Bugatti Type 17 : la voiture de tourisme qui a posé les bases du luxe sportif

La Bugatti Type 17 reste méconnue du grand public, pourtant elle incarne parfaitement les débuts d’Ettore Bugatti. Produite entre 1910 et 1920, cette voiture de tourisme élégante reprend la mécanique de la célèbre Type 13 de compétition, mais avec un châssis rallongé et des carrosseries raffinées. Elle marque la volonté du constructeur de proposer des véhicules à la fois sportifs, confortables et luxueux. Un modèle fondateur qui a contribué à bâtir la réputation de la marque.

Un dérivé routier de la légendaire Type 13

Ettore Bugatti présente la Type 13 au Salon de l’automobile de Paris en 1910. Ce modèle de compétition remporte rapidement de nombreuses victoires grâce à son moteur moderne et son poids contenu. Mais Bugatti voit plus loin : il veut aussi séduire une clientèle désireuse de conduire une voiture performante au quotidien.

C’est ainsi que naissent les Type 15 et Type 17, deux variantes routières de la Type 13. La Type 17 se distingue par un empattement allongé, passant de 2000 mm (Type 13) à 2400 mm, voire 2550 mm selon les versions. Cette modification permet d’installer des carrosseries plus spacieuses, adaptées au tourisme et aux trajets longue distance.

Le châssis reste celui de la Type 13, avec ses qualités reconnues : légèreté, rigidité et finesse de comportement. Bugatti conserve également le moteur 4 cylindres en ligne à arbre à cames en tête, une architecture avancée pour l’époque. La Type 17 s’inscrit ainsi dans une famille cohérente (Type 13, 15, 16, 17) qui partage des bases techniques communes tout en répondant à des usages différents.

Les caractéristiques techniques qui ont fait la différence

Le moteur de la Type 17 est un 4 cylindres en ligne de 1,3 à 1,4 litre (selon les années et configurations). Il adopte un arbre à cames en tête (ACT), une solution technique encore rare au début des années 1910. Cette architecture permet une meilleure respiration du moteur et des régimes plus élevés que les moteurs à soupapes latérales de l’époque.

Chaque cylindre dispose de 2 soupapes (8 soupapes au total), alimentées par un carburateur Zenith. La puissance varie entre 18 et 25 chevaux selon les versions, avec un régime maximal autour de 3000 tr/min. Ces chiffres peuvent sembler modestes aujourd’hui, mais ils offrent des performances réelles grâce au poids contenu du véhicule : entre 500 et 600 kg seulement.

La vitesse maximale atteint environ 95 km/h, ce qui positionne la Type 17 parmi les voitures rapides de son temps. La transmission se fait par cardan, une solution moderne qui remplace les chaînes encore courantes sur de nombreux modèles concurrents. L’ensemble mécanique se montre fiable, un atout majeur pour une voiture de tourisme destinée à parcourir de longues distances.

Carrosseries variées : du torpédo sport à la berline

La Type 17 a été déclinée en plusieurs versions de carrosserie, toutes réalisées de manière artisanale par des carrossiers spécialisés. La plus répandue reste la torpédo sport quatre places, avec ses lignes fluides, son habitacle ouvert et ses sièges confortables. Ce type de carrosserie séduit une clientèle aisée à la recherche d’élégance et de praticité.

D’autres configurations existent : berline à conduite intérieure (avec toit et portes fermées), réalisée notamment par le carrossier Widerkehr en 1910, ou encore des versions plus sportives baptisées « skiff ». Ce dernier terme fait référence aux canots automobiles nautiques en vogue à l’époque. Certains exemplaires, comme celui exposé à la Cité de l’Automobile de Mulhouse, arborent une carrosserie en acajou, directement inspirée de ces embarcations.

Les carrossiers Durr, Laval et d’autres maisons ont également habillé la Type 17, créant des variations subtiles d’un exemplaire à l’autre. Chaque voiture devient ainsi unique, tout en conservant les éléments distinctifs de la marque : la calandre Bugatti (qui évolue vers la forme en fer à cheval emblématique), les lignes épurées et une finition soignée jusque dans les moindres détails.

