En 2022, le constructeur suédois Koenigsegg a dévoilé la CC850, une hypercar qui célèbre deux anniversaires majeurs : les 20 ans de production du constructeur et les 50 ans de son fondateur, Christian von Koenigsegg. Mais au-delà du symbole, cette voiture introduit une technologie qui pourrait changer la façon dont on perçoit les transmissions : une boîte qui est à la fois manuelle et automatique. Vraiment.
Une hypercar anniversaire qui rend hommage aux origines
La CC850 n’est pas une énième hypercar surpuissante sortie pour battre des records. C’est un hommage sincère à la Koenigsegg CC8S, la toute première voiture de production de la marque lancée en 2002. À l’époque, cette CC8S avait mis Koenigsegg sur la carte mondiale des constructeurs d’hypercars. Vingt ans plus tard, Christian von Koenigsegg a voulu rendre hommage à cette voiture fondatrice tout en marquant son propre demi-siècle d’existence.
Le design de la CC850 reprend les lignes classiques et épurées de la CC8S. Exit les appendices aérodynamiques extrêmes, place à une silhouette intemporelle, presque rétro. Les phares doux et arrondis, la carrosserie lisse, tout évoque les années 2000. Mais sous cette robe qui flirte avec la nostalgie se cache une technologie de pointe digne de 2025.
Initialement prévue à 50 exemplaires pour coller au chiffre symbolique de l’anniversaire de son créateur, la production a finalement été portée à 70 unités face à la demande. Tous les exemplaires ont été vendus avant même la fin du développement, pour un prix avoisinant les 3,1 millions d’euros. Certains clients ont même réservé sans avoir jamais vu la voiture en vrai.
Le système ESS : une révolution dans la transmission
Une boîte manuelle et automatique à la fois
Voici le cœur de la CC850 : le système Engage Shift System (ESS). C’est la première transmission au monde qui vous permet de conduire avec une vraie pédale d’embrayage, un levier de vitesses à grille ouverte comme sur une supercar des années 90, tout en pouvant basculer instantanément en mode automatique à neuf rapports. Sans compromis.
Techniquement, l’ESS repose sur la Light Speed Transmission développée pour la Koenigsegg Jesko. Cette boîte utilise trois jeux d’engrenages composés de trois rapports chacun, soit neuf rapports au total. Mais vous n’utilisez jamais les neuf en même temps. En mode manuel, vous disposez de six vitesses, comme sur une boîte classique. En mode automatique, la transmission peut puiser dans les neuf rapports disponibles.
Le système utilise six embrayages hydrauliques au lieu d’un embrayage mécanique traditionnel. Quand vous appuyez sur la pédale, vous actionnez directement ces embrayages de manière proportionnelle, exactement comme sur une vraie manuelle. Vous pouvez caler le moteur. Vous pouvez faire patiner l’embrayage. Vous pouvez même faire des burnouts en dosant l’embrayage comme un pilote. La sensation est authentique.
Et si vous en avez marre de jouer au pilote dans les embouteillages ? Un simple mouvement du levier vers la droite, et la CC850 devient une automatique à neuf rapports ultra-rapide. Vous voulez reprendre le contrôle ? Remettez le levier en position manuelle. C’est instantané.
Des rapports qui s’adaptent au mode de conduite
L’autre innovation majeure de l’ESS, c’est que les rapports de boîte changent selon le mode de conduite sélectionné. En mode Normal, la première vitesse correspond au deuxième rapport des neuf disponibles, parce que le premier est extrêmement court et ne servirait qu’au démarrage en compétition.
En mode Track, la donne change complètement. La « première » vitesse devient le troisième rapport de la boîte. Pourquoi ? Parce que sur circuit, vous ne partez jamais d’un arrêt complet. Cette configuration offre des rapports très serrés pour des accélérations explosives entre les virages. C’est comme si vous conduisiez une voiture de course avec un étagement spécifique au circuit.
Le mode Comfort, lui, étale davantage les rapports pour une conduite plus souple et détendue. Christian von Koenigsegg résume : « C’est la première boîte manuelle avec des rapports variables, et c’est possible parce qu’il n’y a aucun lien mécanique direct entre l’avant et l’arrière de la transmission. »
Cette boîte a nécessité près de deux ans de développement. Le prototype présenté en 2022 était déjà fonctionnel, mais Koenigsegg a continué à l’affiner pour atteindre la perfection. Le résultat ? Une sensation de conduite manuelle totalement naturelle, avec en bonus la flexibilité d’une automatique moderne.
Performances et caractéristiques techniques
Le ratio magique 1:1
Comme la mythique Koenigsegg One:1 sortie en 2014, la CC850 affiche un ratio puissance/poids de 1:1. Concrètement, cela signifie 1 385 chevaux pour un poids à vide de 1 385 kilogrammes. Un cheval par kilo. Ce chiffre magique place la CC850 dans un club très fermé des mégacars les plus extrêmes au monde.
Le moteur est un V8 biturbo de 5,0 litres entièrement développé en interne par Koenigsegg. Contrairement à la Jesko qui utilise des turbos plus gros, la CC850 emploie des turbos légèrement plus petits pour privilégier la réactivité. Résultat : une montée en régime fulgurante que Christian von Koenigsegg affirme être plus rapide que celle des V12 atmosphériques des Gordon Murray T.50 et T.33.
