Bugatti Type 22 : la première Bugatti routière entre sport et élégance

En 1913, Ettore Bugatti franchit une étape décisive en présentant la Bugatti Type 22, son premier modèle vraiment pensé pour un usage routier quotidien. Après le succès du Type 13 en compétition, ce nouveau modèle conserve l’ADN sportif de la marque tout en offrant davantage de confort et d’espace. Cette automobile marque le début d’une philosophie qui définira Bugatti pendant des décennies : allier performance et raffinement.

Fiche technique en bref

CaractéristiqueType 22
Période de production1913-1926 (interruption 1914-1920)
Moteur4 cylindres en ligne, simple ACT
Cylindrée1,4 litre (1 400 cm³)
Puissance~30 chevaux
Soupapes8 soupapes (puis 16 soupapes après 1920)
TransmissionManuelle 4 rapports, propulsion
Empattement2,4 mètres (94,5 pouces)
RadiateurOvale en laiton
SuspensionsRessorts semi-elliptiques
RouesÀ rayons métalliques
CarrosseriesTorpedo, roadster, configurations fermées
Exemplaires produitsEnviron 2 000 (tous types 13/22/23 confondus)

Une Bugatti pensée pour la route

Le Type 13 avait prouvé sa valeur sur les circuits. Rapide, léger, agile, il dominait sa catégorie en course. Mais pour séduire une clientèle plus large, Ettore Bugatti savait qu’il fallait proposer une voiture moins radicale, capable d’assurer des trajets confortables sans renier ses gènes sportifs.

La Type 22 répond à cette ambition. Son empattement passe à 2,4 mètres (94,5 pouces), soit environ 15 centimètres de plus que le Type 13. Cet allongement permet d’installer une carrosserie plus généreuse, avec différents styles au choix : torpedo, roadster, ou configurations fermées selon les demandes.

L’idée n’est pas de créer une berline lourde et molle, mais une voiture élégante qui garde le caractère vif des Bugatti de course. Les suspensions à ressorts semi-elliptiques offrent un compromis acceptable entre tenue de route et confort. La voiture reste légère, maniable, fidèle à l’esprit du fondateur.

Le moteur signature d’Ettore Bugatti

Sous le capot de la Type 22, on retrouve le bloc 4 cylindres en ligne de 1,4 litre (1 400 cm³) qui fait la réputation d’Ettore Bugatti. Ce moteur à simple arbre à cames en tête constitue une avancée technique notable pour l’époque, où beaucoup de constructeurs utilisent encore des soupapes latérales.

La puissance affichée tourne autour de 30 chevaux, ce qui peut sembler modeste aujourd’hui mais représente un excellent rapport poids-puissance en 1913. Le secret réside dans la conception minutieuse : roulements à billes pour l’arbre à cames, tiges de poussée en forme de banane (d’où le surnom banana tappets) qui suppriment les culbuteurs, aluminium pour réduire la masse.

Chaque moteur porte la signature gravée d’Ettore Bugatti, une marque de fabrique qui souligne l’exigence et la fierté du constructeur. Le radiateur en laiton, la pompe à eau en bronze, les détails soignés témoignent d’un niveau de finition hors norme.

La transmission s’effectue via une boîte manuelle à 4 rapports et les roues arrière assurent la propulsion. Simple, efficace, fiable : l’ensemble mécanique reflète la philosophie d’Ettore, qui privilégie toujours l’élégance technique à la complication inutile.

Un design avant-gardiste

La Type 22 se distingue visuellement par son radiateur ovale en laiton, ancêtre de la célèbre calandre en fer à cheval qui deviendra l’emblème de Bugatti. Deux versions circulent sur l’origine de cette forme : la passion d’Ettore pour les chevaux de course, ou l’arche monumentale qui orne l’entrée de son château à Molsheim.

Les roues à rayons métalliques remplacent progressivement les roues en bois des premiers prototypes. Plus légères et plus résistantes, elles participent à l’amélioration des performances. Les ailes galbées épousent les roues avec élégance, les lignes arrondies adoucissent la silhouette sans sacrifier l’aérodynamisme.

Chaque détail compte. Les phares en laiton, les instruments de bord soigneusement disposés, la capote en toile pour les versions ouvertes : tout respire le luxe discret et la qualité d’exécution. La Type 22 n’est pas tapageuse, elle affirme son statut par la finesse de ses proportions et la cohérence de son design.

Cette esthétique établit les codes visuels de Bugatti pour les années à venir. La marque ne cherche pas à impressionner par la taille ou l’ostentation, mais par l’harmonie et la pureté des formes.

