Certaines voitures ont une histoire. D’autres ont plusieurs vies. La Pagani Zonda Fantasma Evo appartient à cette seconde catégorie. Née en 2005, accidentée en 2012, reconstruite en 2014, puis transformée à nouveau en 2017, cette hypercar unique incarne l’obsession de Pagani pour la perfection. Son parcours illustre aussi un phénomène rare dans l’automobile : celui d’un constructeur qui refuse d’abandonner son premier enfant, même des années après l’arrêt officiel de sa production.
Une Zonda pas comme les autres
La Zonda a officiellement quitté les chaînes de production en 2013, remplacée par la Huayra. Pourtant, Pagani continue de créer des exemplaires uniques pour une clientèle ultra-privilégiée. Ces créations sur mesure portent généralement le code 760, en référence à la puissance de leur moteur.
La Fantasma Evo s’inscrit dans cette lignée exclusive. Mais contrairement aux autres modèles de la série 760, elle n’est pas une création ex nihilo. C’est une renaissance, une reconstruction totale d’une voiture qui aurait dû finir à la casse.
Trois noms, trois vies
L’histoire commence en 2005. Pagani livre la première Zonda F à conduite à droite jamais construite. Châssis numéro 53, carrosserie orange métallisé éclatant. Le propriétaire initial est Peter Saywell, collectionneur britannique réputé dans le milieu des supercars.
La voiture change ensuite de mains et part à Hong Kong. En 2012, le drame : un accident violent endommage gravement la Zonda F. La carrosserie est détruite, le châssis compromis. Pour la plupart des constructeurs, ce serait la fin. Pas pour Pagani.
Le propriétaire hongkongais, Jonathan Hui, décide de la faire entièrement reconstruire en Italie. Pagani accepte, mais va bien au-delà d’une simple réparation. La voiture ressort métamorphosée en 2014 sous le nom de Zonda Fantasma. Fantasma, fantôme en italien. Un nom qui prend tout son sens pour une voiture revenue d’entre les morts.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Trois ans plus tard, en 2017, Jonathan Hui renvoie sa Fantasma à l’usine pour une série de modifications encore plus poussées. Elle en ressort avec le suffixe Evo, marquant sa troisième et ultime évolution.
L’accident qui a tout changé
Le crash de 2012 aurait pu marquer la fin définitive de cette Zonda F. L’impact a été suffisamment violent pour que la plupart des propriétaires auraient simplement encaissé l’assurance et tourné la page.
Jonathan Hui a fait un choix différent. Héritier d’une des quatre grandes familles d’affaires de Hong Kong, ce collectionneur passionné voyait dans cette voiture bien plus qu’un simple objet de luxe. Il y voyait un potentiel inexploité, une base parfaite pour créer quelque chose d’encore plus exclusif.
Le choix du nom Fantasma n’est pas anodin. Il symbolise la résurrection, le retour inattendu d’une voiture que tout le monde croyait condamnée. C’est aussi un clin d’œil à l’approche unique de Pagani, qui transforme chaque reconstruction en opportunité de repousser les limites.
Les modifications qui font la différence
Version Fantasma (2014)
La première reconstruction transforme radicalement la Zonda F d’origine. Le moteur V12 Mercedes-AMG passe de 6,0 à 7,3 litres et grimpe à 760 chevaux, soit 100 chevaux de plus que la version standard. C’est la signature des modèles 760, la série des Zonda les plus extrêmes.
La carrosserie est entièrement redessinée. Pagani intègre les feux LED diurnes inspirés de la Zonda Tricolore, quatre nouveaux becquets en fibre de carbone, une prise d’air sur le toit dans le style de la Zonda Cinque et un imposant aileron arrière. Une ailette centrale en carbone complète l’ensemble.
Le châssis d’origine, endommagé lors de l’accident, est remplacé par une nouvelle structure en Carbotanium, l’alliage carbone-titane signature de Pagani. Plus rigide, plus léger, plus performant.
Version Evo (2017)
Trois ans après la transformation en Fantasma, Jonathan Hui souhaite aller encore plus loin. Il collabore directement avec Horacio Pagani, le fondateur de la marque, pour définir les spécifications exactes de cette ultime évolution.
Le changement le plus visible : la carrosserie en carbone rouge foncé qui remplace le carbone apparent de la Fantasma. Cette teinte bordeaux profonde, rehaussée de bandes tricolores rappelant le drapeau italien, devient la signature visuelle de la voiture.
Le changement le plus significatif se cache sous la carrosserie. La boîte séquentielle d’origine laisse place à une véritable boîte manuelle 6 rapports. Un choix audacieux à l’heure où les hypercars modernes privilégient toutes les transmissions robotisées. Cette boîte provient de la Zonda 760 Lewis Hamilton, elle-même accidentée puis reconstruite.
L’aérodynamique est encore affinée. Chaque élément est optimisé pour réduire le poids au maximum. Résultat : la Fantasma Evo devient l’une des Zonda routières les plus légères jamais sorties d’usine, malgré tous les ajouts aérodynamiques.
Performances et caractéristiques techniques
Sous le capot, le V12 Mercedes-AMG 7,3 litres atmosphérique délivre 760 chevaux. Pas de turbo, pas d’hybridation, juste la puissance brute d’un douze cylindres poussé à ses limites. Le son, mythique, est celui d’un moteur de course à peine domestiqué.
