Pagani Huayra Imola : l’hypercar à 5 millions d’euros

Cinq exemplaires. C’est tout ce que Pagani a décidé de produire de sa Huayra Imola, vendue 5 millions d’euros pièce et déjà intégralement écoulée avant même son annonce officielle en 2020. Cette version extrême de la Huayra ne se contente pas d’être plus puissante ou plus légère. Elle incarne un véritable laboratoire roulant, une plateforme d’expérimentation où le constructeur italien teste les technologies qui équiperont ses futures créations. Homologuée pour la route mais pensée pour la piste, l’Imola repousse les limites de ce qu’une hypercar peut accomplir.

Une Huayra extrême développée sur le circuit d’Imola

Pourquoi le nom « Imola » ?

Le choix du nom n’a rien d’anodin. L’Autodromo Internazionale Enzo e Dino Ferrari, plus connu sous le nom d’Imola en référence à la ville italienne qui l’abrite, est le terrain de jeu favori de Pagani pour affûter ses créations. C’est sur ce circuit mythique que la marque a effectué l’essentiel des 16 000 kilomètres de tests nécessaires au développement de cette hypercar.

Imola représente bien plus qu’un simple nom. C’est un hommage à l’un des circuits les plus exigeants d’Europe, un lieu où chaque défaut de conception se révèle impitoyablement. Pour Horacio Pagani, baptiser cette voiture ainsi était une évidence : elle incarne la philosophie de perfectionnement absolu qui anime sa maison depuis toujours.

Un concept de voiture-laboratoire

La Pagani Huayra Imola s’inscrit dans une démarche comparable au programme XX de Ferrari. Il ne s’agit pas simplement de créer une version plus radicale d’un modèle existant, mais de concevoir un véritable banc d’essai roulant. Les innovations testées sur l’Imola ont déjà trouvé leur chemin vers d’autres modèles comme la Roadster BC, et continueront d’irriguer les futures créations de la marque.

Cette philosophie d’expérimentation remonte à 2008 avec la Zonda R. À l’époque, Pagani avait utilisé cette version piste pour développer des solutions qui ont ensuite équipé la Huayra de série. Le châssis en Carbo-Titanium, les géométries aérodynamiques inédites et les concepts de sécurité révolutionnaires sont nés de cette approche.

Pour l’Imola, Pagani a poussé la logique encore plus loin en impliquant directement les futurs propriétaires dans le processus de développement. Cette collaboration étroite entre ingénieurs et clients passionnés a permis d’affiner chaque paramètre dans des conditions d’utilisation réelles.

Performances et motorisation : 827 chevaux domptés

Le V12 AMG poussé à son paroxysme

Sous le capot de l’Imola bat le cœur qui équipe toutes les Huayra : un V12 biturbo de 6,0 litres développé par Mercedes-AMG selon les spécifications de Pagani. Mais ici, les ingénieurs ont extrait 827 chevaux et 1 100 Nm de couple, soit 27 chevaux de plus que la Huayra BC et près de 100 chevaux supplémentaires par rapport à la Huayra de base.

Cette puissance colossale transite par une boîte séquentielle à 7 rapports conçue par Xtrac exclusivement pour Pagani. Moins confortable qu’une double embrayage ou qu’une automatique classique, ce type de transmission offre en revanche une rapidité d’exécution et une légèreté incomparables. Pour réduire encore les temps de passage, Pagani a intégré le système SMART GAS qui optimise la gestion de l’accélérateur pendant les changements de rapport.

Le résultat ? Une réactivité brutale, digne d’une voiture de course, mais maîtrisée grâce aux amortisseurs actifs qui garantissent un minimum de confort de conduite même dans ce contexte extrême.

Un poids plume de 1 246 kg à sec

L’obsession de la légèreté chez Pagani atteint avec l’Imola des sommets inédits. Le poids à sec s’établit à 1 246 kg, soit moins qu’une Subaru BRZ en ordre de marche. Chaque gramme a été traqué avec un fanatisme méthodique.

