Entre 1934 et 1940, la Bugatti Type 57 incarne le summum de l’art automobile français. Conçue par Jean Bugatti, fils du légendaire Ettore, cette gamme de grand tourisme mêle performances sportives, raffinement artisanal et audace technique. De la berline Galibier à la mythique Atlantic, en passant par les redoutables voitures de course Tank, la Type 57 démontre qu’une automobile peut être à la fois une œuvre d’art et une machine de victoire.
La genèse de la Type 57 : Jean Bugatti prend les rênes
Le contexte des années 1930
En 1930, l’industrie automobile traverse une période de transformation profonde. La crise économique mondiale pousse les constructeurs à repenser leurs stratégies. Chez Bugatti, c’est le moment d’un changement générationnel majeur.
Jean Bugatti, alors âgé de 21 ans, hérite progressivement de la direction technique de l’entreprise familiale. Contrairement à son père Ettore, attaché à certaines traditions mécaniques, Jean apporte une vision moderniste. Il imagine une stratégie commerciale nouvelle pour la marque : créer un modèle de base polyvalent déclinable en multiples variantes, plutôt que de multiplier les modèles distincts.
Cette approche permettra à Bugatti de proposer à la fois des voitures de grand tourisme luxueuses et des machines de compétition redoutables, toutes basées sur le même châssis fondamental.
Une rupture technique avec la Type 49
Présentée au Salon de Paris d’octobre 1933 sous la verrière du Grand Palais, la Type 57 remplace la Type 49 avec des ambitions clairement affichées. Jean Bugatti conserve le châssis éprouvé de sa devancière, notamment l’essieu avant rigide cher à son père (malgré un prototype à roues indépendantes baptisé « Crème de Menthe »), mais révolutionne complètement la mécanique.
Le nouveau moteur est un 8 cylindres en ligne de 3 257 cm³ à double arbre à cames en tête (DACT), une architecture moderne pour l’époque. Les arbres sont entraînés par pignons, et les chambres de combustion adoptent une forme hémisphérique optimale. Particularité remarquable : le bloc moteur en fonte est coulé d’une seule pièce, sans culasse détachable, tandis que le vilebrequin tourne sur six paliers pour une douceur exemplaire.
Ce moteur développe initialement 135 chevaux à 4 500 tr/min (porté à 140 ch dès 1935), permettant d’atteindre 155 km/h, ce qui fait de la Type 57 l’une des routières les plus rapides de sa génération. Plus impressionnant encore : sa souplesse et son silence de fonctionnement, à peine audible au ralenti.
Autre innovation notable : la boîte de vitesses à quatre rapports n’est plus séparée comme sur les modèles précédents, mais fixée directement au bloc moteur, formant un ensemble rigide qui sert d’entretoise au châssis.
Comprendre la gamme Type 57 : toutes les variantes expliquées
Beaucoup confondent la Bugatti Type 57 avec l’Atlantic uniquement. En réalité, « Type 57 » désigne une famille complète de voitures partageant le même châssis de base mais déclinées en versions aux caractères très différents. Voici toutes les variantes pour y voir clair.
Type 57 standard (1934-1940)
C’est le modèle de base de la gamme, produit à environ 685 exemplaires entre mars 1934 et mai 1940. La Type 57 standard est proposée avec plusieurs carrosseries dessinées sous la direction de Jean Bugatti et produites soit à l’usine de Molsheim, soit par le carrossier colmarien Gangloff, partenaire privilégié de la marque.
Les carrosseries officielles portent des noms de cols alpins et de lieux mythiques :
Ventoux : coach deux portes, quatre places, élégant et polyvalent.
Galibier : berline quatre portes sans montant central, la plus spacieuse de la gamme.
Stelvio : cabriolet quatre places conçu par Gangloff, idéal pour le grand tourisme.
Atalante : coupé deux places profilé, au design raffiné et sportif.
Avec son moteur de 140 chevaux et une vitesse maximale de 155 km/h, la Type 57 standard s’impose comme une grande routière sans équivalent sur les routes françaises. Son moteur silencieux, sa souplesse d’utilisation et son confort en font une voiture de prestige appréciée des clients fortunés.
