La Pagani Zonda Cinque Coupé représente l’un des sommets absolus de l’artisanat automobile italien. Produite à seulement cinq exemplaires entre 2008 et 2009, cette hypercar incarne le point de rencontre parfait entre la brutalité technique de la Zonda R de circuit et l’homologation routière. Vendue plus d’1,3 million d’euros à sa sortie, elle demeure aujourd’hui l’une des Pagani les plus recherchées par les collectionneurs du monde entier.
Une genèse née d’une demande exceptionnelle
L’histoire de la Cinque commence en 2008, lorsque SPS Automotive Performance, le distributeur Pagani pour Hong Kong, sollicite Horacio Pagani avec une requête particulière. Leurs clients fortunés réclament une version routière de la redoutable Zonda R, cette machine de piste pure et dure totalement interdite sur route.
Pagani relève le défi et crée la Cinque, dévoilée au Salon de Genève en mars 2009. Le nom ne laisse aucune place au doute : « Cinque » signifie « cinq » en italien, annonçant d’emblée le caractère ultra-exclusif du projet. À l’époque, Pagani pensait sincèrement que ce serait la dernière évolution de la Zonda avant l’arrivée d’un modèle entièrement nouveau.
Les cinq coupés trouvent acquéreur avant même leur production. Face à ce succès immédiat, Pagani annonce en juillet 2009 une version Roadster, elle aussi limitée à cinq unités. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : la Zonda continuera de vivre bien au-delà des prévisions initiales.
Le carbo-titanium, une révolution matérielle
La Zonda Cinque Coupé marque une rupture technologique majeure avec l’introduction du carbo-titanium, un matériau composite exclusif développé par Pagani. Contrairement à la fibre de carbone traditionnelle, ce matériau intègre des filaments de titane directement tissés dans la structure carbonée.
Le résultat est spectaculaire à observer : des fils argentés parcourent la trame noire du carbone, créant un motif hypnotique unique. Mais au-delà de l’esthétique, les avantages sont considérables. Le carbo-titanium offre une rigidité supérieure tout en étant plus léger que la fibre de carbone pure.
Cette prouesse permet à la Cinque d’afficher seulement 1 210 kg sur la balance, soit 20 kg de moins qu’une Zonda F déjà plume. Ce poids contenu, combiné à une structure d’une rigidité comparable au béton, transforme la dynamique de conduite. Chaque panneau de carrosserie est façonné d’une seule pièce pour minimiser les jonctions et optimiser la résistance.
L’habitacle lui-même abandonne les finitions luxueuses traditionnelles au profit du carbone apparent. Cuir, bois et aluminium naturel disparaissent. Place au carbo-titanium brut, sublimé par des touches d’Alcantara et de peinture noire brillante.
Un V12 AMG porté à 678 chevaux
Sous le capot arrière de la Cinque rugit l’un des derniers grands V12 atmosphériques de l’histoire automobile moderne. Ce moteur Mercedes-AMG de 7,3 litres développe 678 chevaux à 6 300 tr/min et délivre un couple phénoménal de 780 Nm à 4 000 tr/min.
Ces chiffres représentent 28 chevaux de plus que la Zonda F, faisant de la Cinque la Pagani routière la plus puissante de son époque, juste avant l’arrivée de la Zonda R de circuit. Le bloc conserve son architecture classique en V à 60 degrés, avec 48 soupapes et injection multipoint. Le régime maximum grimpe jusqu’à 7 000 tr/min, accompagné d’une symphonie mécanique inoubliable.
Mais la vraie révolution se trouve dans la transmission. La Cinque devient la première Pagani de route équipée d’une boîte séquentielle robotisée à six rapports. Développée spécifiquement pour ce modèle, elle réduit le temps de passage des vitesses à moins de 100 millisecondes.
Le conducteur peut actionner cette boîte via des palettes au volant ou laisser le système gérer les rapports en mode automatique. Couplée à un différentiel autobloquant et à la propulsion pure, cette transmission transforme chaque accélération en expérience viscérale.
Les performances annoncées impressionnent : 0 à 100 km/h en 3,4 secondes et une vitesse de pointe officielle de 350 km/h. Certaines sources mentionnent même 217 mph, soit près de 350 km/h. Ces chiffres placent la Cinque au niveau des hypercars les plus extrêmes de la fin des années 2000.
Une aérodynamique inspirée de la Zonda R
La Pagani Zonda Cinque Coupé ne ressemble à aucune autre Zonda. Son design aérodynamique emprunte massivement à la Zonda R de circuit, tout en conservant l’homologation routière. Le résultat ? Un monstre capable de générer 750 kg d’appui aérodynamique à 300 km/h et d’encaisser jusqu’à 1,45 g en virage.