L’innovation la plus surprenante ? La peinture Acquarello Light, un nouveau système de revêtement développé spécifiquement pour l’Imola. Cette technologie permet d’économiser 5 kg par rapport à une peinture traditionnelle, tout en conservant la richesse des couleurs, la profondeur et la brillance. Horacio Pagani insiste : la peinture n’est pas qu’une question d’esthétique. Elle protège les composites avancés contre les agressions extérieures et ralentit leur vieillissement.

Le monocoque central bénéficie d’une nouvelle formule de Carbo-Titanium HP62 G2 et de Carbo-Triax HP62, spécialement développée pour l’Imola et la Roadster BC. Ces matériaux ultra-renforcés réduisent le poids tout en augmentant la rigidité en torsion et en flexion.

Enfin, plus de 770 composants ont été forgés ou usinés CNC dans des alliages nobles : aluminium, titane, acier chrome-molybdène. Chacun arbore une finition texture spécifique qui allie optimisation mécanique et recherche esthétique.

Aérodynamique agressive et technologies embarquées

Un design dicté par l’efficacité pure

Horacio Pagani ne s’en cache pas : l’Imola n’est pas une voiture élégante. C’est une machine pensée pour l’efficacité aérodynamique, quitte à sacrifier l’harmonie des lignes sur l’autel de la performance. Le résultat visuel rappelle davantage une monoplace de Formule 1 qu’une GT routière.

L’Imola conserve le système d’aérodynamique active introduit par la Huayra, première voiture de route au monde équipée de cette technologie. Les quatre ailettes mobiles ajustent leur position en temps réel selon les conditions de conduite. Elles génèrent même un freinage aérodynamique lorsque le conducteur ralentit.

Mais Pagani est allé beaucoup plus loin. Le diffuseur arrière atteint des dimensions impressionnantes, l’aileron gagne en surface et en agressivité, une prise d’air géante trône sur le toit. Les jupes latérales intègrent de nouvelles entrées d’air, le bouclier avant adopte un dessin monobloc inédit, abandonnant le V inversé caractéristique des Huayra classiques.

Pourquoi un tel acharnement ? Parce que Pagani a refusé de jouer avec la garde au sol pour générer de l’appui. Sur route, le bitume irrégulier peut faire perdre plusieurs centaines de kilos d’appui en une fraction de seconde. Les ingénieurs ont donc concentré leurs efforts sur la partie supérieure et les détails extérieurs de la carrosserie pour garantir une stabilité constante, quelle que soit la qualité du revêtement.

Suspension et châssis repensés

La géométrie de suspension a été entièrement redessinée pour un objectif précis : transférer au sol les 1 100 Nm de couple sans perte de motricité, tout en limitant le plongé au freinage et le roulis en virage. Le résultat permet au pilote de freiner au tout dernier moment avant d’attaquer une courbe, avec une précision redoutable.

Chaque roue reçoit des amortisseurs actifs à contrôle électronique, interconnectés les uns aux autres. La suspension avant peut même modifier automatiquement la hauteur de caisse de manière intelligente. Elle dialogue en permanence avec l’unité centrale qui gère également l’aérodynamique active, le moteur, le différentiel et les passages de vitesses.

Ce niveau d’intégration transforme l’Imola en une machine cohérente où chaque système collabore avec les autres. Le conducteur bénéficie d’une voiture qui s’adapte en temps réel, optimisant constamment son comportement.

Freinage et pneumatiques sur-mesure

Le système de freinage Brembo a été optimisé après d’innombrables tests dédiés. L’accent a été mis sur le refroidissement, un enjeu crucial pour une voiture capable de décélérations violentes à répétition. Les ingénieurs ont peaufiné l’aérodynamisme autour des disques pour garantir une évacuation optimale de la chaleur.