Seule ombre au tableau : les freins à câbles d’origine, archaïques et peu efficaces, qui broient désagréablement en usage intensif. Il faudra attendre 1938 pour que Jean impose enfin l’adoption de freins hydrauliques Lockheed, accompagnés d’amortisseurs télescopiques remplaçant les coûteux amortisseurs à friction Telecontrol.
Type 57C (à partir de 1936)
Présentée au Salon de Paris 1936, la Type 57C (C pour « Compresseur ») ajoute un compresseur mécanique de type Roots au moteur standard. Cette suralimentation porte la puissance à environ 160 chevaux à 5 000 tr/min, permettant d’atteindre 175 km/h.
Au-delà de la puissance brute, le compresseur apporte surtout un surcroît de souplesse et un agrément de conduite amélioré. La voiture devient plus réactive à bas régime et offre des reprises franches.
Cette version est proposée en option sur toutes les carrosseries de la gamme. Pour prouver les capacités de la Type 57C, le pilote Robert Benoist prend le volant d’une Galibier de série sur l’anneau de Montlhéry en mai 1939 et établit plusieurs records de vitesse.
Type 57S « Surbaissé » (1936-1938)
La Type 57S (S pour « Surbaissé ») représente la version sportive de la gamme. Elle se distingue par un châssis rabaissé et raccourci, l’essieu arrière passant à travers les longerons plutôt qu’en dessous. Cette configuration abaisse le centre de gravité et améliore considérablement la tenue de route.
Plus légère et plus agile que la Type 57 standard, la 57S reçoit également un moteur retravaillé pour plus de puissance. Habillée de carrosseries exclusives à deux places, souvent réalisées sur mesure par les plus grands carrossiers (Figoni & Falaschi, Vanvooren, Gangloff), elle incarne le concept de « grand tourisme rapide » dans toute sa splendeur.
Seulement 40 exemplaires de la Type 57S ont été produits, ce qui en fait une voiture extrêmement rare et recherchée. Chère à l’achat, exclusive dans son approche, la 57S s’adresse à une clientèle d’élite en quête d’une automobile à la fois belle et performante.
Type 57SC (1937-1938)
La Type 57SC combine le châssis surbaissé de la 57S avec le compresseur de la 57C. Le résultat : une machine extraordinaire développant environ 200 chevaux et capable de dépasser 200 km/h, une performance stupéfiante pour la fin des années 1930.
Seuls deux exemplaires ont été construits d’origine en configuration 57SC (dont le célèbre châssis #57453, la « Voiture Noire » de Jean Bugatti). Cependant, plusieurs propriétaires de Type 57S ont fait ajouter ultérieurement un compresseur, créant ainsi de facto des 57SC.
Cette version représente l’aboutissement absolu de la gamme Type 57 sur route, alliant performances de supercar et raffinement de grand tourisme. En 1938, une Galibier dernière série équipée d’une caisse en aluminium et d’un compresseur atteint plus de 200 km/h sur l’anneau de Montlhéry, prouvant que Bugatti maîtrise parfaitement l’art du moteur suralimenté.
Type 57G « Tank » (1936-1939)
La Type 57G n’est pas une voiture de route mais une pure machine de course carrossée en « Tank » (forme profilée intégrale). Elle illustre la double vocation de la gamme Type 57 : séduire sur route et dominer sur circuit.
La première 57G de 1936 repose sur un châssis de Bugatti Type 59 équipé d’un moteur de Type 57 non compressé développant 175 chevaux. Elle remporte le Grand Prix automobile de France 1936.
En 1937, elle évolue en 57 S45 avec un moteur compressé de Bugatti Type 50B délivrant 300 chevaux. Cette version triomphe aux 24 Heures du Mans 1937, offrant à Bugatti l’une de ses plus belles victoires.
En 1939, une troisième version motorisée par un moteur de 57C compressé de 210 chevaux remporte à nouveau les 24 Heures du Mans 1939. Avec une vitesse de pointe frôlant 240 km/h, elle écrase la concurrence.
