Bugatti Type 23 : histoire et caractéristiques

La Bugatti Type 23 incarne parfaitement l’esprit visionnaire d’Ettore Bugatti. Née en 1913 comme une routière confortable, elle s’est transformée après 1920 en légende sportive grâce au moteur Brescia 16 soupapes, devenant la première voiture de série au monde équipée de cette technologie révolutionnaire. Entre innovation technique et palmarès sportif, cette Bugatti a marqué l’histoire automobile.

La naissance de la Type 23 (1913-1914)

Avant de devenir une icône, la Type 23 répond à un besoin simple : offrir plus de confort que la Type 13, trop courte pour un usage routier agréable. Ettore Bugatti teste plusieurs empattements. La Type 15 améliore les choses, mais c’est la Type 17, avec ses 2 550 mm d’empattement, qui trouve l’équilibre idéal entre agilité et stabilité.

La Type 23 reprend ce châssis éprouvé. Elle hérite également du radiateur ovale de la Type 22, signature esthétique immédiatement reconnaissable. À cette époque, le moteur reste un 4 cylindres en ligne classique de 1,4 litre environ, avec 8 soupapes. Une base solide, mais pas encore révolutionnaire.

La Première Guerre mondiale interrompt la production. Il faudra attendre 1920 pour que la Type 23 connaisse une seconde vie, bien plus glorieuse.

1920 : la renaissance sous le nom de Brescia

Tout bascule le 4 septembre 1921. Au Grand Prix de Brescia, en Italie, les Bugatti raflent les quatre premières places dans la catégorie voiturette. Un triomphe retentissant qui change l’histoire de la marque et de la Type 23.

Cette victoire repose sur une innovation technique majeure : le moteur 16 soupapes. Avec quatre soupapes par cylindre et un arbre à cames en tête, ce bloc permet une respiration optimale du moteur. Les performances explosent. La Type 23, comme les Type 13 et Type 22, est rebaptisée Brescia en hommage à ce succès.

Cette technologie multisoupapes fait de la Bugatti Type 23 Brescia la première voiture de série au monde à bénéficier de cette configuration. Un jalon dans l’histoire de l’automobile.

Caractéristiques techniques de la Type 23 Brescia

Le moteur révolutionnaire

Le cœur de la Type 23 Brescia bat au rythme d’un 4 cylindres en ligne sophistiqué. Selon les versions, la cylindrée varie entre 1 368 cc, 1 453 cc et 1 496 cc. Le plus courant affiche 1 496 cc, développant environ 40 à 50 chevaux.

L’architecture technique impressionne : arbre à cames en tête, 16 soupapes, lubrification soignée. Ce moteur permet à la voiture de dépasser les 110 km/h, une prouesse à une époque où la plupart des 1,5 litre peinent à atteindre 80 km/h.

Cette vélocité s’accompagne d’une sonorité particulière, mélodieuse, qui ravit encore aujourd’hui les propriétaires chanceux de ces machines.

Châssis et carrosserie

Le châssis reprend l’empattement de 2 550 mm de la Type 17. La construction privilégie la légèreté, obsession constante chez Bugatti. Chaque kilogramme économisé améliore les performances et la maniabilité.

Les carrosseries varient selon les commandes. On trouve des tourer ouverts, des roadster biplace sport, des torpedo trois places. Les carrossiers renommés comme Lavocat & Marsaud habillent certains exemplaires de carrosseries en tissu tendu sur structure bois, élégantes et légères.

Chaque Type 23 possède ainsi une personnalité unique, reflet des goûts de son premier propriétaire.

Performances et comportement

Sur route, la Type 23 Brescia surprend par son agilité. La direction précise, la tenue de route saine et le poids contenu en font une voiture agréable à piloter. Les suspensions à ressorts semi-elliptiques à l’avant et quart-elliptiques à l’arrière assurent un compromis acceptable entre confort et efficacité.

Les freins mécaniques sur les quatre roues, avec cames et segments, demandent une certaine anticipation mais se révèlent suffisants pour l’époque. En compétition, la Type 23 se montre à la hauteur, enchaînant les podiums dans les courses de côte et les rallyes.

Production et diffusion (1913-1926)

La production de la Type 23 s’étale sur une période inhabituelle, de 1913 à 1926. La guerre interrompt la fabrication entre 1914 et 1919. La véritable série commence après 1920, avec la version Brescia 16 soupapes.

Environ 2 000 Brescia toutes versions confondues (Type 13, 22 et 23) sortent de l’usine de Molsheim. La Type 23, avec son empattement long, représente une part significative de cette production, même si les chiffres exacts restent débattus par les historiens.

