La Koenigsegg Agera S est une version rare de l’Agera, spécifiquement développée pour les marchés où le biocarburant E85 n’est pas disponible. Avec seulement 5 exemplaires produits entre 2012 et 2014, elle reste l’une des hypercars les plus exclusives jamais construites. Moteur V8 bi-turbo de 1030 chevaux, roues en carbone Aircore révolutionnaires et philosophie « less is more » : cette machine repousse les limites de la performance accessible.
Pourquoi l’Agera S existe
Koenigsegg avait un problème. L’Agera R, lancée en 2011, délivrait 1140 chevaux grâce au biocarburant E85. Sauf que ce carburant haute performance reste introuvable dans de nombreux pays. Résultat : des clients potentiels ne pouvaient pas exploiter la voiture.
La solution est arrivée en 2013. L’Agera S reprend l’architecture de l’Agera R, mais avec un moteur optimisé pour fonctionner uniquement à l’essence classique 98 RON ou 93 octane. Pas de compromis sur la conception, juste une calibration différente.
Les ingénieurs suédois ont réussi à extraire 1030 chevaux et 1100 Nm de couple du même V8 5,0 litres bi-turbo, sans toucher au E85. Une prouesse technique qui permet à l’Agera S de conserver des performances stratosphériques tout en restant utilisable partout dans le monde.
Un moteur V8 bi-turbo redoutable
1030 chevaux sur essence classique
Le cœur de l’Agera S bat avec un moteur V8 de 5,0 litres développé et fabriqué en interne par Koenigsegg. Contrairement à la plupart des constructeurs d’hypercars qui achètent leurs blocs moteurs à l’extérieur, la marque suédoise maîtrise tout de A à Z.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 1030 chevaux à 7100 tr/min et 1100 Nm de couple dès 4100 tr/min. Le couple dépasse même les 1000 Nm dès 2700 tr/min, ce qui donne une souplesse impressionnante pour une hypercar de cette trempe.
Le V8 pèse seulement 197 kg avec tous ses accessoires : volant moteur, embrayage, système de lubrification à carter sec, collecteur d’échappement en Inconel et turbocompresseurs. C’est l’un des moteurs les plus légers et compacts du segment des hypercars. Pour comparaison, le W16 de la Bugatti Veyron dépasse les 400 kg.
Accélérations fulgurantes
L’Agera S franchit le 0 à 100 km/h en 2,9 secondes. Le 0 à 200 km/h tombe en 7,9 secondes. L’exercice du 0 à 200 km/h puis retour à 0 km/h est bouclé en 12,8 secondes.
La vitesse maximale dépasse 400 km/h, bien que Koenigsegg n’ait jamais réalisé de test officiel de vitesse de pointe pour ce modèle. Les conditions d’aérodynamique et la puissance disponible permettent théoriquement d’atteindre 420 km/h.
Ces performances placent l’Agera S au niveau des plus grandes hypercars de son époque : Bugatti Veyron Super Sport, Pagani Huayra ou encore McLaren P1. Avec un avantage notable : elle consomme de l’essence ordinaire.
Les roues Aircore en fibre de carbone : une première mondiale
L’Agera S est la première Koenigsegg à recevoir les fameuses roues Aircore en fibre de carbone. Ces jantes ne sont pas juste légères, elles sont révolutionnaires.
Leur particularité ? Les rayons et le centre de la roue sont entièrement creux et fabriqués d’un seul tenant en carbone. Pas de structure interne, pas d’aluminium. La seule pièce métallique est la valve de gonflage. Le reste ? Du carbone pur.
Le gain de poids est spectaculaire : 41 % de moins qu’une jante forgée en aluminium de taille équivalente. Sur une hypercar, chaque gramme compte. Mais surtout, réduire le poids des roues améliore ce qu’on appelle la masse non suspendue et l’inertie en rotation.
Concrètement, cela signifie que la voiture accélère plus vite, freine plus court, change de direction plus facilement et absorbe mieux les irrégularités de la route. C’est comme gagner de la puissance, améliorer les freins et affiner la direction en même temps, juste en changeant les roues.
Les roues Aircore sont devenues une signature de Koenigsegg. L’Agera S en est la pionnière.
Aérodynamique adaptative sans hydraulique
Un aileron arrière dynamique
La plupart des hypercars utilisent des ailerons hydrauliques lourds et complexes pour gérer l’appui aérodynamique. Pas l’Agera S. Son aileron arrière change d’angle d’attaque selon la pression du vent, sans aucun moteur, sans capteur, sans hydraulique.
Le système fonctionne uniquement avec la force aérodynamique. Plus la vitesse augmente, plus la pression du vent ajuste automatiquement l’angle de l’aileron. À basse vitesse, l’appui est maximal pour améliorer la tenue de route. À haute vitesse, l’aileron se couche pour réduire la traînée.