Tragiquement, c’est au volant de cette voiture de course que Jean Bugatti trouve la mort le 11 août 1939 près de Duppigheim, en tentant d’éviter un cycliste lors d’un essai. Il avait 30 ans. Avec lui disparaît le génie créatif de la marque.
L’Atlantic : quand l’automobile devient sculpture
De l’Aérolithe à l’Atlantic
L’histoire de l’Atlantic commence avec un prototype expérimental : l’Aérolithe, dévoilé en 1935. Jean Bugatti, fascinné par l’aviation et l’aérodynamisme, imagine une carrosserie révolutionnaire utilisant l’Elektron, un alliage de magnésium et d’aluminium fourni par la société allemande IG Farben.
Ce matériau présente un double avantage : il est très léger (jusqu’à un tiers du poids de l’aluminium) et extrêmement résistant. Mais il pose un problème majeur : il est hautement inflammable lorsqu’il est exposé à des températures élevées, rendant le soudage impossible.
Jean Bugatti trouve une solution ingénieuse : assembler les panneaux de carrosserie avec des rivets apparents. Ces quelque 1 200 rivets forment une crête dorsale caractéristique qui court du capot à l’arrière de la voiture, devenant la signature visuelle de l’Atlantic.
Pour la production, Bugatti renonce à l’Elektron au profit de l’aluminium classique, mais conserve la crête rivetée pour des raisons purement esthétiques. L’Atlantic est ainsi née, déclinée du concept Aérolithe.
Design révolutionnaire
L’Atlantic est bien plus qu’une voiture : c’est une sculpture roulante qui capture l’essence de l’Art Déco des années 1930. Ses lignes fluides évoquent à la fois les fuselages d’avion et les gouttes d’eau en chute libre.
Le design frappe par plusieurs éléments distinctifs :
Un capot moteur allongé qui donne une impression de puissance contenue.
Des passages de roues qui se détachent visuellement de la carrosserie, créant un contraste dynamique.
Une poupe ovale plongeante qui descend presque jusqu’au sol, parachevée par six fines sorties d’échappement.
Un pare-brise fortement incliné et des portes en forme de rein avec vitres latérales assorties (fixes, car l’Atlantic est très mal ventilée et l’habitacle devient un four par temps chaud).
La fameuse crête dorsale rivetée qui traverse le toit de part en part.
Malgré une longueur totale modeste de 4,60 mètres, l’Atlantic dégage une présence visuelle exceptionnelle. Ses proportions sont parfaites, son équilibre esthétique absolu.
Jean Bugatti baptise ce modèle « Atlantic » en hommage à son ami pilote Jean Mermoz, disparu lors d’un vol au-dessus de l’Atlantique Sud. Un geste d’une grande élégance.
Les quatre Atlantic : destins croisés
Seuls quatre exemplaires de l’Atlantic ont été construits entre 1936 et 1938, tous sur châssis 57S ou 57SC. Chacun a connu un destin unique.
Châssis 57374 (la « Rothschild ») : Premier exemplaire de production, identifiable par ses phares bas légèrement saillants. Construit en 1936 pour Lord Victor Rothschild, banquier britannique, en bleu clair avec intérieur bleu foncé. Renvoyé à l’usine en 1939 pour recevoir un compresseur (devenant ainsi une vraie 57SC). Après-guerre, vendu à un Américain qui la modifie lourdement (agrandissement des vitres arrière, peinture rouge vif). Restaurée scrupuleusement dans sa configuration 1936 par Peter Williamson. Présentée au concours d’élégance de Pebble Beach 2003 où elle remporte le Best of Show. Achetée ensuite pour 36 millions de dollars et exposée au Mullin Automotive Museum en Californie.
Châssis 57591 (la « Pope/Lauren ») : Commandé initialement par R.B. Pope de Londres en bleu saphir foncé. Immatriculé EXK6 au Royaume-Uni. Compresseur ajouté en 1939. Vendu après-guerre au célèbre auteur Barry Price dans les années 1960. Acquis par le magnat de la mode Ralph Lauren auprès du capital-risqueur Tom Perkins. Restauration complète de deux ans par Paul Russell révélant des détails originaux (sellerie en peau de chèvre beige, sièges rembourrés de crin de cheval enveloppé dans de la mousseline). Présenté au concours d’élégance de Pebble Beach 1990 où il remporte le Best of Show. Fini en noir, il fait partie de la collection exceptionnelle de Ralph Lauren.