La puissance varie selon le carburant utilisé. Avec de l’essence classique, le moteur développe 1 185 chevaux. Passez à l’éthanol E85, et vous grimpez à 1 385 chevaux. Le couple, lui, reste constant et massif : plus d’une tonne-mètre disponible dès les bas régimes.
Un châssis emprunté à la Jesko
La CC850 partage sa plateforme avec la Koenigsegg Jesko, l’hypercar qui vise les 500 km/h. On retrouve donc le même monocoque en fibre de carbone ultra-rigide, la même suspension à double triangulation avec amortisseurs actifs, et le fameux système Triplex qui relie les bras de suspension arrière pour réduire le cabrage à l’accélération.
L’empattement est allongé de 4 centimètres par rapport à la CC8S originale, mais les proportions générales restent fidèles. La CC850 mesure exactement la même largeur que son ancêtre, avec une hauteur légèrement supérieure pour loger les technologies modernes.
Malgré un habitacle luxueux et une multitude d’équipements, la voiture reste d’une légèreté impressionnante. La carrosserie entière est en carbone, bien que peinte pour conserver un aspect sobre et élégant. L’aérodynamique active ajuste automatiquement les éléments mobiles pour optimiser l’appui ou réduire la traînée selon les besoins.
Le châssis de la CC850 est réglé entre celui de la Jesko Attack (orientée circuit) et celui de la Jesko Absolut (orientée vitesse de pointe). Un compromis parfait pour une hypercar qui se veut polyvalente, capable d’enchainer les virages avec précision tout en avalant les lignes droites à des vitesses hallucinantes.
Un habitacle entre nostalgie et modernité
Dès que vous ouvrez les portes dièdres à charnières synchro-helix (une signature Koenigsegg), vous comprenez que cette voiture est spéciale. L’habitacle mélange subtilement nostalgie et high-tech, avec une attention obsessionnelle portée aux détails.
Le tableau de bord accueille le Chronocluster de deuxième génération, un instrument analogique unique qui affiche la vitesse et le régime moteur sur un seul cadran à plusieurs faces. Ce système, initié sur la CCX, a été entièrement repensé pour la CC850. Les aiguilles changent de vitesse de déplacement selon le rapport engagé, offrant un retour visuel précis et instantané sur le fonctionnement mécanique de la voiture.
Face au conducteur, un volant rond remplace le volant rectangulaire de la Jesko. C’est un clin d’œil à l’époque où les supercars arboraient des volants circulaires classiques. Derrière ce volant, le levier de vitesses à grille ouverte trône fièrement, chromé, tactile, invitant à la manipulation.
Les matériaux sont irréprochables : cuir pleine fleur, fibre de carbone apparente, Alcantara, aluminium billet usiné. Même les pédales sont taillées dans la masse d’aluminium. Chaque élément, à l’exception des puces électroniques et du cuir lui-même, est fabriqué en interne chez Koenigsegg. Cette maîtrise totale de la production permet d’atteindre un niveau de finition et de cohérence esthétique rare.
Un écran tactile de 9 pouces gère l’infodivertissement, la climatisation, la navigation, Apple CarPlay, ainsi que les réglages des sièges, des rétroviseurs et de l’éclairage ambiant. Mais contrairement à certaines hypercars modernes noyées sous les écrans, la CC850 conserve un équilibre parfait entre technologie et analogie.
Le toit amovible type targa permet de profiter du chant du V8 à ciel ouvert. Et pour ceux qui voyagent (même si « voyage » et « hypercar » font rarement bon ménage), Koenigsegg propose un jeu de bagages sur mesure qui s’insère parfaitement dans les espaces de rangement.
Pourquoi la CC850 marque l’histoire automobile
La Koenigsegg CC850 n’est pas simplement une énième hypercar avec des chiffres de performances vertigineux. C’est la première voiture au monde à offrir une véritable expérience de conduite manuelle traditionnelle tout en intégrant la praticité et la rapidité d’une transmission automatique moderne. Et ça, c’est une première absolue.
Pendant des années, les puristes ont pleuré la mort de la boîte manuelle dans le segment des supercars. Trop lente, trop lourde, pas assez performante face aux doubles embrayages robotisés. Koenigsegg vient de prouver qu’on peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Vous voulez jouer au pilote et sentir chaque passage de rapport ? Vous pouvez. Vous voulez laisser la voiture gérer les vitesses pendant que vous vous concentrez sur la trajectoire ? Vous pouvez aussi.
Au-delà de la prouesse technique, la CC850 est déjà une pièce de collection. Avec seulement 70 exemplaires produits dans le monde, elle est plus rare que la Bugatti Chiron, plus exclusive que la Ferrari LaFerrari. Chaque voiture est unique, personnalisée selon les souhaits de son propriétaire. Et tous les exemplaires sont déjà vendus.
La CC850 représente aussi l’aboutissement d’une vision : celle de Christian von Koenigsegg qui, en 2002, a lancé sa première voiture de production contre vents et marées. Vingt ans plus tard, il célèbre ce chemin parcouru avec une hypercar qui respecte l’héritage tout en repoussant les limites technologiques.
Cette voiture prouve qu’on peut être nostalgique sans être rétrograde. Qu’on peut innover tout en honorant le passé. Et surtout, qu’une hypercar moderne peut encore procurer des sensations de conduite brutes et authentiques, sans renoncer au confort et à la performance. La Koenigsegg CC850 n’est pas juste une voiture. C’est une déclaration d’amour à l’automobile dans ce qu’elle a de plus passionnel.