Résultat : jusqu’à 300 kg d’appui à 300 km/h, avec une traînée minimale. Le tout sans ajouter de poids inutile.
Bonus technique : les pylônes qui soutiennent l’aileron servent également de canaux d’évacuation d’air. L’air chaud du compartiment moteur passe à travers, créant un effet venturi qui améliore le refroidissement et réduit la pression sous la voiture. Ingénieux.
Légèreté et efficacité
Christian von Koenigsegg aime répéter sa philosophie : « less is more ». Moins de pièces, moins de complexité, mais plus d’efficacité.
L’aérodynamique de l’Agera S incarne cette approche. Chaque ligne, chaque courbe a une fonction précise. Pas d’aileron pour l’esthétique, pas d’extracteur décoratif. Tout ce qui est présent est là pour améliorer la performance ou respecter les réglementations.
Le coefficient de traînée oscille entre 0,30 et 0,37 selon la position de l’aileron. C’est remarquablement bas pour une hypercar capable de générer autant d’appui.
Châssis et poids plume
Le châssis de l’Agera S repose sur une monocoque en fibre de carbone et aluminium en nid d’abeilles. Sa rigidité torsionnelle atteint 65 000 Nm par degré, un chiffre exceptionnel pour une voiture dont le toit est amovible.
Car oui, l’Agera S possède un toit rigide détachable qui se range sous le capot avant. Peu d’hypercars aussi compactes offrent cette possibilité. La plupart sacrifient la rigidité ou ajoutent du poids pour compenser. Pas Koenigsegg.
La monocoque pèse seulement 70 kg, réservoirs intégrés compris. Le poids à sec total de la voiture ? 1330 kg. C’est 150 kg de moins qu’une Ferrari LaFerrari, 400 kg de moins qu’une Bugatti Veyron.
Cette légèreté change tout. Avec 1030 chevaux et 1330 kg, le rapport poids/puissance atteint 774 chevaux par tonne. De quoi rivaliser avec les monstres du genre sans avoir besoin de 1500 chevaux.
La répartition des masses est proche de l’équilibre : 44 % à l’avant, 56 % à l’arrière. Une caractéristique typique des voitures à moteur central qui favorise l’agilité et la neutralité en courbe.
Suspension Triplex : l’innovation discrète
Christian von Koenigsegg a inventé un système de suspension unique pour l’Agera S : la suspension Triplex. Ce n’est pas le genre de technologie qu’on remarque au premier coup d’œil, mais elle change radicalement le comportement de la voiture.
Le principe ? Un troisième amortisseur relie les deux roues arrière entre elles, en plus des amortisseurs traditionnels. Les deux roues arrière peuvent ainsi s’influencer mutuellement.
Les avantages sont multiples. D’abord, ce système permet d’adoucir les réglages des amortisseurs classiques sans perdre en performance. Résultat : meilleur confort, meilleure tenue de route sur chaussée dégradée ou mouillée, sans sacrifier la précision sur piste sèche.
Ensuite, la Triplex génère un effet anti-roulis naturel. Habituellement, cet effet est obtenu en modifiant la géométrie de suspension, ce qui crée des compromis ailleurs. Ici, Koenigsegg conserve une géométrie optimale pour la tenue de route tout en ajoutant l’anti-roulis.
Enfin, comme le système Triplex complète les amortisseurs normaux, ces derniers peuvent être allégés. Le poids supplémentaire du troisième amortisseur est compensé. L’effet net sur le poids total de la suspension ? Quasi nul.
Boîte de vitesses à double embrayage unique
L’Agera S reçoit une boîte de vitesses 7 rapports développée en partenariat avec Cima, un spécialiste italien. Mais ce n’est pas une boîte double embrayage classique.
Koenigsegg a inventé un système hybride. Il y a d’abord un embrayage sec à double disque qui fonctionne normalement. Et ensuite, un embrayage humide hydraulique placé à l’intérieur de la boîte.
À chaque montée de rapport, l’embrayage humide interne se serre pour ralentir l’arbre d’entrée pendant que les vitesses changent. Cela réduit le temps de synchronisation des deux tiers. Les passages de rapports sont fulgurants, fluides et sportifs.
Comparée à une boîte double embrayage traditionnelle, cette solution est plus légère, plus compacte et plus simple mécaniquement. Elle pèse seulement 81 kg, ce qui en fait la boîte 7 rapports longitudinale la plus légère au monde.
Autre avantage : la sensation de conduite. Les changements de rapports sont nets, avec une interruption de puissance minimale. La boîte peut aussi fonctionner en mode automatique intégral pour ceux qui préfèrent la conduite détendue.
