Bugatti Type 37 : la voiture de course qui a conquis les amateurs

En 1926, Ettore Bugatti lance une version plus accessible de sa légendaire Type 35. La Bugatti Type 37 reprend le châssis victorieux de sa grande sœur, mais avec un moteur quatre cylindres qui réduit les coûts et simplifie l’entretien. Cette approche pragmatique va permettre à des centaines de pilotes privés de rouler aux couleurs de Molsheim sur les circuits européens.

L’origine du Type 37 : une réponse pragmatique aux besoins des pilotes privés

Le Type 35 débarque en 1924 et domine rapidement les compétitions. Son moteur huit cylindres en ligne de 2 litres et ses roues en alliage d’aluminium iconiques font merveille. Mais tout le monde ne peut pas s’offrir une telle machine ni assumer son entretien complexe.

Ettore Bugatti comprend vite qu’il existe un marché pour une voiture de course plus abordable. Les gentlemen drivers, les écuries privées et les passionnés cherchent une machine fiable, performante et surtout moins onéreuse à maintenir. La Type 37 répond exactement à cette demande.

Elle vient remplacer le vieillissant Type 13 Brescia, produit depuis 1910 et devenu techniquement dépassé. Avec environ 2000 exemplaires vendus, le Brescia avait établi la réputation de Bugatti. Le Type 37 devait maintenir cette dynamique tout en offrant des performances modernes.

La philosophie est claire. Bugatti ne construit pas une voiture bon marché, mais une vraie voiture de course vendue à un prix plus raisonnable. Chaque détail compte, chaque composant reflète l’obsession de la qualité qui caractérise la marque.

Les caractéristiques techniques du Type 37

Un moteur 4 cylindres efficace et fiable

Le cœur de la Type 37 est un moteur de 1496 cm³ qui développe 60 chevaux à 4500 tr/min. C’est littéralement la moitié du huit cylindres du Type 35. Bugatti a simplement coupé son bloc en deux pour créer un quatre cylindres compact et économique.

L’architecture reste sophistiquée. Arbre à cames en tête, trois soupapes par cylindre (deux à l’admission, une à l’échappement), bloc en fonte avec passages d’eau étroits pour limiter le poids. Le vilebrequin monobloc remplace les roulements à galets du Type 35, ce qui réduit les coûts de fabrication et simplifie la maintenance.

Ce moteur peut monter jusqu’à 5000 tr/min sans broncher. Pour l’époque, c’est remarquable. La fiabilité mécanique devient un argument de vente majeur. Contrairement aux monstres de compétition qui explosent régulièrement, la Type 37 termine les courses.

L’alimentation se fait par un carburateur Zenith ou Solex selon les versions. Pas de système électrique superflu, pas de démarreur d’origine. On lance le moteur à la manivelle, comme sur toutes les vraies voitures de course des années 1920.

Châssis et comportement routier

Bugatti reprend intégralement le châssis du Type 35. Même empattement de 2400 mm, même voie de 1200 mm à l’avant comme à l’arrière. Cette plateforme a fait ses preuves en compétition, pourquoi la modifier ?

L’essieu avant tubulaire est une signature Bugatti. Forgé dans de l’acier britannique de première qualité, il présente une section carrée creuse avec des ouvertures rectangulaires pour fixer les ressorts. Cette conception ingénieuse allège l’ensemble tout en conservant une rigidité exceptionnelle.

La suspension avant utilise des ressorts semi-elliptiques classiques. À l’arrière, on trouve les fameux ressorts inversés en quart d’ellipse caractéristiques de Bugatti. Ce système abaisse le centre de gravité et améliore le comportement en virage.

Avec seulement 700 kg sur la balance, la Type 37 se montre nerveuse et réactive. Le freinage impressionne grâce à des tambours efficaces sur les quatre roues. La direction à vis sans fin offre une précision remarquable pour l’époque.

Le poids plume compense largement la puissance modeste. Sur les routes sinueuses et les circuits techniques, la Type 37 se défend honorablement face à des voitures bien plus puissantes. C’est toute la magie de l’approche Bugatti.

