Koenigsegg One:1 : la première megacar au ratio poids/puissance parfait

En 2014, le constructeur suédois Koenigsegg frappe un grand coup au salon de Genève. La marque dévoile la One:1, première voiture de série homologuée au monde à atteindre le ratio poids/puissance de 1:1. Un cheval par kilo. Le Graal que tout ingénieur pensait impossible à obtenir sur une voiture de route. Avec seulement sept exemplaires produits et des performances qui défient encore aujourd’hui l’imagination, cette hypercar est devenue une légende vivante dans l’univers automobile.

Le concept One:1, ou l’obsession du ratio parfait

Le nom One:1 se prononce comme un ratio. Il résume à lui seul l’ambition démesurée du projet : 1360 chevaux pour 1360 kilogrammes. Un cheval par kilo. Sur le papier, ce chiffre semble abstrait. Dans la réalité, il représente un équilibre que personne n’avait réussi à atteindre sur une voiture homologuée pour la route.

Pour comprendre l’exploit, il suffit de regarder la concurrence de l’époque. La Bugatti Veyron Super Sport pèse près de 1900 kg. La McLaren P1 et la Ferrari LaFerrari, pourtant considérées comme des références technologiques, ne s’approchent même pas de ce ratio. La Pagani Huayra, autre hypercar italienne, affiche 1350 kg à vide, mais avec moins de puissance.

Koenigsegg ne s’est pas contenté de ce ratio parfait. La One:1 développe exactement un mégawatt de puissance, soit 1000 kilowatts. C’est la première « megacar » de l’histoire, un terme inventé pour dépasser le concept même d’hypercar. Christian von Koenigsegg, fondateur de la marque, voulait créer quelque chose qui n’appartenait à aucune catégorie existante.

Un V8 biturbo repoussant toutes les limites

Sous le capot de la One:1 se cache un moteur V8 de 5,0 litres biturbo développé entièrement par Koenigsegg. Les chiffres donnent le vertige : 1360 chevaux à 7500 tr/min et un couple colossal de 1371 Nm à 6000 tr/min. Le régime maximal grimpe à 8250 tours, une prouesse pour un moteur atmosphérique suralimenté.

Ce V8 en aluminium ne pèse que 197 kg grâce à un collecteur d’admission en fibre de carbone. La transmission est une boîte robotisée à double embrayage à 7 rapports avec palettes au volant. L’ensemble transmet toute cette puissance aux roues arrières via un différentiel autobloquant électronique.

La One:1 accepte trois types de carburant : E85 (bioéthanol), essence super sans plomb ou carburant de course. Sur E85, elle délivre sa puissance maximale de 1360 ch. Avec de l’essence ordinaire, la puissance descend à environ 1161 chevaux. Cette flexibilité fait partie de l’ADN Koenigsegg, qui s’est toujours positionné comme un constructeur soucieux de l’environnement malgré la démesure de ses créations.

En conduite, ce moteur offre des reprises instantanées et un caractère brutal. Le couple arrive bas dans les tours et ne faiblit jamais jusqu’au rupteur. Même sur circuit, la réactivité du bloc laisse les pilotes d’essai sans voix.

Des performances qui défient l’entendement

Les chiffres de performance de la Koenigsegg One:1 semblent sortis d’un jeu vidéo. Le 0 à 100 km/h est expédié en 2,8 secondes. Impressionnant, mais pas révolutionnaire pour une hypercar moderne. C’est sur les accélérations intermédiaires que la One:1 montre son vrai visage.

Le 0 à 200 km/h tombe en 6,6 secondes environ. Le 0 à 300 km/h prend moins de 12 secondes. Mais le chiffre le plus fou reste le 0 à 400 km/h en environ 20 secondes. Pour comparaison, une Bugatti Veyron Super Sport met près de 45 secondes pour atteindre cette vitesse. La différence est écrasante.

La vitesse de pointe théorique est annoncée à 450 km/h à 8250 tr/min. Mais Koenigsegg a toujours précisé que la One:1 n’était pas construite pour battre des records de vitesse pure. Elle a été conçue pour le circuit. D’ailleurs, elle détient encore aujourd’hui les records du tour à Spa-Francorchamps et Suzuka pour une voiture de série.

Le freinage est tout aussi spectaculaire. La One:1 passe de 400 km/h à l’arrêt complet en 10 secondes environ. L’exercice 0-300-0 km/h (accélération puis freinage complet) est bouclé en 17,95 secondes. Ces chiffres montrent que cette voiture n’est pas seulement rapide en ligne droite. Elle sait aussi s’arrêter.

Une construction obsessionnelle de la légèreté

Le secret du ratio 1:1 ne réside pas uniquement dans la puissance. Il tient surtout à une chasse au poids sans compromis. Le châssis monocoque en fibre de carbone avec structure nid d’abeille type Formule 1 ne pèse que 72 kilogrammes. Ce chiffre est difficile à croire tant il est bas.

Chaque élément de la carrosserie utilise une nouvelle génération de fibre de carbone développée spécifiquement pour la One:1. Ce composite est plus léger et plus rigide que celui utilisé sur l’Agera R, dont la One:1 est dérivée. Au total, la voiture pèse 75 kg de moins que sa devancière.

