Zonda F Roadster : l’hypercar Pagani qui a défié les limites du roadster

Retirer le toit d’une supercar est un exercice périlleux. La rigidité s’effondre, le poids grimpe, les performances reculent. Pagani a fait l’inverse avec la Zonda F Roadster en 2006. Ce roadster a gardé le même poids que son homologue coupé tout en offrant une expérience à ciel ouvert absolue. Un exploit technique qui porte le nom d’un champion de légende : Juan Manuel Fangio.

L’histoire derrière le nom

La Zonda F rend hommage à Juan Manuel Fangio, quintuple champion du monde de Formule 1 et légende argentine du sport automobile. Présentée au salon de Genève en 2005, la version coupé avait déjà marqué les esprits. Un an plus tard, en 2006, Pagani dévoile la version roadster au même salon.

Horacio Pagani, fondateur de la marque, vouait une admiration sans bornes à Fangio. Les deux hommes partagent d’ailleurs la même origine argentine. Le pilote avait même conseillé le jeune constructeur dans les premières années de développement de la Zonda, avant son décès en 1995.

La F Roadster arrive à un moment clé dans l’évolution de la lignée Zonda. Elle succède à la S 7.3 Roadster (seulement une douzaine d’exemplaires) et précède les versions encore plus radicales comme la Cinque. Son positionnement est clair : offrir le summum de la performance en roadster sans compromis.

Un roadster qui ne renie rien du coupé

L’exploit technique de la Zonda F Roadster tient en un chiffre : elle pèse exactement le même poids que la version coupé. Un exploit rarissime dans l’industrie automobile, où retirer un toit fixe entraîne systématiquement une prise de poids significative.

Pagani y parvient grâce à une architecture en fibre de carbone d’une rigidité exceptionnelle dès la conception. Le châssis monocoque ne nécessite que des renforcements mineurs dans les zones des bas de caisse et du réservoir. L’arceau de sécurité en alliage chrome-molybdène, placé derrière les sièges, remplit également une fonction structurelle au niveau du cadre du châssis.

Le toit amovible se compose de deux éléments : une partie centrale en fibre de carbone et une section inférieure en toile. Il se retire en quelques secondes. Même avec ce système, la Zonda F Roadster ne pèse que 30 kg de plus que certaines versions coupé selon les configurations, soit un écart négligeable.

La preuve ultime de cette réussite ? Un temps de 7 minutes 29 secondes sur le Nürburgring en 2008, avec Marc Basseng au volant. À peine quelques secondes de plus que la version Clubsport fermée. Elle devançait alors des références comme la Koenigsegg CCR, la Ferrari Enzo ou encore la Bugatti Veyron.

Le moteur : un V12 AMG de légende

Au cœur de la Zonda F Roadster bat un monstre mécanique : un V12 de 7,3 litres atmosphérique signé Mercedes-AMG. Ce bloc, issu de la Sonderklasse Type 140, a été spécifiquement développé et calibré pour Pagani. Il s’agit de l’un des plus gros V12 jamais produits dans le secteur automobile.

La version Roadster développe 650 chevaux à 6 200 tr/min et 780 Nm de couple à 4 000 tr/min. Soit 48 chevaux de plus que la Zonda F coupé de base, qui se contentait de 602 chevaux. Cette puissance supplémentaire compense le léger surpoids structurel et garantit des performances identiques.

Le moteur respire grâce à un collecteur d’admission en aluminium hydroformé. Cette technologie de moulage haute pression optimise la longueur et la forme des tubulures pour des régimes de puissance plus sophistiqués. L’échappement en titane réduit encore la masse tout en offrant une sonorité unique.

La transmission repose sur une boîte manuelle à 6 rapports couplée à un différentiel autobloquant. Les roues arrière reçoivent intégralement la puissance. Pas de boîte séquentielle sur ce modèle : Pagani privilégie le plaisir de conduite pur et la connexion mécanique avec la voiture. L’antipatinage et l’ABS Bosch complètent le dispositif pour maîtriser cette cavalerie.

