Entre 2016 et 2018, le constructeur suédois Koenigsegg a produit trois hypercars d’exception pour clore définitivement la production de sa gamme Agera. Baptisée Koenigsegg Agera Final, cette série ultra-exclusive représente l’aboutissement de huit années d’innovations et de records. Trois voitures seulement, trois chefs-d’œuvre uniques qui marquent la fin d’une ère dans l’univers des supercars.
Une série finale en deux temps
La Koenigsegg Agera Final se compose de trois exemplaires uniques, annoncés officiellement lors du Salon de Genève 2016. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, tous ne portent pas exactement le même nom.
Le premier modèle, baptisé One of One, a été dévoilé en mars 2016. Les deux autres, Thor et Väder, ont été livrés en juillet 2018 et portent la désignation Agera Final Edition (ou Agera FE). Cette distinction n’est pas anodine : elle souligne la volonté de leurs propriétaires de marquer encore plus fortement la fin de production.
Chacune de ces trois hypercars se base sur le châssis et la mécanique de l’Agera RS, mais avec toutes les options possibles offertes sans supplément de prix. Koenigsegg a même développé des solutions aérodynamiques sur mesure pour chaque client.
One of One, la première du trio
La Koenigsegg Agera Final « One of One » inaugure cette série exclusive au printemps 2016. Son histoire est assez particulière : elle a été commandée par un client qui n’avait pas pu acquérir la mythique One:1, un modèle limité à six exemplaires dont le rapport poids/puissance atteignait 1:1.
Pour compenser cette déception, Koenigsegg a créé une voiture unique combinant l’esthétique agressive de la One:1 avec le confort et les performances de l’Agera RS. Le résultat ? Une hypercar habillée d’une carrosserie orange Alba avec des inserts en fibre de carbone apparente et des accents argentés. L’intérieur noir rehaussé de surpiqûres orange complète cette livrée flamboyante.
Depuis sa présentation à Genève, ce modèle n’a parcouru que 500 kilomètres. Il a même été mis en vente peu après son dévoilement, une rareté pour une voiture aussi exclusive.
Thor et Väder, les deux dernières Agera jamais produites
En juillet 2018, Koenigsegg achève la production des deux dernières Agera Final Edition. Ces hypercars ont été livrées à leurs propriétaires lors d’un événement privé à l’usine d’Ängelholm, en Suède, avant de participer au Festival of Speed de Goodwood quelques jours plus tard.
Thor, le dieu du tonnerre en carbone
Thor porte un nom qui en dit long sur son caractère. Inspiré du dieu nordique du tonnerre, ce modèle arbore une finition bi-ton en carbone clair avec des paillettes de diamant intégrées dans certaines sections de la peinture. Un effet visuel spectaculaire qui capte la lumière de façon unique.
L’élément le plus distinctif reste son aileron central type Le Mans. Cette dérive verticale positionnée sur le toit améliore la stabilité à très haute vitesse, un détail indispensable quand on dépasse les 440 km/h. Sur le flanc de cet aileron, un logo en métal représente le marteau de Thor combiné au ghost squadron de Koenigsegg.
Le propriétaire de Thor, Dan Am I, un collectionneur californien réputé, possède l’une des plus belles collections d’hypercars aux États-Unis. Thor roule sur des jantes en fibre de carbone avec des étriers de frein noirs, dans un style plus discret malgré sa puissance démentielle.
Väder, l’élégance en or blanc
Si Thor impressionne par sa présence brute, Väder mise sur un raffinement poussé à l’extrême. Son nom signifie « temps » ou « météo » en suédois, un clin d’œil probable au dieu nordique Vidar, deuxième en force après Thor dans la mythologie scandinave.
La carrosserie en carbone clair avec paillettes de diamant reprend le principe de Thor, mais avec une touche luxueuse supplémentaire : des inserts en feuille d’or blanc sur l’aileron arrière, la carrosserie et divers éléments aérodynamiques. Un choix audacieux qui transforme cette hypercar en véritable bijou roulant.
Contrairement à Thor, Väder ne possède pas d’aileron central. À la place, elle reçoit deux petits winglets à l’arrière et un aileron actif agrandi dont les supports présentent des découpes permettant d’apercevoir le squelette de la structure active. Un détail technique transformé en élément esthétique.
Les deux voitures partagent des canards avant spécifiques et des spoilers avant et arrière élargis, développés sur mesure pour leurs propriétaires respectifs.
Une base Agera RS poussée à l’extrême
Les trois Koenigsegg Agera Final reposent sur la plateforme de l’Agera RS, la version la plus aboutie de la gamme. Mais ici, Koenigsegg a ouvert toutes les vannes.