Châssis 57473 (la « Holzschuh ») : Vendu à la famille Holzschuh de Paris, puis revendu à l’usine en 1937. En 1955, la voiture est impliquée dans un accident ferroviaire tragique qui tue son propriétaire et détruit presque entièrement l’Atlantic. Des décennies plus tard, elle fait l’objet d’une restauration minutieuse, mais le moteur d’origine est irrécupérable. C’est l’Atlantic la plus controversée en raison de sa reconstruction.
Châssis 57453 (la « Voiture Noire ») : La plus célèbre et la plus mystérieuse. Cette Atlantic était la voiture personnelle de Jean Bugatti. Finie en noir (d’où son surnom), elle présentait des différences distinctives : pare-chocs avant, portes plus basses, absence de filets chromés sur les ouïes d’aération latérales du capot, ajout d’une petite trappe d’aération sur les vitres fixes, imposant sabot d’aile chromé à l’arrière.
Le mystère de « La Voiture Noire »
L’histoire de la « Voiture Noire » (châssis #57453) reste l’un des plus grands mystères de l’automobile. Personne, hormis quelques pilotes amis de Jean Bugatti, n’était autorisé à prendre son volant. Elle figurait sur les photographies des brochures et était présentée dans les salons internationaux de Lyon et Nice. Jean Bugatti l’utilisait même pour établir plusieurs records du monde à Montlhéry avec Robert Benoist.
En 1938, alors que les tensions montent en Europe et que les troupes allemandes envahissent l’Alsace, la voiture disparaît. Plusieurs théories circulent :
Jean aurait vendu la voiture à un pilote ami (aucune preuve).
Il l’aurait expédiée vers une région plus sûre pour la protéger de l’invasion (hypothèse probable).
Elle aurait été envoyée à Bordeaux juste avant un bombardement britannique (mention historique sur une liste de voitures à transférer rue Alfred Daney en février 1941).
Elle aurait été cachée sur une route secondaire à l’ouest de Molsheim par Robert Benoist.
Les soldats allemands qui occupaient l’usine de Molsheim l’auraient volée.
Malgré des recherches intensives (Bugatti aurait même engagé des détectives privés), la « Voiture Noire » n’a jamais été retrouvée. Son dernier document officiel date de février 1941.
Si elle était découverte aujourd’hui dans un hangar oublié ou une grange poussiéreuse, elle constituerait le plus grand « barn find » de l’histoire automobile. Les experts estiment sa valeur à plus de 100 millions d’euros, voire 114 millions selon certaines sources. Un mythe absolu.
En 2019, Bugatti a rendu hommage à cette légende en créant la Chiron « La Voiture Noire », une hypercar unique vendue 13,2 millions d’euros (certaines rumeurs l’attribuent au footballeur Cristiano Ronaldo). Elle reprend la crête dorsale iconique et la calandre en fer à cheval de son illustre ancêtre.
Caractéristiques techniques de la Type 57
La Type 57 repose sur une architecture mécanique moderne pour son époque, fruit des réflexions de Jean Bugatti après avoir étudié les moteurs américains Miller et constaté leurs avantages sur les motorisations Bugatti existantes.
Moteur : 8 cylindres en ligne de 3 257 cm³, double arbre à cames en tête (DACT) entraîné par pignons, chambres de combustion hémisphériques. Bloc moteur en fonte coulé d’une seule pièce (pas de culasse démontable). Vilebrequin sur six paliers pour une douceur remarquable. Alimentation par carburateur Stromberg. Puissance selon versions : 135-140 ch (Type 57), 160 ch (Type 57C), 200 ch (Type 57SC).
Transmission : Boîte de vitesses manuelle à quatre rapports fixée directement au bloc moteur (plus d’unité séparée comme sur les modèles précédents). Embrayage intégré formant un ensemble rigide qui sert d’entretoise de châssis.
