Vous ouvrez le capot, vous regardez le vase d’expansion et là, surprise : le niveau est au minimum. Vous avez un bidon de liquide de refroidissement dans le garage, mais il est jaune alors que le vôtre est rose. Peut-on mélanger les deux sans risque ? La réponse n’est pas aussi simple qu’un oui ou un non. Tout dépend du type chimique, pas de la couleur.
La couleur ne dit pas tout
Beaucoup de conducteurs pensent qu’il suffit de respecter la couleur pour faire le bon choix. C’est en partie vrai, mais incomplet.
La couleur du liquide de refroidissement sert avant tout d’indicateur visuel pour différencier rapidement les types de formulations. Un liquide rose, jaune, bleu ou vert n’a pas forcément la même composition chimique. Mais ce qui compte vraiment, c’est la technologie utilisée dans la fabrication du fluide.
Il existe deux grandes familles : les liquides de type C (d’origine minérale) et les liquides de type D ou G (d’origine organique). Chaque famille utilise des additifs différents pour protéger le moteur contre la corrosion, le gel et la surchauffe.
Si vous mélangez deux liquides de la même famille, même de couleurs différentes, vous ne prenez généralement aucun risque. Par contre, si vous mélangez deux familles incompatibles, vous risquez des dégâts sérieux.
Rose et jaune, même famille ?
C’est ici que ça devient intéressant. Dans la majorité des cas, le liquide rose et le liquide jaune appartiennent à la même famille chimique.
Le liquide rose est presque toujours de type D ou G, basé sur la technologie OAT (Organic Acid Technology). Il utilise des additifs organiques qui offrent une longue durée de vie et une protection renforcée contre la corrosion. On le trouve principalement dans les véhicules modernes fabriqués à partir des années 2000.
Le liquide jaune est également, dans la plupart des cas, de type D ou G, parfois formulé selon la technologie HOAT (Hybrid Organic Acid Technology), qui combine additifs organiques et inorganiques. Certains constructeurs comme Volkswagen, Mercedes ou Renault imposent ce type de fluide sur leurs modèles récents.
Résultat : vous pouvez généralement mélanger du rose et du jaune sans problème, à condition qu’ils soient tous deux de type organique (D/G). Les deux fluides partagent une base chimique similaire et des additifs compatibles.
Attention toutefois : certains liquides jaunes anciens peuvent être de type hybride ou même minéral. C’est rare, mais ça existe. D’où l’importance de vérifier l’étiquette avant de verser quoi que ce soit.
Quand ça devient problématique
Le vrai danger, c’est de mélanger un liquide de type C (minéral) avec un liquide de type D ou G (organique).
Les liquides bleus ou verts sont presque toujours de type C. Ils utilisent des additifs inorganiques comme les phosphates, les silicates ou les borates. Ces produits sont incompatibles avec les additifs organiques des liquides roses ou jaunes.
Si vous mélangez les deux types, vous créez une réaction chimique indésirable. Le mélange peut former un précipité, une sorte de boue épaisse qui va encrasser le circuit de refroidissement. Conséquences directes : bouchons dans le radiateur, mauvaise circulation du fluide, surchauffe du moteur, et dans les cas graves, casse du joint de culasse ou déformation des pièces métalliques.
Autre risque : la perte d’efficacité des additifs protecteurs. Votre liquide de refroidissement ne protège plus correctement contre la corrosion, ce qui accélère la dégradation des durites, de la pompe à eau et du radiateur.
Vous ne voulez vraiment pas en arriver là.
Comment vérifier avant de rajouter
Pas besoin de passer une heure sous le capot pour savoir si vous pouvez mélanger ou non. Voici comment vérifier en 30 secondes.
Consultez le carnet d’entretien de votre véhicule. La plupart des constructeurs indiquent clairement le type de liquide de refroidissement recommandé (type C, type D, type G, ou une norme spécifique comme VW G12, MB 325.0, etc.).
Lisez l’étiquette du bidon que vous avez sous la main. Le type de liquide est toujours mentionné : OAT, IAT, HOAT, ou directement type C / type D / type G. Si vous voyez « OAT » ou « type D/G », c’est compatible avec du rose. Si vous voyez « IAT » ou « type C », arrêtez tout.
Utilisez la couleur comme indice (mais pas comme certitude). En règle générale :
- Bleu ou vert = type C (minéral)
- Rose, rouge, jaune ou orange = type D ou G (organique)
Si votre liquide actuel est rose et que vous avez du jaune sous la main, il y a de fortes chances que les deux soient organiques. Mais vérifiez quand même l’étiquette pour être sûr.
Et si vous n’avez rien d’autre sous la main ?
Imaginons la situation : vous êtes sur la route, le niveau est au minimum, et vous n’avez qu’un bidon de liquide incompatible dans le coffre. Que faire ?
Ne versez jamais un liquide incompatible, même pour dépanner. Les conséquences peuvent être immédiates (surchauffe) ou progressives (bouchons dans les semaines suivantes), mais elles sont toujours problématiques.
En dernier recours, vous pouvez faire un appoint avec de l’eau distillée ou déminéralisée (jamais de l’eau du robinet, elle contient du chlore et du calcaire). L’eau pure ne contient pas d’antigel ni d’additifs, mais elle ne provoquera pas de réaction chimique. Vous perdrez en protection contre le gel et la corrosion, mais vous pourrez rouler jusqu’au garage le plus proche.
Important : si vous ajoutez de l’eau, faites purger et remplacer le liquide complet dès que possible. Le mélange eau/liquide de refroidissement ne doit jamais être permanent. Il dilue les additifs protecteurs et augmente le risque de gel en hiver.
Si vous avez accéder à un garage ou à une station-service, achetez le bon type de liquide et faites l’appoint correctement. Mieux vaut perdre 10 minutes à chercher le bon produit que de payer une facture de plusieurs centaines d’euros pour réparer un circuit de refroidissement endommagé.
Ce qu’il faut retenir
Mélanger du liquide de refroidissement rose et jaune est possible dans la grande majorité des cas, car ils appartiennent généralement à la même famille chimique (type D/G, organique). Mais la couleur seule ne suffit pas : vous devez vérifier le type exact sur l’étiquette du bidon ou dans le carnet d’entretien.
Ne mélangez jamais un liquide bleu ou vert (type C, minéral) avec du rose ou jaune (type D/G, organique). Ce mélange crée des bouchons, de la boue et endommage le moteur.
En cas de doute, utilisez toujours le même type et la même couleur que le liquide déjà présent dans votre véhicule. Et si vous n’avez vraiment rien d’autre, de l’eau distillée fera l’affaire pour un trajet d’urgence, à condition de faire une purge complète ensuite.
Votre circuit de refroidissement est trop important pour jouer avec. Prenez le temps de vérifier avant de verser.

