La Koenigsegg Regera représente une rupture radicale dans l’univers des hypercars. Avec ses 1 500 chevaux combinés, une transmission révolutionnaire sans boîte de vitesses et un luxe digne d’un grand tourisme, cette suédoise défie toutes les conventions. Son nom, qui signifie « régner » en suédois, résume parfaitement son ambition : dominer en alliant brutalité et raffinement. Produite à seulement 80 exemplaires, elle incarne une vision unique où la technologie hybride n’est plus un compromis, mais une arme absolue.
Une technologie qui redéfinit l’hybride : le Koenigsegg Direct Drive
Adieu la boîte de vitesses classique
Le cœur de la révolution Regera s’appelle Koenigsegg Direct Drive (KDD). Ce système élimine purement et simplement la boîte de vitesses traditionnelle. À la place, un coupleur hydraulique intelligent transmet la puissance directement aux roues arrière, sans rapports multiples.
Concrètement, à basse vitesse, ce sont les moteurs électriques qui propulsent la voiture. Dès que la vitesse augmente, le V8 thermique prend progressivement le relais via le coupleur hydraulique. Le résultat ? Une fluidité absolue, aucune rupture de couple, et une accélération continue jusqu’à des vitesses stratosphériques.
Ce système supprime aussi le poids et la complexité d’une transmission classique. Pas de synchroniseurs, pas d’embrayage conventionnel, pas de pertes énergétiques liées aux changements de rapports. Le KDD représente un gain net en efficacité et en légèreté, deux critères essentiels pour une hypercar.
Un trio de moteurs électriques surpuissants
La Regera embarque trois moteurs électriques YASA à flux axial, parmi les plus compacts et puissants du marché. Deux d’entre eux sont montés directement sur les roues arrière, offrant une propulsion électrique pure et permettant la vectorisation du couple pour une agilité redoutable en virage.
Le troisième moteur est installé sur le vilebrequin du V8. Il remplit plusieurs fonctions : démarreur, générateur et surtout complément de couple instantané lors des phases d’accélération. C’est ce moteur qui comble les trous de puissance en attendant que les turbos montent en pression.
L’ensemble repose sur une batterie de 4,5 kWh en 800 volts, une première mondiale en 2015 sur une voiture de série. Cette tension élevée garantit des décharges ultra-rapides (525 kW) et une recharge efficace (200 kW) via la régénération au freinage. Des chiffres dignes de la Formule 1 de l’époque.
Motorisation et performances : la brutalité à l’état pur
V8 biturbo et puissance combinée
Sous le capot trône un V8 biturbo de 5,0 litres développant 1 100 chevaux. Ce bloc thermique, dérivé de celui de l’Agera, a été légèrement revu pour s’adapter au système hybride. Les turbos ont été volontairement réduits en taille pour améliorer la réactivité, puisque les moteurs électriques comblent instantanément le lag turbo.
Les trois moteurs électriques ajoutent environ 700 chevaux à l’équation. Au total, la puissance cumulée dépasse 1 800 chevaux, mais seuls 1 500 chevaux sont disponibles en simultané pour éviter de surcharger la transmission et garantir la fiabilité. C’était, à son lancement, l’une des motorisations hybrides les plus puissantes jamais installées dans une voiture homologuée pour la route.
Le couple atteint 2 000 Nm, disponible presque instantanément grâce à l’apport électrique. Cette force brute explique les performances ahurissantes de la Regera sur tous les types de parcours, qu’il s’agisse d’un sprint ou d’une accélération en reprise.
Des records qui parlent d’eux-mêmes
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Regera abat le 0 à 100 km/h en 2,6 secondes. Impressionnant, mais pas unique dans cette catégorie. Ce qui l’est davantage, c’est le 0 à 400 km/h en 20,68 secondes, un record établi en juin 2023 sur l’aérodrome militaire de Råda en Suède.
Encore plus spectaculaire : elle passe de 400 km/h à l’arrêt complet en 8,13 secondes, grâce à des freins carbone-céramique de 380 mm et à la régénération électrique qui assiste le freinage. L’exercice complet du 0-400-0 km/h a été réalisé en 28,81 secondes, pulvérisant les performances de la Bugatti Veyron, qui avait pourtant longtemps dominé ce domaine.
Pour mettre ces chiffres en perspective : la Regera atteint 400 km/h plus de deux fois plus vite que la Veyron. C’est un bond technologique considérable qui illustre l’efficacité du système Direct Drive et de l’hybridation intelligente.
Un grand tourisme d’exception déguisé en missile
Luxe et technologie embarquée
Contrairement aux hypercars orientées piste, la Regera a été conçue comme un véritable grand tourisme de luxe. L’intérieur ne ressemble pas à celui d’une voiture de course. On y trouve des sièges en mousse à mémoire de forme, ajustables électriquement sur huit positions, une isolation acoustique renforcée et un niveau de finition digne des meilleures berlines premium.
L’Autoskin est l’une des signatures technologiques de la Regera. Ce système hydraulique robotisé ouvre et ferme automatiquement toutes les ouvertures de la voiture (portières, capots avant et arrière) d’une simple pression sur la télécommande. Pas de poignées à tirer, pas d’effort : tout se fait en douceur, avec un mécanisme de fermeture assistée. Un détail, mais qui contribue à l’expérience premium.