Des performances de supercar moderne

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Zonda F Roadster abat le 0 à 100 km/h en 3,6 secondes. Le 0 à 200 km/h tombe en 9,8 secondes. La vitesse maximale dépasse les 345 km/h, même à ciel ouvert.

Ces performances placent la Roadster au niveau des hypercars les plus extrêmes de son époque. Elle rivalise directement avec des monstres fermés comme la Ferrari Enzo ou la Mercedes-Benz SLR McLaren. Et elle les surpasse souvent sur circuit grâce à un autre atout : l’aérodynamique.

À 300 km/h, la géométrie de la voiture génère un appui au sol de 600 kg. Soit 270 kg sur l’avant et 330 kg sur l’arrière. Cet équilibre aérodynamique permet à la Zonda F Roadster de rester collée à l’asphalte dans les courbes rapides. Le spoiler avant allongé, le diffuseur arrière sophistiqué et les multiples appendices aérodynamiques travaillent en synergie.

Les freins carbone-céramique Brembo complètent le tableau. Disques de 380 mm de diamètre à l’avant comme à l’arrière, étriers 6 pistons devant et 4 pistons derrière. Le freinage de 200 à 0 km/h s’effectue en seulement 4,4 secondes avec une accélération latérale maximale de 1,4 g en mode Sport.

Le chrono sur le Nürburgring résume tout : 7 minutes 24 secondes pour la version Clubsport, 7 minutes 29 pour la Roadster. Cinq petites secondes d’écart. Pour un roadster face à un coupé, c’est un exploit inédit.

Une fabrication artisanale d’exception

Pagani n’a produit que 25 exemplaires de la Zonda F Roadster entre 2006 et 2009. Chaque voiture représente des centaines d’heures de travail manuel. Rien que pour la peinture, comptez plus de 350 heures par véhicule. Chaque couche est appliquée, poncée, polie à la main avec un soin d’orfèvre.

L’intérieur combine trois matériaux nobles : le cuir, l’aluminium et la fibre de carbone. Le cuir recouvre les sièges baquets ajustables, la console centrale et une partie du tableau de bord. Les surpiqûres sont réalisées à la main. La couleur, la texture, tout est personnalisé selon les souhaits du client.

Le tableau de bord mérite une attention particulière. Inspiré de l’horlogerie suisse, il présente des cadrans analogiques enchâssés dans une console en aluminium massif usiné. Chaque instrument est positionné avec précision. Les aiguilles, selon les préférences du propriétaire, peuvent être en plastique ou accompagnées d’un volant Nardi en bois précieux fini à la main.

Les jantes forgées APP mesurent 19 pouces à l’avant et 20 pouces à l’arrière. Elles sont montées sur des pneus Michelin Pilot Sport 2 développés spécifiquement pour ce modèle. Même les plus petits détails, comme les inserts en aluminium poli ou les finitions anodisées, sont travaillés comme sur une pièce d’horlogerie.

Chaque Zonda F Roadster est unique. Aucune ne ressemble parfaitement à une autre. Les clients pouvaient choisir leur livrée, leur combinaison intérieure, leurs options techniques. Certaines arborent une carrosserie en carbone nu apparent, d’autres une peinture argentée, d’autres encore des teintes personnalisées.

Combien vaut une Zonda F Roadster aujourd’hui ?

Le marché des hypercars de collection a explosé ces dernières années. La Zonda F Roadster n’échappe pas à cette tendance. Sa valeur actuelle oscille entre 9,5 et 11 millions d’euros, selon l’état, le kilométrage et l’historique de la voiture.

En décembre 2024, une Zonda F Roadster a été vendue en transaction privée par le concessionnaire allemand Mechatronik pour plus de 9,5 millions d’euros. Quelques semaines plus tôt, une Zonda LM Roadster (version encore plus rare) atteignait 11 millions de dollars aux enchères.

