La Koenigsegg CCX n’est pas qu’une simple évolution. Dévoilée en 2006 au salon de Genève, elle marque un tournant radical pour le constructeur suédois : première hypercar réellement conçue pour le marché mondial, elle abandonne les compromis techniques et impose son propre moteur maison. Capable de dépasser les 395 km/h et détentrice du record du tour Top Gear pendant 11 ans, la CCX a forgé sa légende autant par ses performances que par l’incident spectaculaire qui a forcé Koenigsegg à la perfectionner. Seulement 49 exemplaires toutes versions confondues ont été construits entre 2006 et 2010.
Une rupture technologique signée Koenigsegg
Quand Christian von Koenigsegg présente la CCX, beaucoup y voient une simple mise à jour de la CCR. La réalité est tout autre.
La CCX repose sur un châssis entièrement nouveau, agrandi pour répondre aux normes américaines. Le toit est rehaussé, les pare-chocs redessinés, l’éclairage modifié. Mais la vraie révolution se cache sous le capot : pour la première fois, Koenigsegg abandonne le bloc Ford utilisé sur les modèles précédents et développe son propre V8 de 4.7 litres bi-compressé, entièrement conçu et assemblé en Suède.
Ce moteur produit 806 chevaux à 6 900 tr/min et 920 Nm de couple à 5 700 tr/min, tout en respectant les normes antipollution mondiales. Un exploit pour un petit constructeur artisanal. Ce bloc pose les fondations de tous les moteurs Koenigsegg à venir, jusqu’aux monstres des Agera et Jesko.
La production est confiée à des machines CNC pilotées par CAO 3D, une première pour la marque. Fini le modelage à la main. La CCX adopte un système électrique entièrement numérique, remplaçant fusibles et relais physiques par des semi-conducteurs. Presque aucune pièce n’est reprise de la CCR.
Résultat : seulement 30 CCX standard ont été produites. En comptant toutes les variantes (CCXR, Edition, Special Edition, Trevita), on atteint péniblement 49 unités. Une rareté absolue.
Les performances qui ont marqué l’histoire
806 chevaux, 920 Nm : ce que ça signifie vraiment
Sur le papier, les chiffres impressionnent. Dans les faits, ils terrorisent.
La Koenigsegg CCX accélère de 0 à 100 km/h en 3.2 secondes, de 0 à 200 km/h en 9.8 secondes. Sa vitesse maximale dépasse 395 km/h (certains exemplaires sans aileron ont franchi la barre des 400 km/h). Le freinage de 100 à 0 km/h s’effectue en 32 mètres. L’accélération latérale atteint 1.5 G.
Pour contextualiser : en 2006, la Ferrari Enzo développe 660 chevaux, la Pagani Zonda F environ 600. La CCX joue déjà dans une autre catégorie, celle des hypercars capables de rivaliser avec des prototypes de course.
Mais les vraies performances se mesurent sur circuit. Et c’est là que l’histoire bascule.
Le crash du Stig et la transformation
Mai 2006, circuit Top Gear. The Stig prend le volant de la CCX pour établir un temps référence. À 210 km/h dans un virage rapide, la voiture perd brutalement son arrière. Cause : une défaillance de la direction assistée combinée à un manque d’appui aérodynamique à haute vitesse. La CCX percute violemment le mur de pneus.
Première fois que le Stig sort de la piste. L’image fait le tour du monde.
Koenigsegg ne conteste pas, ne cherche pas d’excuses. Christian von Koenigsegg analyse, corrige, améliore. Le châssis et les réglages de suspension sont affinés. Un aileron arrière en fibre de carbone est ajouté pour générer l’appui manquant, transformant la CCX en ce que Top Gear surnomme affectueusement la « Koeniggggsenisseggsegnignigsegigiseg CCX avec l’aileron Top Gear ».
La voiture revient. Le Stig boucle un tour en 1:17.6. Record absolu, invaincu pendant 11 ans, jusqu’à l’arrivée de l’Ascari A10. Ce temps reste aujourd’hui l’un des plus mythiques de l’émission britannique.
Ce crash n’a pas nui à la réputation de la CCX. Au contraire, il a prouvé la réactivité de Koenigsegg, l’intégrité de sa structure carbone (quasi aucun dégât sur le monocoque) et la violence brute de ses 806 chevaux. La légende était née.
Design et innovations techniques
Portes dihedral synchro-helix
Les portes à ouverture dihedral synchro-helix sont la signature visuelle de Koenigsegg. Brevetées par la marque, elles pivotent vers l’avant et le haut selon un axe hélicoïdal, nécessitant un espace d’ouverture latérale minimal. Idéal pour les parkings étroits, spectaculaire dans tous les cas.
Contrairement aux portes papillon de McLaren ou en élytre de Lamborghini, le système Koenigsegg est mécanique, sans assistance électrique complexe. Fiabilité et théâtralité.
Carrosserie carbone et châssis honeycomb
La carrosserie est entièrement en fibre de carbone visible, avec finition laquée ou mate selon les commandes. Le châssis monocoque intègre une structure nid d’abeille en aluminium pour rigidité maximale et poids minimal.
Résultat : 1 280 kg à vide. Soit un rapport poids/puissance de 1.58 kg/ch, meilleur que la plupart des GT3 de course de l’époque.
Les réservoirs sont intégrés dans le châssis pour optimiser la répartition des masses et la sécurité passive. En cas d’impact violent, comme lors du crash Top Gear, la structure reste intacte. Aucun risque d’incendie, aucune déformation de l’habitacle.
