux caractéristiques renforcent son statut de collection.
L’avis tranché de Lewis Hamilton
Une déclaration surprenante
Dans plusieurs interviews, Lewis Hamilton livre un jugement étonnant sur sa Zonda 760 LH. Il la qualifie de « terrible à conduire », précisant qu’elle possède « le pire comportement routier » de toute sa collection automobile.
Paradoxalement, il ajoute immédiatement qu’elle produit « le meilleur son » qu’il ait jamais entendu sur une voiture. Cette double appréciation semble contradictoire, mais révèle en réalité la nature complexe de cette Pagani.
Hamilton ne critique pas la qualité de construction ou la mécanique. Il pointe plutôt le caractère brut, exigeant et peu compromettant d’une Zonda 760 équipée manuellement et réglée pour la performance pure.
Comprendre ce paradoxe
Une Zonda 760 n’est pas une supercar moderne docile. Ses suspensions dures, héritées de la Zonda R de circuit, transmettent chaque imperfection de la route. La direction précise demande une attention constante. L’embrayage de la boîte manuelle exige un dosage précis.
Contrairement aux supercars contemporaines bardées d’aides électroniques qui gomment les erreurs, la 760 LH amplifie chaque geste approximatif. Elle récompense la précision et punit l’à-peu-près. Cette exigence la rend épuisante en conduite quotidienne, surtout dans le trafic urbain de Monaco ou de Londres.
Mais cette même brutalité crée une connexion émotionnelle intense. Le V12 atmosphérique qui hurle à quelques centimètres derrière la tête, la boîte manuelle qui claque ses rapports, les vibrations qui remontent dans le volant : la Zonda 760 LH offre une expérience sensorielle totale que les supercars modernes, plus rapides mais aseptisées, ne peuvent reproduire.
Hamilton comprend parfaitement cette dualité. Il vend finalement sa Zonda en 2021, probablement conscient qu’il ne la conduit quasiment jamais. Mais il reconnaît sa place unique dans l’histoire automobile : celle d’une supercar sans concession, d’une époque où les constructeurs n’édulcoraient pas encore leurs créations les plus radicales.
La Pagani Zonda 760 LH continue de rouler aujourd’hui, restaurée à l’identique après son accident de 2023. Elle incarne l’apogée des supercars à V12 atmosphérique et boîte manuelle, une combinaison désormais disparue. Son histoire mouvementée, son lien avec Lewis Hamilton et sa rareté absolue en font l’une des Pagani les plus emblématiques jamais construites, un objet de collection dont la valeur ne cessera probablement jamais de croître.