Pour comprendre cette valorisation, il faut remonter au prix de vente initial. En 2006, une Zonda F Roadster neuve se négociait autour de 600 000 à 700 000 euros. Le prix a donc été multiplié par 15 en moins de 20 ans. Peu d’investissements financiers peuvent rivaliser avec une telle progression.

Cette rareté explique aussi pourquoi le marché reste très fermé. Moins de cinq Zonda toutes versions confondues changent de mains chaque année dans le monde. Les propriétaires conservent leurs voitures, conscients qu’ils possèdent une pièce d’histoire automobile. Certains exemplaires n’ont parcouru que quelques centaines de kilomètres depuis leur livraison.

La Zonda HP Barchetta et la Cinque Roadster se négocient à des prix encore supérieurs, parfois au-delà de 15 millions d’euros. Mais la F Roadster reste la version la plus équilibrée entre performance pure, utilisabilité relative et valeur patrimoniale. Elle représente l’essence même de la philosophie Pagani avant les versions ultimes et quasi impossibles à conduire sur route.

Ce qui la distingue des autres Zonda

La lignée Zonda compte des dizaines de versions, parfois produites à un seul exemplaire. La F Roadster occupe une place particulière dans cette généalogie complexe.

Face à la Zonda F coupé, elle gagne 48 chevaux (650 contre 602) tout en conservant un poids quasi identique. L’expérience de conduite diffère radicalement : le V12 atmosphérique délivre sa symphonie mécanique directement aux oreilles du pilote, sans filtre. Le vent, les vibrations, la connexion avec la route atteignent un niveau impossible à reproduire dans un coupé.

La Zonda F Clubsport représente la version plus radicale du coupé. Même moteur de 650 chevaux, mais avec des optimisations aérodynamiques poussées et une suspension encore plus ferme. La Roadster Clubsport existe aussi, mais elle pèse environ 200 kg de plus que les autres F en raison de renforcements structurels supplémentaires. Ce surpoids la rend moins désirable auprès des puristes.

Avant elle, la Zonda S 7.3 Roadster (2003) posait les bases du concept. Seulement une douzaine d’exemplaires produits, 555 chevaux, un poids légèrement supérieur à son coupé (+30 kg). La F Roadster perfectionne cette formule en supprimant totalement l’écart de poids.

Après elle, la Zonda Cinque Roadster (2009) pousse le curseur encore plus loin. Cinq exemplaires uniquement, 678 chevaux, boîte séquentielle, structure en Carbo-titanium (mélange de carbone et de titane). Plus extrême, plus exclusive, mais aussi moins accessible en termes de conduite. La F Roadster reste le sweet spot : suffisamment performante pour rivaliser avec n’importe quelle hypercar, suffisamment raisonnable pour être exploitée sur circuit ou sur route.

La philosophie de la F Roadster se résume ainsi : offrir l’équilibre parfait entre performance absolue et plaisir à ciel ouvert, sans compromis sur l’un ou l’autre aspect. Pagani prouve qu’on peut retirer un toit sans rien perdre. Au contraire, on gagne une dimension sensorielle que le coupé ne peut offrir.

L’héritage vivant de Fangio

La Zonda F Roadster incarne l’aboutissement d’une vision : celle d’Horacio Pagani, qui rêvait de créer des voitures d’exception dans la lignée des grands maîtres italiens. Vingt-cinq exemplaires, des centaines d’heures de travail par véhicule, un V12 atmosphérique qui chante jusqu’à 6 200 tr/min. Retirer le toit d’une supercar sans rien perdre de ses performances était considéré comme impossible. Pagani l’a fait. La F Roadster reste aujourd’hui l’une des références absolues du roadster extrême, un témoignage du génie artisanal italien et un hommage mécanique à l’un des plus grands pilotes de l’histoire.

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