Habitacle : luxe et sport
L’intérieur de la CCX mélange cuir pleine fleur, Alcantara et carbone. Les sièges baquets offrent un maintien exceptionnel jusqu’à 350 km/h. Le tableau de bord, entièrement en carbone avec finition mate, affiche une instrumentation analogique lisible.
Détail rare pour une hypercar : la CCX est étonnamment facile à conduire au quotidien. Le système de levage hydraulique relève l’avant pour franchir les dos d’âne. L’embrayage est progressif, la direction précise sans être brutale, le couple à bas régime généreux. Plusieurs propriétaires ont confirmé pouvoir l’utiliser en ville sans souffrir.
Le toit amovible se range dans le coffre avant, transformant la CCX en roadster. Une polyvalence inattendue pour une machine de cette trempe.
Les versions et leur rareté
La CCX existe en plusieurs déclinaisons, chacune encore plus rare que la précédente.
CCX standard : moteur 4.7L, 806 ch, 30 exemplaires produits. Base de la gamme, si l’on peut parler de gamme pour une hypercar à 545 000 euros (prix neuf 2006).
CCX Edition : moteur porté à 4.8L, jantes 11 branches spécifiques, aileron arrière unique, winglets latéraux. Seulement 2 exemplaires fabriqués. Niveau de finition et exclusivité ultimes.
CCXR : version bioéthanol (E85/E100) du moteur 4.8L développant 1 018 chevaux. Première hypercar de série à dépasser officiellement les 1 000 ch. Environ 9 unités construites, dont une détruite lors d’un crash en 2007 impliquant un ingénieur Koenigsegg (pas le Stig cette fois).
CCXR Edition, Special Edition et Trevita : versions ultra limitées avec spécifications uniques, carrosserie carbone argenté pour les Trevita (fibre de carbone imprégnée de diamants). Production totale cumulée : environ 10 voitures.
Toutes versions confondues : 49 Koenigsegg CCX dans le monde. Certaines n’ont jamais changé de mains depuis leur livraison.
Acheter une Koenigsegg CCX aujourd’hui
Prix et disponibilité réelle
Trouver une CCX à vendre relève de l’exploit. Le marché de l’occasion reste désespérément vide. Quand un exemplaire apparaît, les prix oscillent entre 1,9 et 2,4 millions d’euros, selon l’état, le kilométrage, l’historique et la version.
Une CCX standard en bon état avec moins de 10 000 km se négocie autour de 2 millions d’euros. Les CCXR et éditions spéciales dépassent facilement les 2,5 millions, si elles trouvent acheteur.
Pourquoi si cher alors que le prix neuf était de 545 000 à 650 000 euros ? Rareté absolue, statut d’icône, appréciation constante des hypercars des années 2000, et légende Top Gear. La CCX fait partie des voitures qui ne se déprécient jamais.
Mais la vraie question n’est pas le prix. C’est la disponibilité. Sur les 49 exemplaires produits, combien sont réellement en circulation ? Une dizaine, peut-être moins. Les autres dorment dans des collections privées, certaines au Moyen-Orient, d’autres aux États-Unis ou en Europe du Nord.
Ce qu’il faut savoir avant de chercher
Acheter une Koenigsegg CCX ne s’improvise pas.
L’entretien doit être réalisé par Koenigsegg ou un spécialiste agréé. Les pièces détachées sont fabriquées sur commande. Compter plusieurs dizaines de milliers d’euros par an pour maintenir la voiture en état optimal, même avec un kilométrage faible.
L’historique complet est indispensable : carnet d’entretien Koenigsegg, factures, traçabilité des propriétaires. Une CCX sans historique perd instantanément 30 % de sa valeur.
L’usage reste limité : track days occasionnels, rassemblements, collection. Rouler quotidiennement avec une CCX est techniquement possible (plusieurs propriétaires l’ont fait), mais absurde économiquement et émotionnellement risqué vu la rareté.
Enfin, obtenir une assurance adaptée peut prendre plusieurs mois. Peu de compagnies acceptent de couvrir une hypercar de 800 chevaux produite à 49 exemplaires.
Pourquoi la CCX reste une légende
La Koenigsegg CCX n’est pas la plus rapide, ni la plus chère, ni la plus exclusive des hypercars. Mais elle est celle qui a tout changé pour Koenigsegg.
Avant elle, la marque suédoise restait confidentielle, presque folklorique. Après elle, Koenigsegg s’impose comme alternative crédible à Ferrari, Lamborghini et Pagani. La CCX prouve qu’un petit atelier de 50 personnes à Ängelholm peut concevoir, fabriquer et vendre une hypercar capable de battre les mastodontes italiens sur circuit.
Le moteur développé pour la CCX devient la base technique des Agera, Regera et Jesko, machines qui pulvérisent aujourd’hui tous les records. Sans la CCX, pas d’Agera RS à 447 km/h, pas de Jesko Absolut visant les 530 km/h.
L’épisode Top Gear, loin de nuire à l’image de la marque, a renforcé son aura. Le crash du Stig est devenu un moment culte de l’émission, vu par des dizaines de millions de téléspectateurs. Le retour victorieux avec le record 1:17.6 a transformé la CCX en mythe vivant.
Aujourd’hui, croiser une CCX relève du miracle. Elle reste l’hypercar suédoise par excellence, celle qui a osé défier les conventions, crashé spectaculairement, puis triomphé avec panache. Rare, radicale, inoubliable : exactement ce qu’une hypercar doit être.

