Bugatti Type 28 : le prototype révolutionnaire qui a tout changé

En 1921, Ettore Bugatti dévoile au Salon de l’Automobile de Paris un prototype qui va redéfinir l’avenir de sa marque. La Bugatti Type 28 inaugure une nouvelle ère avec le premier moteur 8 cylindres en ligne monobloc de l’histoire Bugatti. Bien qu’il ne soit jamais entré en production, ce véhicule laboratoire a posé les fondations techniques de tous les modèles emblématiques qui ont suivi dans les années 1920 et 1930.

Un prototype né de l’ambition d’Ettore Bugatti

Au sortir de la Première Guerre mondiale, Ettore Bugatti cherche à faire évoluer sa gamme vers plus de puissance et de raffinement. Les Type 13 et leurs moteurs 4 cylindres ont fait leurs preuves en compétition, mais le constructeur alsacien vise désormais le segment du luxe sportif.

L’idée du 8 cylindres n’est pas nouvelle chez Bugatti. Dès 1912, Ettore avait expérimenté cette configuration avec la Type 14, assemblant deux blocs de 4 cylindres en tandem. Durant le conflit, il avait même développé le moteur d’avion King-Bugatti U-16, fruit d’accouplements complexes de blocs 8 cylindres.

Forte de ces expériences, l’équipe Bugatti se lance dans la conception d’un vrai moteur 8 cylindres monobloc. Le Type 28 devient le banc d’essai grandeur nature de cette ambition.

Le premier vrai 8 cylindres en ligne Bugatti

Un moteur révolutionnaire

Le cœur du Type 28 marque une rupture technique. Ce moteur 8 cylindres de 3 litres (2995 cm³ exactement) adopte une architecture monobloc inédite pour la marque. Deux blocs de 4 cylindres partagent le même carter, une solution qui sera reprise jusqu’aux légendaires Type 50 et Type 57.

Avec ses 24 soupapes, son double carburateur et son arbre à cames en tête, ce groupe développe entre 80 et 90 chevaux selon les sources. Une puissance qui permet au prototype d’atteindre environ 130 km/h, performance remarquable pour l’époque.

L’alésage de 69 mm et la course de 100 mm offrent un équilibre idéal entre couple et montées en régime. La cylindrée de 3 litres devient une signature Bugatti, déclinée ensuite sur de nombreux modèles de tourisme.

Des innovations techniques remarquables

Au-delà du moteur, le Type 28 introduit plusieurs solutions avant-gardistes. Les freins sur les quatre roues constituent une première chez Bugatti, rendue nécessaire par la puissance accrue du véhicule. La plupart des voitures de l’époque se contentaient encore de freins sur les seules roues arrière.

Le volant à deux branches intègre un mécanisme d’ajustement de longueur, offrant un confort de conduite inédit. Plus surprenant encore, des commandes placées juste au-delà du volant permettent d’ajuster l’accélérateur et le carburateur en roulant. Cette ingéniosité sera reprise sur la prestigieuse Type 41 Royale.

Autre innovation majeure : la boîte de vitesses montée à l’arrière. Cette répartition des masses améliore l’équilibre dynamique et sera également adoptée sur la Royale, preuve de la pertinence des choix techniques du Type 28.

Le châssis repose sur une structure en acier embouti léger avec remplissage en bois dur, une méthode classique mais efficace. La suspension combine un essieu rigide avant avec ressorts semi-elliptiques et un essieu arrière à ressorts quart-elliptiques inversés.

Pourquoi le Type 28 n’a jamais été produit

Le Type 28 n’était pas destiné à la commercialisation. Ettore Bugatti l’a conçu comme un véhicule laboratoire, un prototype d’étude pour valider ses choix techniques avant de lancer une véritable série.

Le contexte économique de l’après-guerre joue également. Développer une production en série demande des investissements considérables. Bugatti préfère affiner son moteur 8 cylindres, corriger les défauts détectés lors des essais et préparer un modèle vraiment abouti.