Cette compacité permet à l’Agera S de conserver un porte-à-faux arrière très court, concentrant ainsi la masse au centre de la voiture pour améliorer l’agilité.
Seulement 5 exemplaires produits
La Koenigsegg Agera S est une hypercar ultra-rare. Seuls 5 exemplaires ont été assemblés entre 2012 et 2014 dans l’usine d’Ängelholm, en Suède.
L’exemplaire le plus célèbre est l’Agera S « HH », châssis numéro 7099. Commandée à l’origine par David Heinemeier Hansson, créateur du framework Ruby on Rails, elle porte les initiales de son premier propriétaire.
Cette voiture est peinte en bleu Monterey avec d’importantes zones en carbone apparent. Elle reçoit des rétroviseurs style One:1 et les fameuses roues Aircore. Un échappement en or RYFT à 100 000 dollars a été ajouté par un ancien propriétaire.
Mais c’est surtout son passage entre les mains de James Condon, alias The Stradman, qui l’a rendue iconique. Ce YouTubeur automobile américain a partagé des centaines d’heures de conduite avec ses millions d’abonnés. L’Agera S HH a même été pilotée par Lewis Hamilton lors du rallye Gumball 3000.
Un autre exemplaire marquant : l’Agera S Hundra, présentée au salon de Genève 2013. « Hundra » signifie « cent » en suédois, car cette voiture célèbre la centième Koenigsegg produite depuis la création de la marque en 1994.
Aujourd’hui, chaque Agera S est un objet de collection. Leurs valeurs sur le marché de l’occasion dépassent largement le prix neuf d’origine.
Comparaison rapide avec les autres Agera
La famille Agera compte plusieurs versions. Voici comment se positionne l’Agera S.
Agera R : le modèle de référence lancé en 2011. Moteur flex-fuel capable de tourner au E85 ou à l’essence classique. Puissance maximale de 1140 chevaux sous E85, réduite à environ 960 chevaux à l’essence normale. Aérodynamique hydraulique active.
Agera S : version optimisée pour les marchés sans E85. Moteur calibré uniquement pour l’essence 98 RON ou 93 octane. Puissance de 1030 chevaux. Première à recevoir les roues Aircore en série. Aérodynamique mécanique passive. Seulement 5 exemplaires.
Agera RS : évolution ultime lancée en 2015. Combine les technologies de l’Agera R, de l’Agera S et du programme One:1. Puissance portée à 1160 chevaux. Aérodynamique améliorée avec jusqu’à 450 kg d’appui. Détient le record de vitesse pour une voiture de série homologuée sur route publique : 447 km/h en moyenne (Nevada, novembre 2017).
L’Agera S se situe donc entre la R et la RS. Elle sacrifie 110 chevaux par rapport à la R sous E85, mais gagne en praticité et en légèreté grâce aux roues Aircore. Elle reste plus accessible que la RS tout en offrant des performances de très haut niveau.
Pour les collectionneurs, c’est la rareté de l’Agera S qui fait toute sa valeur. Avec seulement 5 unités, elle est bien plus exclusive que la R (18 exemplaires) ou la RS (25 exemplaires).
Prix et positionnement
En 2013, le prix de base d’une Koenigsegg Agera S atteignait environ 1,4 million de dollars, soit 990 000 euros ou 845 000 livres sterling. Une somme considérable, même pour une hypercar.
À titre de comparaison, une Bugatti Veyron coûtait autour de 1,5 million d’euros à la même époque, tandis qu’une Pagani Huayra s’affichait entre 1,3 et 1,5 million d’euros selon les options.
Mais comme toutes les Koenigsegg, l’Agera S bénéficie d’une personnalisation quasi illimitée. Les clients pouvaient choisir les couleurs, les matériaux, les finitions intérieures et de nombreuses options techniques. Le prix final grimpait facilement bien au-delà des 2 millions de dollars pour une configuration unique.
Aujourd’hui, sur le marché de l’occasion, les rares Agera S qui changent de mains se négocient à des prix nettement supérieurs. L’exemplaire « HH » de The Stradman a été mis en vente fin 2024 via duPont REGISTRY. Aucun prix officiel n’a été communiqué, mais les experts estiment la valeur entre 3 et 4 millions de dollars.
La rareté extrême (5 unités), le statut de première voiture équipée des roues Aircore et l’historique médiatique de certains exemplaires en font des objets de collection très recherchés. Les collectionneurs savent qu’une Agera S ne repassera probablement jamais sur le marché une fois acquise.
Koenigsegg a toujours su créer de la rareté. Avec l’Agera S, la marque a poussé le concept à l’extrême : cinq voitures, une philosophie technique unique, et une place dans l’histoire de l’automobile comme la première hypercar suédoise équipée de roues entièrement en carbone.

