Imaginez une voiture si rare que sa production a été volontairement réduite à deux exemplaires. Imaginez une carrosserie qui scintille comme un champ de diamants sous le soleil. La Koenigsegg CCXR Trevita n’est pas qu’une hypercar, c’est un exploit technologique qui a repoussé les limites de l’ingénierie automobile. Avec un prix frôlant les 5 millions de dollars et une exclusivité absolue, elle incarne le summum de la rareté dans l’univers des voitures de collection.
Une exclusivité réduite de trois à deux exemplaires
Le nom Trevita vient du suédois et signifie littéralement « trois blancs ». À l’origine, Koenigsegg prévoyait effectivement de produire trois exemplaires de ce modèle unique. Mais la réalité du terrain en a décidé autrement.
En 2009, lorsque les ingénieurs suédois se sont lancés dans ce projet fou, personne ne mesurait réellement l’ampleur du défi. L’objectif était simple sur le papier : créer la première hypercar au monde dotée d’une carrosserie entièrement en fibre de carbone blanche. Simple sur le papier, cauchemardesque en pratique.
La complexité du processus de fabrication du Diamond Weave, ce tissage de carbone blanc argenté, s’est révélée si extrême que Koenigsegg a dû prendre une décision radicale. Plutôt que de compromettre la qualité ou de rallonger démesurément les délais de production, le constructeur a choisi de limiter la série à seulement deux voitures. Ce qui était déjà ultra-exclusif est devenu carrément mythique.
Chaque fibre devait être traitée individuellement avec une précision chirurgicale. Les quantités de matériau pouvant être transformées restaient ridiculement faibles. Le temps nécessaire pour assembler une seule carrosserie dépassait tout ce que Koenigsegg avait connu jusqu’alors. Face à cette réalité, la marque suédoise a fait le choix de l’excellence absolue plutôt que du volume, même minuscule.
Le secret du Diamond Weave : quand le carbone devient blanc
Avant la Trevita, toutes les fibres de carbone utilisées dans l’industrie automobile étaient noires. C’était une constante, presque une loi physique du secteur. Koenigsegg a décidé de réécrire cette règle.
Le processus développé par les ingénieurs d’Ängelholm repose sur un traitement de surface révolutionnaire. Chaque fibre de carbone est enduite d’une finition spéciale à base de diamant. Oui, vous avez bien lu : du diamant. Cette technique propriétaire, baptisée Koenigsegg Proprietary Diamond Weave, transforme les fibres noires traditionnelles en un matériau argenté blanc qui capture la lumière d’une manière totalement inédite.
Sous les rayons du soleil, la carrosserie de la Trevita ne se contente pas de briller. Elle scintille littéralement comme si des millions de micro-diamants étaient incrustés dans la fibre de carbone visible. L’effet est saisissant, presque irréel. Les photos ne lui rendent pas justice.
Ce n’est pas qu’un tour de force esthétique. Le tissage du carbone reste parfaitement aligné et visible, respectant la signature visuelle de Koenigsegg. Mais au lieu du noir profond habituel, il révèle un blanc argenté lumineux qui change d’intensité selon l’angle de vue et la lumière ambiante. Un véritable caméléon chromatique qui capte tous les regards.
La difficulté de production explique pourquoi personne d’autre n’a tenté de reproduire cette prouesse depuis 2010. Le savoir-faire nécessaire, le temps requis et les coûts associés rendent cette technologie quasi impossible à industrialiser, même à petite échelle. La Trevita reste unique en son genre, quinze ans après sa création.
Performances dignes d’une hypercar d’exception
Motorisation et puissance brute
Sous le capot de la CCXR Trevita se cache le moteur qui a fait la réputation de Koenigsegg : un V8 4.8 litres biturbo compressé entièrement développé en interne. Ce bloc est une merveille d’ingénierie capable de fonctionner aussi bien à l’essence qu’au bioéthanol E85.