Le cœur de ces monstres reste le moteur V8 biturbo de 5,0 litres dans sa configuration 1MW (un mégawatt). Cette appellation fait référence à la puissance développée : 1360 chevaux et plus de 1000 Nm de couple. Pour atteindre de tels chiffres, Koenigsegg utilise des turbocompresseurs optimisés et un système d’échappement spécifique qui réduit drastiquement la contre-pression.
La boîte de vitesses à 7 rapports développée avec CIMA combine les avantages d’une boîte à simple embrayage et d’une double embrayage : compacité, légèreté et passages de rapports ultra-rapides.
Le châssis en fibre de carbone et aluminium maintient le poids sous les 1 400 kg, malgré l’ajout de solutions aérodynamiques supplémentaires. L’appui généré atteint 450 kg à 250 km/h, garantissant une stabilité exceptionnelle même à vitesse maximale.
Les performances annoncées donnent le vertige : 0 à 100 km/h en 2,8 secondes, 0 à 300 km/h en moins de 14 secondes, et une vitesse de pointe dépassant les 440 km/h. Des chiffres qui placent l’Agera Final parmi les voitures les plus rapides jamais produites.
La fin d’une ère de 8 ans
L’Agera a marqué un tournant dans l’histoire de Koenigsegg. Présentée en 2010 au Salon de Genève pour célébrer les 15 ans de la marque, elle inaugurait le passage de la suralimentation par compresseur à la double turbocompression. Une évolution technique majeure qui a permis d’atteindre des niveaux de puissance inédits.
Entre 2010 et 2018, Koenigsegg a produit 58 exemplaires de l’Agera toutes versions confondues : Agera, Agera S, Agera R, One:1, Agera RS et Agera Final. Un chiffre dérisoire qui souligne l’exclusivité absolue de chaque modèle.
Cette lignée a accumulé les records. En 2011, l’Agera R établit le record du 0-300-0 km/h. En novembre 2017, l’Agera RS pulvérise cinq records mondiaux sur une route publique du Nevada : vitesse maximale moyenne de 447,19 km/h, 0-400-0 km/h en 33,29 secondes, et vitesse de pointe à 457,49 km/h dans un sens.
Ces performances ont définitivement installé Koenigsegg dans le cercle très fermé des constructeurs capables de rivaliser avec Bugatti. Mais au-delà des chiffres, l’Agera a permis de développer des innovations devenues signatures de la marque : le système de suspension Triplex, les jantes Aircore à rayons creux en carbone, ou encore les VGR (Vortex Generating Rims) qui refroidissent les freins.
En 2019, la Jesko a pris le relais, inaugurant une nouvelle philosophie tout en conservant l’ADN établi par l’Agera.
Rareté et valeur : des hypercars hors de prix
Parler de prix pour ces voitures relève presque de l’abstraction. À leur sortie, une Agera RS se négociait autour de 2 millions d’euros. Pour les modèles Final, avec toutes les personnalisations et options offertes, les montants ont forcément grimpé, même si Koenigsegg n’a jamais communiqué de chiffres officiels.
Sur le marché secondaire, les rares Agera qui changent de mains atteignent des sommets. Une Agera RSR neuve a été adjugée à 3 millions d’euros lors d’une vente aux enchères en 2024. Certaines Agera RS d’occasion se vendent désormais autour de 4 millions d’euros, voire plus selon leur historique et leur configuration.
Les trois Agera Final bénéficient d’un statut encore plus exceptionnel. Elles représentent littéralement les dernières voitures d’une lignée légendaire. Leur valeur marchande devient presque secondaire : ces hypercars sont avant tout des pièces de collection destinées à être exposées plutôt que conduites.
D’ailleurs, la plupart des propriétaires d’Agera ne les utilisent quasiment jamais sur route ouverte. Trop rares, trop précieuses, trop exclusives. Elles participent occasionnellement à des événements privés ou à des démonstrations sur circuit, mais passent l’essentiel de leur temps dans des garages climatisés.
L’héritage d’une légende
La Koenigsegg Agera Final incarne bien plus qu’un simple modèle de fin de série. Elle représente le point culminant de huit années d’innovations ininterrompues, de records pulvérisés et de passion automobile à l’état pur. Trois hypercars uniques qui ferment un chapitre historique tout en incarnant le savoir-faire suédois à son apogée. Pour Koenigsegg, l’Agera restera à jamais la voiture qui a transformé un petit constructeur artisanal en rival crédible des plus grands noms de l’industrie.

