La Pagani Zonda F Roadster Clubsport représente l’aboutissement d’une philosophie radicale : conjuguer performances extrêmes et plaisir de conduite à ciel ouvert, sans compromis. Produite à seulement 25 exemplaires entre 2006 et 2010, cette hypercar italienne combine un V12 atmosphérique de 7,3 litres, une construction ultralegère en carbone et une aérodynamique digne d’une voiture de course. Aujourd’hui valorisée entre 8 et 10 millions d’euros, elle incarne le dernier souffle d’une époque où la puissance brute et l’artisanat primaient sur les normes environnementales.
Quelle est la différence entre la Zonda F, la F Clubsport et la F Roadster Clubsport ?
La famille Zonda F peut sembler complexe, mais chaque version a sa propre identité.
La Zonda F originale, présentée en 2005, développe 602 chevaux et rend hommage à Juan Manuel Fangio, légende de la Formule 1. Elle marque une évolution significative par rapport aux premières Zonda, avec des améliorations aérodynamiques et un allègement généralisé.
La Zonda F Clubsport arrive en 2006 comme une évolution orientée piste. La puissance grimpe à 650 chevaux, l’aérodynamique est optimisée pour générer jusqu’à 600 kg d’appui à 300 km/h, et le châssis gagne en rigidité. Cette version coupé réalise un chrono de 7 minutes 24 secondes sur le Nürburgring en 2008, devançant des références comme la Ferrari Enzo ou la Bugatti Veyron.
La Zonda F Roadster reprend le moteur et les performances de la F standard dans une configuration décapotable.
Enfin, la Zonda F Roadster Clubsport combine les évolutions techniques de la Clubsport avec la configuration roadster. C’est le modèle le plus rare et recherché de la gamme, offrant sensations à ciel ouvert et performance pure.
Un V12 AMG atmosphérique de 7,3 litres : la puissance à l’état brut
Le cœur de cette machine est un Mercedes-AMG V12 spécialement développé, référencé M120 E72 AMG. Ce bloc atmosphérique de 7 291 cm³ délivre une puissance de 650 chevaux à 6 200 tr/min et un couple monumental de 780 Nm à 4 000 tr/min.
L’architecture du moteur exploite des technologies de pointe pour l’époque. Les collecteurs d’admission en alliage d’aluminium hydroformé optimisent la distribution d’air, tandis que les collecteurs d’échappement en acier hydroformé avec revêtement céramique et inconel évacuent les gaz brûlants selon des principes empruntés à la Formule 1.
Le système d’échappement en titane produit une sonorité inoubliable, particulièrement appréciable dans la configuration roadster. Chaque montée en régime jusqu’à la zone rouge à 7 000 tr/min devient une expérience sensorielle totale.
La transmission s’effectue via une boîte manuelle à 6 rapports, couplée à un embrayage bi-disque. Cette configuration préserve le lien direct entre le conducteur et la mécanique, philosophie chère à Horacio Pagani.
Des performances dignes d’une hypercar moderne
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le 0 à 100 km/h est expédié en 3,6 secondes, une performance remarquable pour une voiture de 2006. Le 0 à 200 km/h nécessite moins de 10 secondes.
La vitesse maximale atteint 345 km/h selon les données constructeur, bien que les tests indépendants la situent plutôt autour de 215 mph (346 km/h). Cette vélocité s’accompagne d’une agilité exceptionnelle grâce à un rapport poids/puissance d’environ 1,89 kg par cheval.
Sur circuit, la Roadster Clubsport réalise un temps de 7 minutes 29 secondes sur la boucle Nord du Nürburgring, à peine quelques secondes derrière la version coupé Clubsport et son chrono de 7:24.44. Cette performance la place devant des références absolues comme la Koenigsegg CCR, la Ferrari Enzo et même la Bugatti Veyron sur ce tracé exigeant.
Le freinage depuis 200 km/h jusqu’à l’arrêt complet s’effectue en 4,4 secondes, grâce aux étriers Brembo et aux disques en carbone-céramique en option. L’accélération latérale atteint 1,4 g en configuration Clubsport, témoignant d’une adhérence phénoménale.
Une construction en carbone ultra-légère malgré la configuration roadster
L’exploit technique de la Zonda F Roadster Clubsport réside dans sa capacité à préserver un poids contenu malgré l’absence de toit rigide. Selon Pagani, le roadster conserve un poids à sec d’environ 1 230 kg, identique au coupé.
Cette prouesse s’explique par un châssis central en fibre de carbone Z-preg, une technique de tissage optimisée qui améliore la rigidité tout en réduisant la masse. Les structures tubulaires avant et arrière en chrome-molybdène complètent cet ensemble pour absorber les chocs en cas d’impact.
Le toit amovible se compose d’une armature centrale en carbone et de panneaux latéraux en toile. Cette conception permet de retirer le toit en quelques secondes tout en maintenant la rigidité torsionnelle du châssis, un défi majeur pour toute supercar décapotable.
L’utilisation extensive de matériaux nobles se poursuit sur l’ensemble de la voiture. Les jantes en alliage de magnésium de 19 pouces à l’avant et 20 pouces à l’arrière réduisent les masses non suspendues. Les éléments de suspension en alliages aéronautiques et la boulonnerie en titane contribuent également à l’allègement généralisé.