Sur carburant E85, le moteur libère pas moins de 1018 chevaux. Sur essence classique, la puissance reste monumentale avec 888 chevaux au compteur. Le couple maximal atteint 1060 Nm, disponible sur une large plage de régime. Ces chiffresplacent la Trevita au niveau des hypercars les plus extrêmes de son époque, et elle reste compétitive face à bien des modèles actuels.
La boîte de vitesses est une transmission séquentielle à palettes au volant, optimisée pour des changements de rapport fulgurants. L’ensemble mécanique est taillé pour délivrer une puissance massive tout en conservant une fiabilité à toute épreuve, une signature Koenigsegg.
Chiffres de performance vertigineux
Les accélérations sont brutales. Le 0 à 100 km/h est expédié en 2.9 secondes, un chrono qui reste impressionnant même comparé aux standards actuels. Le 0 à 200 km/h demande à peine 8.75 secondes. Quant à l’exercice classique du 0-200-0 km/h (accélération jusqu’à 200 puis freinage complet), la Trevita le boucle en 13.55 secondes.
La vitesse de pointe dépasse les 400 km/h, avec certaines sources évoquant un potentiel de 410 km/h dans les conditions idéales. La distance de freinage de 100 à 0 km/h est contenue à 32 mètres grâce aux disques en carbone-céramique de dernière génération.
Ces performances ne sont pas obtenues au détriment du comportement routier. La répartition des masses est optimisée avec 45% du poids à l’avant et 55% à l’arrière. Les dimensions compactes (4293 mm de long, 1996 mm de large et seulement 1114 mm de haut) contribuent à une agilité surprenante pour une voiture de cette puissance.
Équipements et finitions haut de gamme
Au-delà de sa robe unique, la Trevita embarque une liste d’équipements digne de son statut. L’aileron arrière double en carbone est réglable et participe activement à l’appui aérodynamique. Ce composant, entièrement visible dans sa finition Diamond Weave, est autant une pièce technique qu’une signature visuelle.
Le système d’échappement en Inconel, cet alliage de nickel utilisé dans l’aéronautique et la F1, permet de résister à des températures extrêmes tout en réduisant le poids. La sonorité produite est pure et métallique, reconnaissable entre mille.
Les freins carbone-céramique sont assistés d’un ABS calibré spécifiquement pour la Trevita. Le système de surveillance de pression des pneus est intégré en série, tout comme le dispositif de levage hydraulique qui permet de relever l’avant de la voiture pour franchir les dos d’âne et les entrées de parking sans endommager le bas de caisse.
L’habitacle combine un tableau de bord chronométrique Koenigsegg avec un système d’infodivertissement complet. Les airbags et les équipements de sécurité sont présents, même si cette voiture n’a jamais été conçue pour les trajets quotidiens. Chaque détail respire l’artisanat de luxe et la précision suédoise.
Prix et valorisation : un investissement à plusieurs millions
À sa sortie en 2010, la Koenigsegg CCXR Trevita était affichée autour de 4.8 millions de dollars. Un prix stratosphérique qui plaçait cette hypercar parmi les voitures neuves les plus chères jamais commercialisées. Seules quelques Bugatti et créations sur-mesure évoluaient dans cette tranche tarifaire.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 2017, l’exemplaire ayant appartenu au boxeur Floyd Mayweather est passé en vente aux enchères à Monterey, en Californie. Résultat : 2.6 millions de dollars. Un chiffre qui peut sembler en deçà du prix d’origine, mais qui s’explique par plusieurs facteurs : le kilométrage parcouru, l’état général, et surtout le contexte du marché à ce moment précis.
Depuis, les valeurs ont continué d’évoluer. La rareté absolue de ce modèle, combinée à l’aura croissante de Koenigsegg sur le marché des hypercars de collection, a stabilisé puis renforcé les valorisations. Certaines sources estiment qu’un exemplaire en parfait état pourrait aujourd’hui dépasser largement son prix d’origine si jamais il revenait sur le marché.