L’habitacle intègre un écran tactile de 9 pouces, une connectivité 4G avec hotspot Wi-Fi, Apple CarPlay, un système audio haut de gamme et un éclairage d’ambiance personnalisable. L’instrumentation est entièrement numérique, et l’absence de levier de vitesse laisse place à un cockpit épuré et futuriste.
Les feux avant à LED adoptent un effet constellation unique : des diodes dispersées dans un fond en fibre de carbone polie créent un scintillement qui rend la Regera immédiatement reconnaissable, même de loin. L’aileron arrière, entièrement rétractable, génère un appui aérodynamique variable et contribue au freinage.
L’équilibre entre confort et performance
La Regera n’est pas une Agera RS. Là où cette dernière privilégiait la légèreté extrême et l’efficacité sur piste, la Regera assume son poids légèrement supérieur (environ 1 600 kg) pour offrir un confort de roulage au quotidien. Elle reste néanmoins capable de performances compétitives sur circuit, avec des reprises fulgurantes : 3,2 secondes entre 150 et 250 km/h.
Ce positionnement hybride (au sens philosophique) fait d’elle une alternative crédible pour ceux qui veulent une hypercar utilisable tous les jours, sans compromis sur la puissance ou l’exclusivité. Elle répond à une clientèle différente, moins focalisée sur les chronos au tour et davantage sur l’expérience globale de conduite et de possession.
Koenigsegg a réussi le pari de créer une voiture Dr Jekyll et Mr Hyde : docile et confortable en ville, féroce et dévastatrice sur route ouverte. Le système Direct Drive y contribue largement, en offrant une douceur de fonctionnement inégalée à bas régime et une violence brute dès qu’on sollicite l’accélérateur.
Exclusivité et réalité du marché
80 exemplaires, pas un de plus
La production de la Regera a été strictement limitée à 80 exemplaires, tous assemblés à la main dans l’usine d’Ängelholm, en Suède. Il s’agissait d’une première pour Koenigsegg, qui produisait alors deux modèles en parallèle (Regera et Agera). La totalité de la série a été vendue avant même la fin de la production.
Cette rareté absolue garantit une exclusivité maximale. On ne croise pas une Regera à chaque coin de rue, même dans les quartiers huppés de Monaco ou Beverly Hills. Chaque exemplaire est unique, avec des configurations personnalisées selon les souhaits des clients : peintures sur mesure, intérieurs en cuir spécifiques, détails en fibre de carbone apparente.
Certains propriétaires ont même poussé la personnalisation à l’extrême. Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, a commandé une version modifiée par la division Koenigsegg Legends : suppression du système hybride, moteur V8 porté à 1 600 chevaux, et intégration de la transmission Engage Shift System du CC850, permettant de passer d’une conduite manuelle à automatique. Une Regera qui n’en est plus vraiment une, mais qui illustre les capacités de sur-mesure du constructeur.
Prix et disponibilité
À son lancement, le prix de la Regera avoisinait 1,9 million de dollars. Sur le marché de l’occasion, les rares exemplaires qui changent de mains atteignent des sommes souvent supérieures, compte tenu de la demande et de la rareté. C’est un investissement réservé à une poignée de collectionneurs fortunés.
Trouver une Regera à vendre relève du parcours du combattant. Les sites spécialisés comme duPont Registry ou LuxuryPulse listent occasionnellement des exemplaires, mais les transactions se font souvent en privé, entre collectionneurs ou via les réseaux de concessionnaires agréés Koenigsegg.
Il faut aussi mentionner les enjeux de fiabilité qui ont émergé ces dernières années. Certains propriétaires, comme le collectionneur américain Steve Hamilton, ont rapporté publiquement des problèmes techniques répétés sur leurs Regera, notamment des défaillances du système électrique haute tension après seulement quelques kilomètres. Koenigsegg a réagi de manière plus juridique que technique, ce qui a refroidi certains passionnés.
Ces incidents restent isolés et ne remettent pas en cause la prouesse technique de la voiture, mais ils rappellent que les hypercars de ce niveau sont des machines complexes, parfois capricieuses, et qu’elles nécessitent un suivi rigoureux et des interventions fréquentes.
Faut-il craquer pour une Regera ?
La Koenigsegg Regera n’est pas une hypercar comme les autres. Elle repousse les frontières de la technologie hybride avec son système Direct Drive unique, délivre des performances stratosphériques (0-400 km/h en 20,68 secondes) et offre un niveau de luxe rarement atteint dans cette catégorie. Ses 80 exemplaires en font un objet de collection inestimable.
Elle s’adresse aux amateurs qui cherchent l’innovation autant que la vitesse, le confort autant que l’exclusivité. Face à une Bugatti Chiron ou une Ferrari LaFerrari, elle propose une alternative suédoise audacieuse, à la philosophie différente. Moins orientée piste, plus polyvalente au quotidien, la Regera règne dans son propre royaume. Et ce n’est pas près de changer.

