Une hypercar capable d’accueillir quatre adultes avec leurs bagages tout en développant jusqu’à 2300 chevaux ? C’est exactement ce que propose la Koenigsegg Gemera, une voiture qui redéfinit les limites du possible. Le constructeur suédois signe ici sa première quatre places, baptisée Mega-GT, sans rien sacrifier des performances dévastatrices qui ont fait sa réputation. Production limitée à 300 exemplaires, livraisons prévues pour 2025.
Qu’est-ce que la Koenigsegg Gemera ?
La Gemera représente un tournant radical dans l’histoire de Koenigsegg. Là où toutes les créations précédentes de la marque étaient des coupés deux places ultra-radicaux, ce modèle propose une approche inédite : combiner l’habitabilité d’une GT de luxe avec les performances d’une hypercar pure et dure.
Le nom lui-même est révélateur. « Gemera » vient du suédois et signifie « donner plus ». Une promesse tenue sur toute la ligne.
Koenigsegg qualifie la Gemera de premier Mega-GT au monde. Derrière ce terme marketing se cache une réalité concrète : c’est la seule voiture de série quatre places capable de rivaliser avec les hypercars deux places les plus extrêmes, qu’elles soient thermiques ou électriques.
Avec ses 4,98 mètres de long et un empattement de 3 mètres, la Gemera offre un espace intérieur généreux. Elle peut transporter quatre adultes de grande taille avec quatre valises cabine à l’arrière. Du jamais vu dans cette catégorie de véhicules.
La production sera strictement limitée à 300 exemplaires, assemblés dans le tout nouveau bâtiment Gripen Atelier de 11 000 m² sur le campus Koenigsegg à Ängelholm, en Suède.
Deux motorisations au choix : TFG ou HV8
L’une des particularités de la Gemera réside dans le choix offert aux acheteurs entre deux groupes motopropulseurs radicalement différents.
Version TFG (Tiny Friendly Giant)
La version de base, si l’on peut dire, repose sur un concept technique audacieux. Au cœur du système se trouve un 3 cylindres 2.0 biturbo de 600 chevaux, positionné en position centrale arrière. Ce moteur utilise la technologie Freevalve (sans arbre à cames), développée par Koenigsegg, qui permet un contrôle indépendant des soupapes d’admission et d’échappement.
Baptisé TFG pour Tiny Friendly Giant (le bon petit géant), ce bloc compact accepte plusieurs carburants : essence classique, bioéthanol E85, ou même méthanol de deuxième génération comme le Vulcanol. Cette polyvalence permet à Koenigsegg de revendiquer une neutralité carbone comparable à celle d’un véhicule électrique, à condition d’utiliser les bons carburants.
Le moteur thermique est épaulé par le Dark Matter, un moteur électrique révolutionnaire développé par Koenigsegg. Ce système à flux raxial (croisement entre radial et axial) ne pèse que 39 kilos mais délivre 800 chevaux. Il remplace les trois moteurs électriques initialement prévus sur le concept de 2020.
La puissance combinée atteint 1400 chevaux pour un couple de 1850 Nm. L’ensemble est couplé à la Light Speed Tourbillon Transmission (LSTT), une boîte à 9 rapports multi-embrayages qui assure une transmission intégrale avec vectorisation du couple sur chaque roue.
La batterie de 14 kWh permet de rouler jusqu’à 50 km en mode 100% électrique, avec une vitesse de pointe étonnante de 340 km/h sans le moteur thermique.
Version HV8 (Hot V8)
Pour ceux qui trouvent 1400 chevaux insuffisants, Koenigsegg propose une option payante qui transforme radicalement le caractère de la voiture.
Exit le 3 cylindres, place au V8 5.0 biturbo emprunté à la Jesko, le modèle piste de la marque. Ce bloc développe à lui seul 1500 chevaux à 8500 tours/minute lorsqu’il est alimenté au bioéthanol. Les turbos sont positionnés dans le V du moteur (d’où l’appellation « Hot V »), permettant un gain de compacité et d’efficacité.
Associé au même moteur électrique Dark Matter de 800 chevaux, l’ensemble culmine à 2300 chevaux pour un couple phénoménal de 2750 Nm. C’est actuellement le record absolu pour une voiture de série homologuée route.
Koenigsegg a dû adapter la transmission LSTT pour encaisser une telle puissance. L’absence de volant moteur classique et le développement spécifique de cette boîte ont permis de gagner environ 150 kilos sur l’ensemble du groupe motopropulseur par rapport aux solutions traditionnelles.
Cette version HV8 transforme la Gemera en la voiture de production la plus puissante de la planète, avec un rapport poids/puissance hallucinant de 1,11 chevaux par kilo.
Performances et caractéristiques techniques
Les chiffres annoncés donnent le vertige. La Gemera version TFG abat le 0 à 100 km/h en 1,9 seconde et peut théoriquement atteindre 400 km/h. La version HV8 devrait faire encore mieux, même si Koenigsegg n’a pas communiqué de chiffres officiels pour cette variante.