À l’avant, le bouclier adopte un spoiler élargi avec une lèvre proéminente sous le pare-chocs. Deux canards latéraux en carbone encadrent les angles du museau, canalisant l’air vers les flancs. Sur les ailes avant, quatre lamelles transversales en carbone évacuent la pression accumulée dans les passages de roues, réduisant la portance.
Le détail le plus emblématique reste l’entrée d’air sur le toit. Suspendue comme un périscope au-dessus de l’habitacle, cette prise nourrit directement le V12 en air frais. Cette signature visuelle distingue instantanément le coupé de toutes les autres Zonda. La version Roadster conservera ce détail sous une forme raccourcie.
Les flancs reçoivent des jupes latérales redessinées et de nouvelles prises d’air avant et arrière. À l’arrière des ailes, d’imposantes admissions type snorkel refroidissent les freins postérieurs. Le soubassement, aplati au maximum, fonctionne comme un venturi géant.
L’arrière concentre la puissance aérodynamique. Un aileron arrière ajustable trône au sommet, tandis qu’un diffuseur massif sculpte le bouclier inférieur. Combinés à la livrée bicolore carbone apparent et peinture avec bande centrale contrastée, ces éléments créent une silhouette inoubliable.
Suspensions et freinage de compétition
Transformer la brutalité de la Zonda R en machine routière exigeait des suspensions capables d’absorber les imperfections tout en maintenant une précision chirurgicale. Pagani y parvient grâce à une architecture entièrement réalisée en alliages de magnésium et de titane.
Les amortisseurs Öhlins entièrement réglables sont calibrés selon les spécifications exactes de Pagani. Ils permettent de basculer entre un mode confort relatif pour les routes du quotidien et un réglage track-oriented pour les sorties circuit. Les suspensions actives s’adaptent en temps réel, offrant une polyvalence rare à ce niveau de performance.
Cette construction allégée réduit drastiquement les masses non suspendues, améliorant la réactivité et le confort simultanément. Même sur routes dégradées, la Cinque surprend par sa capacité à absorber les chocs sans perdre son agilité.
Les jantes monobloc forgées mêlent aluminium et magnésium : 19 pouces à l’avant, 20 pouces à l’arrière. Fixées par un système de moyeu central, elles évoquent l’univers de la compétition. Elles sont chaussées de Pirelli P Zero en dimensions 255/35 R19 à l’avant et 335/30 R20 à l’arrière.
Le freinage repose sur des disques carbone-céramique Brembo de 380 mm aux quatre coins, pincés par des étriers fixes. Ce système garantit une puissance d’arrêt phénoménale, une résistance à la fatigue exemplaire et un gain de poids substantiel par rapport à des disques en acier.
Un habitacle entre course et luxe artisanal
Ouvrir les portières papillon de la Cinque révèle un habitacle radical. Pagani a supprimé la plupart des éléments luxueux qui caractérisaient les Zonda précédentes. Exit le cuir Connolly, le bois précieux et l’aluminium poli. Place au carbone apparent, à l’Alcantara et à la peinture noire haute brillance.
Les sièges baquets sont sculptés dans la fibre de carbone, enveloppés d’Alcantara pour un minimum de confort. Ils maintiennent le corps fermement sans jamais écraser. Leur légèreté contribue au bilan masse global. Devant le pilote, un volant unique recouvert d’Alcantara concentre les commandes essentielles.
Détail surprenant : Pagani propose ce volant sans airbag en option, pour les puristes recherchant le contact le plus direct possible. Les commandes moteur sont intégrées directement sur les branches, avec notamment le bouton ASR (contrôle de traction) que les pilotes d’essai encouragent à désactiver pour exploiter pleinement le potentiel de la voiture.
Malgré cette approche minimaliste, la Cinque conserve une climatisation et un système audio sur la console centrale. Pagani refuse de sacrifier totalement le confort. Après tout, cette machine doit pouvoir traverser l’Italie sur route ouverte sans transformer le trajet en calvaire.
Chaque interrupteur, chaque molette, chaque détail est usiné avec une précision d’horlogerie. Les toggles anodisés, les commandes tactiles en carbone, l’instrumentation analogique : tout respire l’artisanat. C’est cette dualité entre brutalité technique et finition joaillière qui définit l’ADN Pagani.
Les 5 exemplaires et leurs livrées
La production strictement limitée à cinq coupés fait de chaque Zonda Cinque une œuvre unique. Trois d’entre eux arborent la livrée emblématique : carbone blanc avec double bande noire centrale traversée d’une fine ligne rouge. Cette combinaison tricolore deviendra la signature visuelle de la Cinque.