Production et évolution (1913-1926)

La Bugatti Type 22 entre en production en 1913, mais la Première Guerre mondiale interrompt brutalement l’activité de l’usine de Molsheim dès 1914. Ettore Bugatti consacre alors son énergie à concevoir des moteurs d’avion pour l’effort de guerre.

La reprise intervient en 1920, dans un contexte économique difficile. Les modèles d’avant-guerre retrouvent les chaînes de production, mais avec des évolutions techniques. Les premières Type 22 utilisent un moteur à 8 soupapes (2 par cylindre), puis adoptent progressivement la configuration à 16 soupapes (4 par cylindre) avec double carburateur Zenith.

Après la victoire écrasante des Bugatti aux quatre premières places du Grand Prix de Brescia en 1921, tous les modèles 16 soupapes héritent du surnom Brescia. La Type 22 Brescia devient ainsi la version la plus recherchée, symbole de la domination sportive de la marque.

La frontière entre Type 13, Type 22 et Type 23 reste parfois floue. Ces trois modèles partagent la même base mécanique et se différencient essentiellement par leur empattement et leur carrosserie. Le Type 22 occupe une position intermédiaire, ni trop compact comme le Type 13, ni trop long comme le Type 23.

La production s’achève en 1926, après environ 13 ans de carrière entrecoupée par la guerre. Les chiffres exacts de production demeurent incertains, mais on estime que l’ensemble des Type 13, 22 et 23 représente environ 2 000 exemplaires toutes versions confondues.

Le Type 22 du lac Maggiore : une légende retrouvée

Parmi les Type 22 survivantes, une se distingue par son histoire romanesque. En 1934, le célèbre pilote René Dreyfus perd cette voiture au poker face à un riche Suisse, Adalbert Bodé. Ce dernier décide de rentrer chez lui avec sa nouvelle acquisition, mais se heurte aux douanes suisses qui réclament des droits d’importation.

Bodé n’a pas l’argent nécessaire. Les autorités considèrent que cette Bugatti vieille de dix ans ne vaut pas grand-chose et décident de s’en débarrasser en la jetant dans le lac Maggiore, à la frontière italo-suisse. La voiture sombre à plus de 50 mètres de profondeur.

Un club de plongée local la découvre en 1967. Pendant plus de 40 ans, elle reste une curiosité pour les plongeurs, jusqu’en 2009. Cette année-là, le club décide de la remonter pour financer une association de lutte contre la violence des jeunes, créée après le meurtre d’un adolescent local.

L’opération de récupération mobilise des milliers de spectateurs le 12 juillet 2009. Miracle : les pneus contiennent encore de l’air. La voiture part ensuite en vente aux enchères chez Bonhams à Paris en janvier 2010. Elle atteint 260 500 euros, remportée par Peter Mullin du Mullin Automotive Museum en Californie.

Le musée choisit de ne pas restaurer la Bugatti et de l’exposer dans son état de sortie du lac, témoignage poignant du temps qui passe et de la résilience des créations d’Ettore Bugatti.

Pourquoi le Type 22 compte dans l’histoire Bugatti

La Type 22 représente bien plus qu’un simple modèle intermédiaire dans le catalogue Bugatti. Elle incarne la transition entre les voitures de course pures comme le Type 13 et les futures grandes routières de luxe comme les Type 35, Type 41 Royale ou Type 57.

C’est avec ce modèle qu’Ettore Bugatti prouve qu’il est possible de construire une automobile à la fois rapide, élégante et exploitable au quotidien. Cette philosophie deviendra la signature de la marque : ne jamais choisir entre performance et raffinement, les deux doivent coexister.

La Type 22 définit également l’ADN technique de Bugatti : moteurs sophistiqués, châssis légers, suspensions soignées, finition impeccable. Tous les modèles qui suivront, des voitures de Grand Prix aux hypercars modernes, héritent de ces principes établis il y a plus d’un siècle.

Aujourd’hui, les exemplaires authentiques de Type 22 se comptent sur les doigts d’une main. Leur rareté en fait des pièces de collection extrêmement recherchées. Les prix varient considérablement selon l’état, l’historique et l’authenticité, mais dépassent généralement plusieurs centaines de milliers d’euros pour un modèle en bon état.

Au-delà de la valeur marchande, ces voitures incarnent un moment charnière de l’histoire automobile, quand un visionnaire italien installé en Alsace posait les bases d’une légende qui perdure encore aujourd’hui.

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koessler.buisness@gmail.com
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