Châssis : Structure conventionnelle avec longerons. Essieu avant rigide (malgré un prototype à roues indépendantes refusé par Ettore Bugatti). Essieu arrière initialement hérité de la Type 49, puis remplacé par un équipement plus robuste emprunté à la Type 46. Amortisseurs à friction Telecontrol (remplacés par des télescopiques en 1938). Supports moteur en caoutchouc ajoutés pour mieux isoler les vibrations.
Freinage : Initialement freins à câbles (système archaïque et peu efficace qui broute en usage intensif). Passage aux freins hydrauliques Lockheed en 1938 grâce à l’insistance de Jean Bugatti. Tambours de 15 pouces.
Roues : Jantes Rudge Witworth à rayons fils.
Performances : Vitesse maximale de 155 km/h (Type 57 standard), 175 km/h (Type 57C), 200 km/h et plus (Type 57SC).
Cette architecture technique fait de la Type 57 la routière la plus rapide de sa génération, tout en offrant un silence de fonctionnement et une souplesse d’utilisation exceptionnels. Le moteur murmure à peine au ralenti, et sa puissance s’exprime sans brutalité.
Palmarès sportif et records
Si la Type 57 brille sur route, elle s’illustre aussi magistralement en compétition. Bugatti prouve que luxe et performance ne s’excluent pas.
Rallye des Alpes françaises 1935 : Victoire d’une Type 57, démontrant ses qualités de routière rapide sur parcours difficile.
Grand Prix automobile de France 1936 : Triomphe de la Type 57G Tank dans sa première version (châssis Type 59 + moteur Type 57), offrant à Bugatti une victoire prestigieuse.
24 Heures du Mans 1937 : Victoire éclatante de la 57 S45 Tank équipée du moteur compressé de 300 chevaux de la Type 50B. Une démonstration de fiabilité et de vitesse.
Records de vitesse à Montlhéry : En mai 1939, Robert Benoist établit plusieurs records au volant d’une Galibier de série sur l’anneau de Montlhéry. Une Galibier dernière série avec caisse aluminium et compresseur atteint plus de 200 km/h en 1938.
24 Heures du Mans 1939 : Seconde victoire de la Type 57G Tank, cette fois avec un moteur 57C compressé de 210 chevaux et une pointe à 240 km/h. Ce sera le chant du cygne de Bugatti aux 24 Heures, quelques semaines avant la mort tragique de Jean Bugatti.
Ces succès sportifs ne sont pas le fruit du hasard. Ils résultent d’une ingénierie rigoureuse, d’un équilibre châssis-moteur maîtrisé et d’une volonté de Jean Bugatti de prouver que Bugatti reste une référence absolue, tant sur route que sur circuit.
Valeur et cote actuelle
La Bugatti Type 57 figure parmi les voitures de collection les plus recherchées et les plus chères au monde. Sa cote dépend évidemment de la version, de la carrosserie, de l’historique et de l’originalité.
Type 57 standard (Ventoux, Galibier, Stelvio, Atalante avec carrosserie d’usine ou Gangloff) : Entre 500 000 et 2 millions d’euros selon l’état, la rareté de la carrosserie et la provenance. Les exemplaires bien documentés avec historique connu se négocient aux prix supérieurs.
Type 57S : Entre 8 et 15 millions d’euros pour les exemplaires authentiques avec carrosseries d’époque. La rareté (40 exemplaires seulement) et les performances justifient ces montants exceptionnels.
Type 57SC Atlantic : Les sommes deviennent stratosphériques. En 2010, l’Atlantic Rothschild (#57374) a été vendue pour environ 30 millions de dollars. Certains exemplaires sont estimés à plus de 40 millions d’euros en vente privée. La « Pope/Lauren » (#57591) de Ralph Lauren est considérée comme inestimable (probablement 50 millions et plus). Si la « Voiture Noire » (#57453) était retrouvée, elle dépasserait 100 millions d’euros.
Facteurs de valorisation :
Originalité des pièces et authenticité du numéro de châssis.