Une aérodynamique redoutable inspirée de la compétition
L’aérodynamique de la Zonda F Clubsport ne laisse rien au hasard. À 300 km/h, la géométrie de la voiture génère environ 600 kg d’appui au sol, répartis à 270 kg sur l’essieu avant et 330 kg à l’arrière. Cette force plaque littéralement la voiture sur la piste.
L’aileron arrière réglable adopte un profil optimisé pour équilibrer appui et pénétration dans l’air. Le diffuseur arrière sophistiqué canalise les flux d’air sous le plancher pour créer un effet de succion. À l’avant, les entrées d’air alimentent à la fois le refroidissement et l’aérodynamique.
Certains exemplaires de la Final Edition reçoivent des ailerons avant supplémentaires empruntés à la Zonda Cinque, version encore plus radicale développée peu après. Ces appendices améliorent l’équilibre aérodynamique à haute vitesse.
La répartition des masses, avec 46% du poids sur l’avant et 54% sur l’arrière, s’accorde parfaitement avec cette répartition de l’appui pour garantir un comportement neutre, même aux limites de l’adhérence.
La Zonda F Roadster Clubsport Final Edition : le dernier chapitre
La Zonda F Roadster Clubsport Final Edition occupe une place particulière dans l’histoire Pagani. Commandée par Super Vettura UK, cette série devait compter 25 exemplaires mais s’est finalement arrêtée à 24 unités produites.
L’exemplaire numéro 24/25, le dernier de la série, arbore une carrosserie en carbone apparent avec finition mate noire. L’intérieur se distingue par une sellerie en cuir gris, contrastant avec les habituels intérieurs rouges ou noirs des Zonda.
Cette Final Edition intègre des éléments esthétiques et techniques empruntés à la Zonda Cinque, notamment les ailerons avant en forme de nageoires qui améliorent le flux d’air vers les radiateurs latéraux. Le système d’échappement sport amplifie encore la sonorité déjà spectaculaire du V12 AMG.
Livrée avec seulement quelques centaines de kilomètres au compteur, cette dernière Roadster Clubsport symbolise la fin de la production « régulière » de la Zonda, avant que Pagani ne se consacre à des one-off et à la nouvelle Huayra.
Combien coûte une Pagani Zonda F Roadster Clubsport aujourd’hui ?
L’évolution financière de ce modèle reflète sa rareté absolue. Lors de son lancement en 2006, la Zonda F Clubsport était proposée autour de 650 000 euros pour le coupé et 670 000 euros pour le roadster.
Aujourd’hui, une Zonda F Roadster Clubsport en condition d’origine se négocie entre 8 et 10 millions d’euros, selon l’historique, le kilométrage et la configuration. Certains exemplaires particulièrement prisés, comme la Final Edition, ont franchi le cap des 10 millions d’euros lors de transactions privées.
Cette augmentation de plus de 1 400% en moins de vingt ans s’explique par plusieurs facteurs. La production ultra-limitée garantit une exclusivité absolue : sur les 25 Roadster Clubsport théoriquement produites, seuls 19 exemplaires non modifiés subsistent selon les registres de collectionneurs.
Le marché des Pagani Zonda reste extrêmement fermé. Moins de cinq exemplaires, toutes versions confondues, changent de mains chaque année. En décembre 2024, une Zonda LM Roadster s’est vendue aux enchères pour 11 millions de dollars, confirmant la valorisation stratosphérique de ces hypercars italiennes.
Pour les collectionneurs, la Zonda F Roadster Clubsport représente bien plus qu’un investissement : c’est un morceau d’histoire automobile, témoin d’une époque révolue où les V12 atmosphériques régnaient sans partage.
Un hommage à Juan Manuel Fangio et à l’ère des V12 atmosphériques
Le « F » de la Zonda F rend hommage à Juan Manuel Fangio, quintuple champion du monde de Formule 1 et proche d’Horacio Pagani. Originaires tous deux d’Argentine, ils partageaient une passion pour la performance pure et l’excellence technique.
Fangio avait initialement accepté que la première Pagani porte son nom : « Fangio F1 ». Sa disparition en 1995 poussa Horacio Pagani à renommer sa création « Zonda », en référence à un vent des Andes et au circuit d’El Zonda à San Juan. Dix ans plus tard, la Zonda F perpétue finalement cet hommage initial.
La philosophie derrière cette voiture reflète les convictions de Pagani : légèreté, sécurité, performance et créativité. Chaque élément est pensé pour servir ces objectifs, du tissage de la fibre de carbone au dessin des collecteurs d’échappement.
La Zonda F Roadster Clubsport incarne également le chant du cygne des V12 atmosphériques dans l’automobile de très haute performance. Alors que les normes environnementales poussent vers le downsizing et l’hybridation, ce 7,3 litres sans turbo représente une philosophie désormais impossible à reproduire.
Quelques années après cette Roadster Clubsport, Pagani présentera la Huayra avec un V12 bi-turbo de 6 litres, plus compact et conforme aux réglementations modernes. Mais l’âme brute et la sonorité unique du V12 atmosphérique AMG resteront à jamais associées à la lignée Zonda.
La Zonda F Roadster Clubsport représente l’équilibre parfait entre brutalité mécanique et raffinement artisanal. Rare, puissante, spectaculaire, elle continue de fasciner collectionneurs et passionnés comme le symbole d’une époque où l’émotion automobile atteignait son paroxysme, sans limite ni compromis.