Design et esthétique

La Type 37 se distingue visuellement du Type 35 par ses roues à rayons métalliques. Bugatti réserve les célèbres roues en alliage coulé aux modèles haut de gamme. C’est d’ailleurs le moyen le plus simple de différencier les deux modèles au premier coup d’œil.

La carrosserie reprend les lignes épurées typiques des racers de l’époque. Ailes minimalistes en forme de garde-boue de cycle, capot long et étroit, cockpit biplace serré. Tout est pensé pour l’efficacité, rien pour le confort.

Le poste de conduite reste spartiate. Les instruments se limitent au strict nécessaire. Le levier de vitesses dépasse sur le côté droit de la carrosserie, accessible à la main droite du pilote. La boîte quatre rapports se manipule avec fermeté mais précision.

La calandre en fer à cheval, devenue emblématique, trône à l’avant. Le radiateur nickelé brille sous le soleil. Chaque détail respire la qualité et le soin apporté à la fabrication. Même en version « économique », une Bugatti reste une Bugatti.

Type 37A : la version suralimentée pour plus de performances

En 1927, Bugatti répond aux demandes de clients voulant plus de punch. Le Type 37A reprend le moteur de base, mais ajoute un compresseur volumétrique de type Roots. Cette modification augmente la puissance de 20 à 30 chevaux supplémentaires.

La puissance grimpe ainsi entre 80 et 90 chevaux selon les réglages. Le gain est substantiel, suffisant pour rivaliser avec des machines bien plus grosses. Le compresseur se place sur le côté gauche du moteur, facilement identifiable.

Autre changement notable, la Type 37A reçoit les roues en alliage caractéristiques du Type 35. Bugatti unifie ainsi l’esthétique de ses modèles suralimentés. Ces roues deviennent instantanément reconnaissables et contribuent au mythe Bugatti.

La production du Type 37A reste confidentielle. Seulement 67 exemplaires sortent de l’usine de Molsheim entre 1927 et 1930. Cette rareté en fait aujourd’hui des pièces encore plus recherchées que la Type 37 standard.

Les performances s’envolent. Avec le compresseur, la Type 37A atteint facilement les 150 km/h en pointe. Sur les circuits rapides comme Brooklands, elle établit des records et impressionne les chronométreurs. La légende continue de s’écrire.

Palmarès et histoire en compétition

La Bugatti Type 37 participe à toutes les grandes épreuves des années 1920. On la voit aux 24 Heures du Mans, à la Mille Miglia, à la Targa Florio et sur d’innombrables circuits à travers l’Europe. Elle devient la monture favorite des pilotes amateurs fortunés.

Sur le mythique circuit de Brooklands en Angleterre, plusieurs Type 37A établissent des records de vitesse. Chris Staniland, pilote britannique, fait notamment tourner sa Type 37A à plus de 122 mph (196 km/h) en 1929. Pour une quatre cylindres de 1,5 litre, c’est exceptionnel.

Les courses de côte voient régulièrement des Type 37 briller. Le faible poids et l’agilité du châssis font merveille sur ces épreuves techniques. Les pilotes privés accumulent les podiums et les victoires de classe.

Le Grand Prix de Pau, les courses en Afrique du Nord, les épreuves régionales françaises accueillent régulièrement des Type 37. Ces voitures se montrent fiables, rapides et surtout amusantes à piloter. Elles permettent à Bugatti de maintenir une présence constante en compétition.

Contrairement aux usines Alfa Romeo ou Maserati qui engagent des équipes officielles, Bugatti compte surtout sur ses clients pour défendre les couleurs bleues. La stratégie fonctionne. Entre 1926 et 1930, les Type 37 accumulent des centaines de victoires et de places d’honneur.

Production, rareté et valeurs actuelles

Chiffres de production

Entre 1926 et 1930, Bugatti fabrique environ 300 Type 37 et Type 37A confondues. La production reste artisanale, chaque voiture étant assemblée à la main dans l’usine de Molsheim en Alsace.