Ces performances sont rendues possibles par plusieurs innovations techniques.
Le châssis monocoque en fibre de carbone limite le poids à environ 1850 kg, un chiffre remarquable pour une voiture hybride quatre places de cette taille. La carrosserie est également intégralement réalisée en carbone.
La transmission intégrale s’accompagne d’un système de vectorisation du couple extrêmement sophistiqué, capable de distribuer la puissance individuellement sur chaque roue. Les roues arrière sont directrices, améliorant l’agilité malgré le gabarit imposant.
Le système de freinage est signé Akrapovic, tout comme les échappements en titane. Sur la version V8, les sorties d’échappement émergent au-dessus du moteur, créant une signature sonore unique.
Côté sécurité, la Gemera dispose de six airbags intelligents, d’un contrôle de stabilité, d’un ABS et d’une assistance à la conduite de niveau ADAS 2.5. Les points d’ancrage Isofix sont présents aux places arrière. Koenigsegg affirme avoir conçu le véhicule pour une homologation mondiale.
L’autonomie combinée (électrique + thermique) peut atteindre 1000 km selon les conditions d’utilisation et le mode de conduite choisi.
Un design pensé pour quatre occupants
L’exploit de la Gemera ne réside pas seulement dans sa fiche technique, mais dans sa capacité à offrir une véritable habitabilité à quatre personnes.
Les portes KATSAD (Koenigsegg Automated Twisted Synchrohelix Actuation Doors) constituent l’élément visuel le plus spectaculaire. Ces immenses portières s’ouvrent verticalement vers l’avant selon un mouvement complexe. L’absence totale de montant B libère un accès panoramique à l’habitacle. Passagers avant comme arrière peuvent monter et descendre sans contorsions, sans avoir besoin de déplacer ou rabattre les sièges.
Le système d’ouverture requiert un espace latéral minimal, ce qui facilite l’utilisation dans des parkings exigus.
L’habitacle accueille quatre sièges baquets de taille identique, tous chauffants et à réglages électriques. Les matériaux utilisent du cuir ou de l’Alcantara avec surpiqûres personnalisables. L’ambiance est sportive mais raffinée, avec une présentation épurée typique de Koenigsegg. La fibre de carbone du châssis reste apparente dans de nombreuses zones.
Chaque passager dispose de son propre écran de divertissement. Le système embarqué intègre Apple CarPlay, la connectivité Wi-Fi et USB, ainsi que des ports de recharge par induction. On compte huit porte-gobelets, dont quatre chauffants et quatre réfrigérants. Le système audio comprend 11 haut-parleurs haut de gamme.
Le coffre offre 200 litres de capacité, soit l’équivalent d’une citadine comme la Mini. Quatre valises cabine peuvent y prendre place. Des points d’ancrage pour galerie de toit sont même prévus, permettant d’emporter des skis ou du matériel supplémentaire.
Le pare-brise panoramique s’inspire des cockpits d’avions de chasse, avec des montants A très fins quasi invisibles. Les prises d’air latérales massives rappellent l’ADN sportif du modèle. À l’arrière, le design évoque certaines GT classiques comme la Porsche Carrera GT, avec des lignes fluides et des échappements Akrapovic positionnés de chaque côté des vitres de custode.
L’ensemble reste fidèle à l’esthétique suédoise minimaliste chère à Koenigsegg, avec des lignes pures et des porte-à-faux courts.
Prix et disponibilité
La Koenigsegg Gemera version TFG est affichée à partir de 1,7 million d’euros. Ce tarif en fait paradoxalement la Koenigsegg la moins chère du catalogue actuel.
Pour obtenir la version HV8 et ses 2300 chevaux, il faut ajouter environ 400 000 euros à la facture, portant le prix total autour de 2,1 millions d’euros. Un Ghost Package avec éléments aérodynamiques spécifiques (splitter avant élargi, extracteur S-Duct, aileron arrière) sera proposé en option pour améliorer encore les performances.
Les 300 exemplaires prévus se sont vendus très rapidement après la présentation du modèle en 2020. La production a démarré fin 2024 dans le nouveau bâtiment Gripen Atelier, avec les premières livraisons prévues pour début 2025.
Le nombre d’exemplaires destinés au marché européen n’a pas été précisé. Pour le marché américain, certaines adaptations seront nécessaires, notamment le remplacement des caméras latérales par des rétroviseurs traditionnels.
La Gemera représente un pari audacieux pour Koenigsegg. Créer une hypercar familiale semblait impossible. Le constructeur suédois prouve une fois de plus qu’avec suffisamment d’ingénierie et d’innovation, les limites peuvent être repoussées. Pour les quelques privilégiés capables de s’offrir ce monstre de technologie, la Gemera offre une proposition unique : partager des sensations extrêmes avec trois passagers, sans compromis sur les performances. Un exploit qui mérite pleinement son statut de Mega-GT.