Les collectionneurs le savent : posséder une Trevita, c’est détenir une pièce unique de l’histoire automobile. Un véhicule que quasiment personne ne verra jamais en vrai. Un objet qui ne perdra probablement jamais de valeur, tant sa rareté est garantie par les choix techniques de Koenigsegg. Vous ne pouvez pas produire plus de Trevita, même en y mettant les moyens. Le moule est cassé, littéralement.
Les propriétaires célèbres de la Trevita
Quand on parle de la CCXR Trevita, un nom revient systématiquement : Floyd Mayweather. Le champion de boxe invaincu a acquis l’un des deux exemplaires en 2015, ajoutant cette pièce rare à sa collection déjà impressionnante de supercars et d’hypercars.
Mayweather n’était pas qu’un simple propriétaire. Il a été vu au volant de sa Trevita à plusieurs reprises à Las Vegas, notamment lors de ses arrivées spectaculaires au Mayweather Boxing Club. La voiture correspondait parfaitement à son image de champion au style de vie extravagant et assumé. Sa Trevita blanche brillante est devenue aussi célèbre que ses ceintures de champion.
L’identité du second propriétaire reste beaucoup plus discrète. Koenigsegg a toujours respecté la vie privée de ses clients, et celui-ci n’a manifestement aucune envie de médiatiser sa possession. Ce qui est compréhensible quand on détient l’une des voitures les plus rares et reconnaissables de la planète.
Un mystère plane toutefois sur cette histoire. En 2024, un passionné basé en Arizona a repéré un détail troublant sur une CCXR Trevita exposée : la plaque constructeur indique « No. 3 ». Trois. Alors que Koenigsegg affirme officiellement n’avoir produit que deux exemplaires. Erreur d’étiquetage ? Troisième voiture finalement assemblée en secret ? Le constructeur suédois n’a pas officiellement commenté cette découverte, ajoutant une couche supplémentaire de mystère à une légende déjà nimbée de secret.
Cette anomalie, loin de dévaloriser la voiture, pourrait même renforcer son attrait auprès des collectionneurs. Dans l’univers des hypercars ultra-rares, les imperfections et incohérences deviennent parfois des caractéristiques recherchées. Elles racontent une histoire, ajoutent du caractère, personnalisent un objet déjà unique.
Fiche technique complète
Moteur
Type : V8 4.8L biturbo compressé
Puissance : 1018 ch (E85) / 888 ch (essence)
Couple : 1060 Nm
Alimentation : Essence / E85 bioéthanol
Performances
0-100 km/h : 2.9 secondes
0-200 km/h : 8.75 secondes
0-200-0 km/h : 13.55 secondes
Vitesse maximale : 400+ km/h (410 km/h estimés)
Freinage 100-0 km/h : 32 mètres
Transmission
Boîte séquentielle à palettes
Châssis et carrosserie
Carrosserie : Fibre de carbone Diamond Weave blanc argenté
Répartition des masses : 45% avant / 55% arrière
Longueur : 4293 mm
Largeur : 1996 mm
Hauteur : 1114 mm
Équipements spécifiques
Aileron double en carbone réglable
Échappement Inconel
Freins carbone-céramique avec ABS
Système de levage hydraulique avant
Surveillance pression des pneus
Airbags
Chronométrique et système d’infodivertissement
Production et prix
Exemplaires produits : 2 (officiellement)
Année de production : 2009-2010
Prix d’origine : ~4.8 millions USD
Prix aux enchères (2017) : 2.6 millions USD
La Koenigsegg CCXR Trevita reste une anomalie dans l’univers automobile. Une voiture tellement exclusive que sa production a été divisée par deux en cours de route. Une prouesse technique que personne n’a réussi à reproduire quinze ans plus tard. Un objet de collection dont la valeur ne peut que croître avec le temps. Pour les deux propriétaires qui ont la chance de posséder cette hypercar, chaque sortie doit ressembler à une célébration mobile. Un festival de lumière sur quatre roues qui prouve qu’en matière d’automobile extrême, Koenigsegg joue dans une catégorie à part.