Les numéros de châssis commencent à 37001 et se terminent aux alentours de 37387. Certains moteurs attendent parfois plusieurs mois avant d’être installés sur un châssis. Les derniers exemplaires sont d’ailleurs vendus en 1931, bien après l’arrêt de la production.

La crise économique de 1929 met un coup d’arrêt brutal. Les ventes de voitures de luxe et de sport s’effondrent. Bugatti décide de concentrer ses efforts sur des modèles plus prestigieux et plus rentables. Le Type 37 disparaît du catalogue sans être remplacé.

Marché et cotation

Aujourd’hui, une Bugatti Type 37 en bon état se négocie entre 250 000 et 800 000 euros aux enchères. Les prix varient énormément selon l’historique, l’authenticité et l’état de conservation.

Un exemplaire ayant participé à des courses historiques documentées atteint facilement les sommets de la fourchette. Un Type 37A avec son moteur et son châssis d’origine dépasse régulièrement les 700 000 euros. Les collectionneurs recherchent avant tout la traçabilité et l’authenticité.

Les restaurations jouent un rôle crucial dans la valorisation. Une voiture restaurée par des spécialistes reconnus comme Ivan Dutton ou Crosthwaite & Gardiner conserve une valeur élevée. À l’inverse, une restauration approximative fait chuter les prix.

La rareté maintient une demande constante. Avec moins de 300 exemplaires produits et probablement moins de 200 survivants aujourd’hui, chaque Type 37 disponible attire l’attention des grands collectionneurs mondiaux.

Type 37 vs Type 40 : deux philosophies, un même moteur

Le Type 40 partage le moteur 1,5 litre de la Type 37, mais dans un contexte complètement différent. Présenté en 1926, il vise une clientèle cherchant une voiture sportive mais polyvalente.

L’empattement s’allonge à 2550 mm contre 2400 mm pour la Type 37. Le châssis s’élargit pour accueillir des carrosseries plus confortables. Les constructeurs comme Lavocat, Figoni ou Gangloff créent des coupés et des roadsters élégants sur cette base.

Le Type 40 reçoit un démarreur électrique de série, chose impensable sur une voiture de course pure. Le confort s’améliore avec des sièges plus larges, une meilleure protection contre les intempéries et des équipements plus complets.

Bugatti vend environ 700 Type 40 entre 1926 et 1930, soit plus du double de la production de Type 37. Le marché des voitures de grand tourisme sportives se révèle plus porteur que celui des purs racers pour gentlemen drivers.

Les deux modèles coexistent au catalogue sans se faire concurrence. La Type 37 s’adresse aux pilotes, le Type 40 aux conducteurs sportifs. Même moteur, deux univers complètement distincts.

L’héritage du Type 37 dans l’histoire Bugatti

La Bugatti Type 37 incarne parfaitement la philosophie d’Ettore Bugatti dans les années 1920. Créer des voitures de course accessibles sans jamais transiger sur la qualité. Démocratiser la performance sans la galvauder.

Cette approche permet à Bugatti de bâtir une communauté fidèle de clients passionnés. Ces propriétaires deviennent les meilleurs ambassadeurs de la marque. Ils courent le week-end, parlent de leurs victoires en semaine et commandent de nouveaux modèles.

Les Type 37 survivantes participent aujourd’hui aux grands rallyes historiques et aux événements d’époque prestigieux. On les voit régulièrement à la Mille Miglia Storica, au Grand Prix de Monaco Historique ou aux Goodwood Revival. Elles roulent encore, elles courent encore.

Les prix en constante augmentation témoignent de l’intérêt croissant pour ces machines centenaires. Les collectionneurs apprécient leur accessibilité relative comparée aux Type 35 ou aux grands modèles huit cylindres. Une Type 37 permet d’entrer dans l’univers Bugatti sans dépenser plusieurs millions.

Près d’un siècle après sa création, la Type 37 continue de fasciner. Elle représente une époque où l’automobile de course restait accessible, où un passionné pouvait acheter une vraie voiture de compétition et la piloter lui-même. Cette magie n’a jamais disparu.

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koessler.buisness@gmail.com
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