L’influence de Carlo Bugatti sur le design

Ettore Bugatti n’est pas seulement un ingénieur talentueux. Il est aussi le fils de Carlo Bugatti, artisan d’art et ébéniste reconnu dans le mouvement Art déco. Cette filiation marque profondément l’approche d’Ettore en matière de design automobile.

Là où d’autres constructeurs privilégient la fonctionnalité pure, Bugatti accorde une importance capitale à l’esthétique, aux matériaux nobles et à la qualité de finition. Chaque élément de la Type 17 témoigne de cette exigence : sellerie en cuir, accastillage en laiton, boiseries travaillées, peintures laquées. La voiture n’est pas qu’un moyen de transport, elle devient une œuvre d’art roulante.

Cette vision du luxe sportif, héritée de Carlo Bugatti, deviendra l’ADN de la marque. Les futures créations d’Ettore, de la Type 35 à la Type 57, perpétueront cette alliance entre performance technique et raffinement esthétique. La Type 17 pose les premières pierres de cette philosophie.

Un modèle éclipsé par les « Brescia » mais essentiel

La production de la Type 17 débute en 1910 et se poursuit jusqu’en 1914, année où la Première Guerre mondiale contraint Bugatti à interrompre ses activités civiles. Ettore travaille alors sur des projets militaires, notamment son moteur d’avion King-Bugatti U-16.

La fabrication reprend en 1920, mais la Type 17 passe progressivement au second plan. Les Type 13 « Brescia », versions sportives victorieuses de la fameuse coupe des Voiturettes au Mans en 1921, accaparent l’attention. Ces modèles de compétition font la une des journaux et renforcent la notoriété de Bugatti dans le monde entier.

Pourtant, la Type 17 joue un rôle fondateur. Elle démontre que Bugatti sait concevoir des voitures élégantes et confortables sans renoncer à la sportivité. Elle établit les codes esthétiques de la marque et séduit une clientèle fortunée en quête de distinction. Sa production totale reste limitée, probablement quelques centaines d’exemplaires (les chiffres exacts sont difficiles à établir), ce qui en fait aujourd’hui un modèle rare et recherché par les collectionneurs.

Où voir une Bugatti Type 17 aujourd’hui ?

Trouver une Bugatti Type 17 n’est pas chose aisée. La production limitée et l’ancienneté du modèle expliquent sa rareté. Quelques exemplaires sont néanmoins préservés dans des collections et musées prestigieux.

Le plus accessible au public se trouve à la Cité de l’Automobile de Mulhouse, qui abrite la célèbre Collection Schlumpf. Ce musée rassemble l’une des plus importantes collections de Bugatti au monde, et la Type 17 Torpédo exposée témoigne de l’élégance et du savoir-faire de l’époque. Sa carrosserie en acajou de type « skiff » attire particulièrement l’attention des visiteurs.

D’autres exemplaires reposent dans des collections privées ou apparaissent occasionnellement lors de ventes aux enchères internationales. Leur valeur dépend de l’état de conservation, de l’authenticité des éléments d’origine et de l’historique du véhicule. Les Bugatti d’avant-guerre bénéficient d’une forte cote sur le marché, et la Type 17, bien que moins célèbre que certaines de ses sœurs, représente un témoignage historique précieux.

Pour les passionnés, visiter la Cité de l’Automobile reste le meilleur moyen d’approcher ce modèle et de comprendre l’importance des premières créations d’Ettore Bugatti dans l’histoire de l’automobile française.


La Bugatti Type 17 incarne les débuts d’une marque qui a su allier performance, légèreté et raffinement. Moins médiatisée que les modèles de compétition, elle a pourtant contribué à forger la réputation de Bugatti auprès d’une clientèle exigeante. Un témoin discret mais essentiel de l’histoire automobile du début du XXe siècle.

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koessler.buisness@gmail.com
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