Carrosserie d’origine (les carrosseries refaites déprécient fortement).
Historique de propriété documenté (provenance illustre, participation à des événements).
État de conservation et qualité de restauration (les restaurations Paul Russell ou équivalentes sont très valorisées).
Rareté de la configuration (Atlantic > 57S > 57C > 57 standard).
Succès en concours d’élégance (Pebble Beach Best of Show ajoute une prime significative).
Ces voitures ne sont pas seulement des objets de collection : elles sont des œuvres d’art reconnues par les plus grands musées du monde.
L’héritage de la Type 57
Plus de 80 ans après sa création, la Bugatti Type 57 continue d’exercer une fascination intacte. Son influence dépasse largement le cercle des collectionneurs pour s’étendre à l’ensemble de l’univers automobile.
Influence sur le design : La Type 57, et particulièrement l’Atlantic, a redéfini ce qu’une automobile peut être sur le plan esthétique. Sa crête dorsale rivetée, ses lignes fluides Art Déco et son approche sculpturale ont inspiré des générations de designers. Achim Anscheidt, directeur du design chez Bugatti moderne, déclare que « l’élégance de ce design d’exception continue d’exercer la même fascination » et que « la fameuse couture rivetée en aluminium qui traverse le toit est aujourd’hui encore une caractéristique de design unique et élégante ».
Présence dans les musées : Les Type 57 et Atlantic sont exposées dans les plus prestigieux musées automobiles du monde. Le Mullin Automotive Museum en Californie abrite l’Atlantic Rothschild. Le Louwman Museum de La Haye conserve l’unique Type 57 Roadster Grand Raid Usine. En 2022, une Atlantic a été présentée au musée Guggenheim Bilbao dans l’exposition « Motion. Autos, Art, Architecture », organisée par l’architecte Norman Foster, aux côtés de la sculpture « Walking Panther » de Rembrandt Bugatti (frère d’Ettore). Cette reconnaissance muséale souligne que la Type 57 transcende le statut de simple automobile pour devenir une œuvre d’art à part entière.
Triomphes en concours d’élégance : Les Type 57 raflent régulièrement les plus hautes récompenses dans les concours d’élégance internationaux. L’Atlantic Rothschild et l’Atlantic Pope/Lauren ont toutes deux remporté le Best of Show à Pebble Beach (2003 et 1990), consécration suprême dans le monde du collectionnisme automobile.
Inspiration pour Bugatti moderne : Lorsque Volkswagen relance Bugatti au début des années 2000, l’héritage de la Type 57 pèse lourd. La Bugatti Veyron (2005) porte le nom du pilote légendaire Pierre Veyron, qui courut sur Type 57. En 2019, Bugatti dévoile la Chiron « La Voiture Noire », exemplaire unique vendu 13,2 millions d’euros, qui rend hommage direct à l’Atlantic disparue de Jean Bugatti. Cette hypercar reprend la crête dorsale iconique et la calandre en fer à cheval, prouvant que l’ADN esthétique de la Type 57 irrigue toujours la marque.
Valeur symbolique : Au-delà des chiffres et des records, la Type 57 incarne un moment unique de l’histoire automobile : celui où l’artisanat d’art, la performance mécanique et l’audace créative se rencontraient sans compromis. À une époque où des calèches circulaient encore sur certaines routes, Jean Bugatti créait des automobiles capables de dépasser 200 km/h tout en restant des chefs-d’œuvre de raffinement. Cette philosophie du « rien n’est trop beau, rien n’est trop cher » chère à Ettore Bugatti trouve son apogée dans la Type 57.
La Type 57 représente l’ultime création de l’ère Bugatti d’avant-guerre, synthèse parfaite du génie de Jean Bugatti. Entre 1934 et 1940, environ 685 exemplaires sont sortis des ateliers de Molsheim et de Gangloff. Avec la Seconde Guerre mondiale et la disparition tragique de Jean en 1939, une page se tourne. Bugatti ne retrouvera jamais la même excellence créative. La Type 57 reste donc le témoignage éclatant d’une époque où l’automobile française atteignait des sommets inégalés.