La boîte manuelle 6 rapports offre un contrôle total au conducteur. Chaque passage de vitesse devient un événement, une connexion directe entre l’homme et la machine. C’est une philosophie aujourd’hui rare dans le monde des hypercars, où l’efficacité des boîtes robotisées a effacé le plaisir du levier de vitesses.
La carrosserie entièrement en fibre de carbone rouge foncé ne sert pas qu’à l’esthétique. Chaque panneau contribue à réduire le poids et à optimiser l’écoulement de l’air. Les éléments aérodynamiques, du becquet Cinque à l’aileron arrière monumental, génèrent un appui considérable à haute vitesse.
La configuration à conduite à droite rappelle son origine de première Zonda F britannique. Un détail qui ajoute encore à la rareté de l’exemplaire.
Jonathan Hui, le collectionneur derrière la légende
Jonathan Hui n’est pas un simple propriétaire fortuné. Petit-fils du magnat de l’immobilier et du transport maritime Hui Sai Fun, fondateur du Central Development Group, il a grandi entouré de voitures d’exception.
Sa collection personnelle dépasse les 20 véhicules, allant de Ferrari classiques à des Porsche de course historiques. Mais la Fantasma Evo occupe une place à part. C’est le fruit d’une collaboration étroite avec Horacio Pagani lui-même, une co-création où chaque détail a été discuté, validé, affiné.
Pour Hui, cette Zonda représente plus qu’un trophée dans une collection. Elle incarne sa vision de ce que devrait être une hypercar ultime : belle, rare, performante et dotée d’une histoire unique que personne d’autre ne peut raconter.
Pourquoi Pagani continue de produire des Zonda
Dans l’industrie automobile, les constructeurs poussent généralement leurs clients à oublier les anciens modèles pour acheter les nouveaux. Pagani fait exactement l’inverse.
Depuis l’arrêt officiel de la production en 2013, le constructeur italien a créé plus d’une dizaine de Zonda one-off. Chaque fois, Pagani promet que c’est la dernière. Chaque fois, un nouveau client fortuné convainc l’atelier de San Cesario sul Panaro de lui construire une ultime version.
Ce phénomène s’explique par plusieurs raisons. D’abord, la Zonda reste objectivement plus belle, plus émotionnelle que la Huayra pour beaucoup d’amateurs. Son design intemporel, ses proportions parfaites et son V12 atmosphérique en font un objet de désir plus puissant que la remplaçante officielle.
Ensuite, le modèle économique de Pagani repose sur l’exclusivité absolue. Produire des one-off sur mesure permet de maintenir des marges exceptionnelles tout en renforçant l’image de marque. Chaque nouvelle Zonda devient automatiquement un collector recherché.
Enfin, Horacio Pagani lui-même n’arrive pas à tourner définitivement la page de sa première création. La Zonda reste son chef-d’œuvre, la voiture qui a établi sa réputation. Continuer à la produire, c’est prolonger l’histoire d’amour entre un créateur et sa création.
Ce qui rend la Fantasma Evo unique
Dans l’univers déjà exclusif des Pagani, la Fantasma Evo se distingue par plusieurs aspects.
Son histoire de résurrection double la rend unique. Aucune autre Zonda n’a connu un parcours aussi mouvementé, de l’accident quasi fatal à la reconstruction intégrale, puis à la transformation ultime trois ans plus tard.
La boîte manuelle constitue un autre élément de rareté. Alors que la majorité des Zonda 760 ont adopté des transmissions séquentielles, la Fantasma Evo offre le plaisir brut du levier de vitesses. Pour les puristes, c’est un argument décisif.
La finition en carbone rouge foncé ne se retrouve sur aucun autre exemplaire. Cette teinte bordeaux profonde, presque noire selon l’éclairage, avec ses bandes tricolores subtiles, fait de chaque apparition publique un événement visuel.
Le lien direct avec Horacio Pagani renforce encore l’exclusivité. Peu de propriétaires peuvent prétendre avoir collaboré aussi étroitement avec le fondateur pour définir chaque aspect de leur voiture.
Enfin, son statut d’une des Zonda les plus légères jamais construites en fait un objet de fascination pour les ingénieurs et les passionnés de performance pure. Malgré l’ajout d’éléments aérodynamiques massifs, Pagani a réussi à contenir le poids grâce au nouveau châssis Carbotanium et à l’optimisation de chaque composant.
Une œuvre d’art roulante
La Pagani Zonda Fantasma Evo illustre ce que le constructeur italien fait de mieux : transformer chaque voiture en œuvre d’art unique avec une histoire à raconter. Cette Zonda a survécu à un accident qui aurait dû la détruire, puis a été reconstruite et améliorée deux fois pour atteindre un niveau de perfection rare même dans le monde des hypercars.
Pour les passionnés d’automobiles exclusives, elle représente le summum de la personnalisation, la preuve qu’une voiture peut avoir plusieurs vies et que chaque renaissance peut la rendre encore plus désirable. Elle incarne aussi la philosophie unique de Pagani : ne jamais accepter le compromis, toujours chercher l’excellence, et considérer chaque voiture non comme un produit, mais comme une sculpture mécanique destinée à traverser les décennies.