Cette approche prudente porte ses fruits. Moins d’un an plus tard, en 1922, la Type 30 reprend le moteur 8 cylindres dans une version optimisée et entre en production. Le Type 28 a rempli sa mission : servir de banc d’essai grandeur nature.

L’héritage du Type 28 dans la gamme Bugatti

Les modèles qui lui ont succédé

Le moteur et les innovations du Type 28 irriguent toute la production Bugatti des deux décennies suivantes. La Type 30 (1922-1926) inaugure la série avec environ 600 exemplaires produits, utilisant un moteur 8 cylindres de 2 litres.

En 1924, la Type 35 devient la voiture de course la plus victorieuse de son époque. Son architecture moteur découle directement des enseignements du prototype de 1921. Plus de 340 exemplaires trouvent preneur, dont de nombreuses variantes : 35A, 35B, 35C, 35T.

La Type 41 Royale (1926) représente l’aboutissement ultime de cette lignée. Avec son moteur 8 cylindres de 12,7 litres développant 300 chevaux, elle reprend plusieurs solutions techniques du Type 28, notamment la boîte arrière et les commandes au volant.

Les Type 38, 44, 46 et 49 déclinent cette base 8 cylindres pour différents segments, du sport élégant au grand tourisme luxueux. La Type 44 connaît même le plus grand succès commercial avec 1095 exemplaires produits entre 1927 et 1930.

Une lignée qui a marqué l’histoire

L’architecture moteur du Type 28 évolue jusqu’aux années 1930. Jean Bugatti, fils et héritier d’Ettore, fait progresser le concept avec un double arbre à cames en tête sur les Type 50, 51, 53, 54, 55 et 57.

La Type 57, produite de 1934 à 1940, devient l’un des modèles les plus recherchés aujourd’hui. Son moteur 8 cylindres à double ACT de 3,3 litres descend en ligne directe du prototype de 1921. Les versions Atlantic et Atalante atteignent des valeurs records aux enchères.

L’influence du Type 28 dépasse même l’automobile. Son moteur inspire le développement de l’autorail Bugatti en 1933, véhicule ferroviaire d’exception qui bat plusieurs records de vitesse. Bugatti jouait un rôle majeur dans le mouvement général vers les moteurs 8 cylindres en ligne, configuration qui dominera le haut de gamme automobile pendant des décennies.

Où voir le Type 28 aujourd’hui

Un seul exemplaire du Type 28 existe. Ce prototype unique, châssis numéro 5001, est classé monument historique depuis 1978. Il appartient à la collection nationale française et se trouve exposé à la Cité de l’Automobile de Mulhouse.

Les frères Schlumpf ont acquis cette pièce d’histoire en 1963, l’intégrant à leur fabuleuse collection de plus de 400 véhicules Bugatti et autres marques prestigieuses. Leur collection, devenue musée public en 1982, constitue le plus grand rassemblement automobile au monde.

Le Type 28 arbore une élégante carrosserie torpedo à deux places, typique des voitures sportives de l’époque. Sa robe conserve l’allure caractéristique des Bugatti d’avant-guerre : capot long, radiateur en fer à cheval, lignes fluides et proportions équilibrées.

Les visiteurs du musée peuvent admirer ce véhicule laboratoire qui a ouvert la voie à tant de chefs-d’œuvre. Sa présence rappelle qu’avant chaque réussite commerciale se cache souvent un prototype expérimental, un pari audacieux d’un ingénieur visionnaire.

Le Type 28 incarne l’esprit Bugatti dans ce qu’il a de plus pur : l’innovation technique au service de la performance, sans compromis. Même resté unique, ce prototype a changé le cours de l’histoire automobile. Les décennies de succès qui ont suivi portent toutes l’empreinte de ce torpédo révolutionnaire présenté au Salon de Paris en 1921.

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koessler.buisness@gmail.com
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