Les roues Aircore en carbone constituent une autre innovation majeure. Koenigsegg a développé une technologie permettant de fabriquer des jantes entièrement en carbone avec des rayons creux. Le résultat ? Des roues 40% plus légères qu’un équivalent en alliage léger. Elles mesurent 19 pouces à l’avant et 20 pouces à l’arrière, montées sur des pneus Michelin développés spécifiquement pour la One:1.

L’aérodynamique active s’inspire directement des voitures d’endurance du Mans. L’aileron arrière se déploie automatiquement selon la vitesse et l’accélération. Les nouveaux éléments aérodynamiques (lames avant, extracteur arrière, aileron actif) génèrent 610 kg d’appui à 250 km/h. À haute vitesse, la voiture se colle littéralement à l’asphalte.

Une prise d’air massive sur le toit alimente le moteur en air frais. Les tunnels venturi sous le plancher aspirent la voiture vers le sol. Chaque détail aérodynamique a une fonction précise. Rien n’est là pour le style.

Rareté absolue et valeur stratosphérique

Koenigsegg n’a produit que sept exemplaires de la One:1. Pas six, comme on peut le lire parfois, mais bien sept en comptant le prototype. La répartition géographique montre l’appétit des collectionneurs asiatiques : quatre voitures sont parties en Asie, deux en Europe (Royaume-Uni et Allemagne) et une seule aux États-Unis.

Le prix neuf à la sortie en 2014 s’établissait à 2,85 millions de dollars, soit 1,2 million de plus qu’une Agera R standard. Tous les exemplaires ont été vendus avant même la présentation officielle au salon de Genève. Certains acheteurs potentiels sont restés sur liste d’attente sans jamais obtenir leur voiture.

Aujourd’hui, la valeur d’une One:1 a explosé. En 2015, le prototype était proposé à la vente pour 6 millions de dollars. En novembre 2025, l’unique exemplaire nord-américain, le châssis numéro 7112, a été vendu pour plus de 10 millions de dollars. Cette transaction historique fait entrer Koenigsegg dans le cercle très fermé des constructeurs ayant franchi la barre des huit chiffres.

Cette vente positionne la One:1 au même niveau que des légendes comme la McLaren F1, la Pagani Zonda ou la Mercedes CLK GTR. Pour Koenigsegg, c’est une consécration. La marque suédoise, fondée il y a seulement 31 ans, rivalise désormais avec les plus grands noms en termes de désirabilité et de valorisation.

Le marché des hypercars entre 2 et 5 millions de dollars est saturé. Mais au-delà de 10 millions, on entre dans une autre dimension. Celle où la performance se conjugue avec la rareté absolue et le génie technique. La One:1 coche toutes ces cases.

Une hypercar pensée pour le circuit

Malgré son homologation route, la Koenigsegg One:1 a été développée avant tout pour le circuit. L’équilibre aérodynamique, les suspensions adaptatives, le différentiel à pilotage électronique : tout est calibré pour la piste. Christian von Koenigsegg l’a toujours assumé. La vitesse maximale était « un peu un cadeau », pas l’objectif principal.

La voiture embarque un système GPS qui contrôle automatiquement les suspensions, le différentiel et les éléments aérodynamiques en fonction du tracé. Le pilote peut aussi tout gérer manuellement via les commandes au volant et l’écran central. Cinq modes de conduite permettent d’adapter le comportement de la voiture aux conditions et au niveau du pilote.

Les freins carbone-céramique mesurent 397 mm à l’avant avec des étriers six pistons, 380 mm à l’arrière avec des étriers quatre pistons. Ils encaissent sans faiblir des séances entières sur circuit. Les suspensions actives avec ressorts en fibre de carbone biseautés offrent un débattement variable et une hauteur de caisse réglable électroniquement.

L’histoire de la One:1 comporte une page sombre. En juillet 2016, un des sept exemplaires s’est crashé sur le Nürburgring, dans la section Adenauer Forst. Le pilote a perdu le contrôle dans des conditions humides. La voiture a été détruite. Cet accident rappelle que même avec tous les systèmes électroniques du monde, 1360 chevaux restent 1360 chevaux.

Malgré son radicalisme, la One:1 reste utilisable au quotidien. L’habitacle, sobre et fonctionnel, mélange cuir, Alcantara et carbone. L’insonorisation est correcte. Les suspensions, même en mode sport, absorbent les défauts de la route. Koenigsegg a toujours refusé de sacrifier le confort à l’autel de la performance pure.

Un jalon dans l’histoire automobile

La Koenigsegg One:1 restera comme la première voiture de série à avoir atteint le ratio poids/puissance de 1:1. Elle a ouvert la voie à une nouvelle catégorie d’hypercars où la mesure n’a plus sa place. Dix ans après sa présentation, elle continue d’impressionner par l’audace de son concept et la cohérence de son exécution.

Avec sa valorisation qui dépasse désormais les 10 millions de dollars, elle confirme que le génie technique, associé à la rareté absolue, crée des objets de collection éternels. Sept exemplaires seulement. Un par continent, pourrait-on presque dire. La megacar suédoise a définitivement marqué son époque.

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koessler.buisness@gmail.com
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