Les pneumatiques méritent une attention particulière. Pagani a collaboré avec Pirelli pour développer des P Zero Trofeo R adaptés à l’Imola grâce au système Next MIRS. L’objectif était double : offrir des performances de très haut niveau sur circuit tout en conservant une communication claire avec le pilote, dans le pur esprit Pagani. Ces pneus ultra-sportifs mesurent 265/30 à l’avant sur des jantes de 20 pouces, et 355/25 à l’arrière sur des jantes de 21 pouces.

Positionnement et exclusivité : une Huayra à part

Différences avec les autres versions Huayra

La Huayra Imola occupe une place unique dans la galaxie des déclinaisons de la Huayra. Plus radicale que la BC avec ses 27 chevaux supplémentaires et son aérodynamique assumée, elle se distingue aussi par sa vocation assumée de laboratoire technologique.

Par rapport à la Huayra de base qui développait 730 chevaux au lancement, l’Imola gagne près de 100 chevaux et perd environ 100 kg. Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire. C’est l’approche globale qui change : là où la Huayra classique cherchait un équilibre entre performance et élégance, l’Imola privilégie l’efficacité absolue.

L’Imola a d’ailleurs servi de base au développement de l’Imola Roadster, dévoilée fin 2023. Cette version découvrable produite à seulement 8 exemplaires pousse encore plus loin avec 838 chevaux, tout en s’inspirant de l’aérodynamisme de la Huayra R, l’hypercar réservée à la piste. Le roadster pèse à peine 14 kg de plus que le coupé malgré les renforts structurels nécessaires.

Production ultra-limitée et prix

Pagani n’a produit que 5 exemplaires de la Huayra Imola. Tous ont été vendus avant l’annonce officielle du modèle, preuve de l’appétit des collectionneurs pour les créations les plus exclusives de la marque italienne.

Le prix ? 5 millions d’euros par exemplaire. Un tarif stratosphérique qui s’explique par l’exclusivité absolue, les matériaux d’exception, les technologies de pointe et le travail artisanal que représente chaque Pagani. Pour ce montant, l’acquéreur ne reçoit pas seulement une voiture, mais une œuvre d’art mécanique unique et un morceau d’histoire automobile.

Le premier exemplaire a été livré en 2020 à Oleg Egorov, fondateur et propriétaire de TopCar Design, une société russe de personnalisation automobile. Grand collectionneur de Pagani, Egorov possédait déjà une Zonda baptisée « Unica ». Son Imola arborait une livrée intégrale en carbone apparent avec des accents orange, une configuration devenue emblématique.

Fiche technique récapitulative

Moteur : V12 biturbo Mercedes-AMG 6,0 litres

Puissance : 827 chevaux à 5 600 tr/min

Couple : 1 100 Nm de 3 600 à 5 600 tr/min

Transmission : Boîte séquentielle 7 rapports Xtrac, propulsion

Poids à sec : 1 246 kg

Châssis : Monocoque Carbo-Titanium HP62 G2 et Carbo-Triax HP62

Aérodynamisme : 4 ailettes mobiles actives, aileron arrière optimisé, diffuseur géant

Suspension : Double triangulation, amortisseurs actifs interconnectés, rehausse avant automatique

Freinage : Brembo optimisé avec refroidissement aérodynamique

Pneumatiques : Pirelli P Zero Trofeo R (265/30 R20 avant, 355/25 R21 arrière)

Production : 5 exemplaires

Prix : 5 millions d’euros

Performances estimées : 0-100 km/h en moins de 3 secondes, vitesse maximale supérieure à 350 km/h

La Pagani Huayra Imola n’est pas simplement une version survitaminée de la Huayra. C’est un manifeste technologique, une déclaration d’intention qui préfigure l’avenir de Pagani. Pour les cinq heureux propriétaires, elle représente l’aboutissement ultime de la philosophie d’Horacio Pagani : l’art et la science au service de la performance pure.

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koessler.buisness@gmail.com
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