Ces voitures trouvent preneurs dans toute l’Europe, mais aussi en Australie et aux États-Unis. Bugatti construit sa réputation internationale grâce à ces modèles accessibles et performants.

En 1926, la production s’arrête. La Type 35, plus moderne et encore plus rapide, prend le relais sur les circuits. La Type 23 a accompli sa mission : établir Bugatti comme constructeur de référence.

Palmarès sportif et reconnaissance

Les Type 23 Brescia enchaînent les succès en compétition. Au-delà de la victoire fondatrice de Brescia 1921, elles s’illustrent dans d’innombrables courses de côte, notamment en Irlande et en Grande-Bretagne.

Des pilotes privés comme Wilford Fitzsimmons, secrétaire sportif du Royal Irish Automobile Club, ou le Dr Brian Boydell, utilisent régulièrement leur Type 23 en compétition. La voiture se montre fiable et compétitive, même face à des machines plus récentes.

Certains exemplaires participent encore aujourd’hui à des événements historiques prestigieux. Une Type 23 correctement documentée peut prétendre aux Mille Miglia ou au Brescia Solo, rassemblement annuel réservé aux modèles Brescia authentiques. Cette éligibilité ajoute une dimension vivante à la collection, loin des garages climatisés.

Les plus grands pilotes Bugatti de l’époque choisissent souvent une Brescia pour leurs déplacements quotidiens, preuve de la confiance qu’ils accordent à ces voitures.

Valeur et marché actuel

Cotation aux enchères

Le marché des Bugatti anciennes place la Type 23 dans une fourchette attractive pour les collectionneurs. Les enchères récentes montrent des adjudications entre 200 000 € et 600 000 €, selon l’état, l’historique et l’authenticité.

Un exemplaire avec un historique complet, des numéros de châssis et moteur concordants, et une restauration respectueuse peut atteindre le haut de cette fourchette. À l’inverse, un projet nécessitant une reconstruction importante ou dont la provenance reste floue démarre autour de 150 000 €.

En 2019, une Type 23 Brescia en excellent état franchissait le cap du million de dollars lors d’une vente américaine, signe de l’intérêt croissant pour ces modèles historiques.

Ce qui fait la valeur d’une Type 23

Plusieurs critères déterminent la cote d’une Type 23. L’authenticité du moteur d’origine constitue le premier point de vigilance. Un bloc correspondant aux registres d’usine Bugatti rassure les acheteurs et valorise la voiture.

L’historique documenté compte énormément. Une voiture dont on peut retracer les propriétaires successifs, idéalement depuis la livraison neuve, bénéficie d’une prime substantielle. Les photos d’époque, programmes de courses, factures d’entretien et correspondances avec l’usine enrichissent le dossier.

La qualité de la restauration influence directement la valeur. Les restaurations signées par des spécialistes reconnus, comme Hugh Conway dans les années 1970, ajoutent de la crédibilité. Conway, historien de la marque et vice-président du club des propriétaires Bugatti, a restauré plusieurs Type 23 dont la documentation a servi de base à son manuel de restauration des Brescia, ouvrage de référence.

Enfin, l’éligibilité aux grands événements historiques (Mille Miglia, Brescia Solo, rallyes Bugatti internationaux) transforme une belle voiture de collection en passeport pour des aventures inoubliables.

Pourquoi la Type 23 reste une référence

Plus d’un siècle après sa création, la Bugatti Type 23 conserve un statut particulier. Elle représente la première application en série de la technologie multisoupapes, innovation qui deviendra la norme des décennies plus tard.

Cette voiture incarne aussi le génie d’Ettore Bugatti : allier performance, élégance et innovation technique dans un ensemble cohérent. La Type 23 n’est pas qu’une voiture rapide, c’est une voiture pensée dans ses moindres détails.

Comparée aux Bugatti plus célèbres et plus chères, comme les Type 35 ou Type 57, la Type 23 offre un point d’entrée accessible dans l’univers de la marque de Molsheim. Avec des prix démarrant autour de 200 000 €, elle reste à portée de collectionneurs passionnés sans nécessiter les moyens d’un grand musée.

Surtout, la Type 23 se conduit. Ce n’est pas une sculpture immobile. Les propriétaires actuels l’utilisent régulièrement, appréciant son tempérament vif, sa sonorité unique et ce lien direct avec l’âge d’or de l’automobile sportive. Une expérience que peu de voitures centenaires peuvent encore offrir avec autant d’authenticité.

La Bugatti Type 23 n’est pas seulement un témoin de l’histoire automobile. Elle continue d’écrire sa propre histoire, un kilomètre après l’autre, entre les mains de passionnés qui perpétuent l’héritage d’Ettore Bugatti.

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koessler.buisness@gmail.com
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