Le quatrième exemplaire adopte une robe orange éclatante qui tranche radicalement avec la sobriété des autres. Mais c’est le cinquième qui entre dans l’histoire : peint en Verde Ithaca, un vert inspiré de la palette Lamborghini, il devient la première Pagani verte jamais produite.
Ce cinquième coupé détient un autre record : il reste le seul Cinque Coupé conservé dans sa configuration d’origine. Les quatre autres ont depuis connu des modifications, des évolutions ou des personnalisations à la demande de leurs propriétaires fortunés.
Chaque voiture quitte l’atelier de Modène après des centaines d’heures de travail manuel. Le prix catalogue oscillait entre 1,3 et 1,56 million d’euros selon les sources et les marchés. Tous les exemplaires trouvent acquéreur avant même le début de la production, témoignant de l’engouement pour cette ultime Zonda.
Aujourd’hui, sur le marché secondaire, les rares Cinque qui changent de mains atteignent des sommes astronomiques. Leur valeur ne cesse de grimper, portée par leur rareté absolue et leur statut d’icône.
Héritage et descendance : les Zonda « Cinque-inspired »
Contrairement aux prévisions initiales, la Zonda Cinque ne marque pas la fin de la lignée. Elle ouvre au contraire la voie à une série de one-offs ultra-exclusifs directement inspirés de sa recette technique et esthétique.
La Zonda Absolute, commandée par un client de Hong Kong, reprend le châssis et le moteur de la Cinque en y ajoutant des éléments de la Zonda R. Entièrement noire en carbone apparent, elle bénéficiera même d’une évolution « Evo » en 2020.
La Zonda HH Roadster, construite pour le développeur David Heinemeier Hansson, dérive directement de la Cinque Roadster avec sa livrée bicolore bleu et noir. La Zonda Aether Roadster (2017) ressemble tellement à une Cinque qu’elle en devient presque une réplique modernisée.
D’autres créations uniques comme la Zonda 760 RS empruntent les appendices aérodynamiques de la Cinque. La filiation est évidente : becquet avant élargi, diffuseur arrière imposant, prises d’air sculptées. La Cinque établit un vocabulaire esthétique que Pagani déclinera pendant près d’une décennie.
Sur le plan chronologique, la Cinque se situe entre la Zonda F (2005-2009) et la Zonda Tricolore (2010), créée pour célébrer les 50 ans de la patrouille acrobatique italienne. Elle précède de peu l’arrivée de la Huayra (2011), qui remplacera officiellement la Zonda… du moins en théorie, car Pagani continuera de produire des Zonda « spéciales » jusqu’en 2022.
Pourquoi la Cinque Coupé reste une référence
Quinze ans après sa présentation, la Pagani Zonda Cinque Coupé conserve un statut à part dans l’univers des hypercars. Elle incarne l’équilibre parfait entre performances extrêmes et homologation routière, là où tant d’autres basculent dans l’excès ou la compromission.
Son exclusivité absolue (cinq exemplaires seulement) la place au sommet de la pyramide des collectors. Posséder une Cinque Coupé, c’est détenir une part d’histoire automobile. Aucune réplique, aucune suite, aucune série spéciale ne viendra jamais diluer cette rareté.
Les innovations techniques introduites avec la Cinque marquent des jalons. Le carbo-titanium devient une référence matérielle. La boîte séquentielle prouve qu’une Pagani peut être aussi radicale qu’une supercar moderne sans perdre son âme artisanale. Les 750 kg d’appui aérodynamique rivalisent avec les machines de circuit les plus affûtées.
Le design iconique ne vieillit pas. L’entrée d’air sur le toit, les canards avant, le diffuseur arrière massif : chaque détail reste gravé dans la mémoire collective des passionnés. Voir une Cinque reste un événement rare, presque magique.
Sur le marché des collectionneurs en 2025, les Zonda Cinque atteignent des valorisations qui dépassent largement leur prix d’origine. Certains experts estiment qu’elles peuvent franchir la barre des 3 à 4 millions d’euros lors de transactions privées. Leur courbe de valeur ne connaît qu’une seule direction : vers le haut.
La Zonda Cinque Coupé représente ce moment fugace où l’artisanat italien, la technologie de pointe et la performance pure se rencontrent sans compromis. Brutale, rare, belle et terriblement rapide, elle incarne l’essence même de ce que Pagani sait faire de mieux : transformer le carbone et le titane en émotion pure.

