Bugatti Brescia Type 13 : la voiture qui a changé l’histoire du sport automobile

490 kilogrammes, 50 chevaux, 150 km/h en pointe. Sur le papier, la Bugatti Type 13 n’impressionne personne en 2026. Pourtant, cette petite voiture de course a révolutionné le sport automobile dans les années 1920 et posé les bases de la légende Bugatti. Son surnom, Brescia, vient d’une victoire retentissante en Italie qui a prouvé au monde entier qu’Ettore Bugatti avait raison depuis le début : en course, la légèreté bat toujours la puissance brute.

Une voiture née pour défier les géants

En 1910, quand Ettore Bugatti commence la production de sa Type 13 dans son usine de Molsheim, le monde de la course automobile est dominé par des monstres mécaniques. Des voitures lourdes, équipées de moteurs énormes et de chaînes de transmission bruyantes. Ettore, lui, pense différemment.

Il vient de créer sa propre marque après avoir travaillé pour De Dietrich, Mathis et Deutz. Son prototype personnel, la Type 10, lui a servi de base pour concevoir cette première Bugatti de série. Le concept est clair : construire une voiture légère, agile et précise plutôt qu’une brute de puissance.

Dès 1911, la Type 13 fait sensation au Grand Prix de France en terminant deuxième face à des concurrents bien plus imposants. Mais la Première Guerre mondiale interrompt brutalement la production en 1914. Ettore devra attendre 1919 pour reprendre son travail là où il l’avait laissé.

Le moteur qui a tout changé

À sa création, la Type 13 embarque un moteur quatre cylindres à arbre à cames en tête de 1,3 litre développant initialement 30 chevaux. Une configuration technique avancée pour l’époque, mais Ettore sait qu’il peut aller plus loin.

En 1921, il fait évoluer le moteur vers une cylindrée de 1 453 cm³ avec une architecture révolutionnaire : 16 soupapes (quatre par cylindre), une rareté absolue à cette époque. Le bloc intègre des paliers de vilebrequin et des pistons en alliage blanc, une pompe à carburant efficace et un système de lubrification ciblé qui pulvérise l’huile directement sur les composants critiques.

La version course reçoit des roulements à billes pour réduire les frottements, un double allumage magnétique avec deux bougies par chambre de combustion, et un rapport de compression augmenté. Résultat : le moteur tient des régimes élevés jusqu’à 4 500 tr/min et délivre entre 40 et 50 chevaux selon les versions.

Mais le véritable atout de la Type 13, c’est son poids. Avec seulement 490 kilogrammes sur la balance, elle affiche un rapport poids/puissance que ses concurrents ne peuvent même pas approcher. Les roues à rayons remplacent les lourdes roues en bois, réduisant encore les masses non suspendues et améliorant l’agilité. La vitesse de pointe de 150 km/h devient accessible, là où seules les voitures beaucoup plus puissantes et lourdes pouvaient atteindre ces chiffres.

Brescia 1921 : la consécration

Septembre 1921. Le Grand Prix des Voiturettes se déroule à Brescia, en Italie. Ettore Bugatti engage quatre Type 13 dans la catégorie des voiturettes, ces petites voitures de course légères et maniables. Face à elles, des concurrents convaincus que la puissance prime sur tout le reste.

Ernest Friderich mène la charge. Le pilote français connaît bien la Type 13 : il a déjà remporté la course du Mans l’année précédente au volant de cette même voiture. À Brescia, il enchaîne les tours avec une concentration absolue, négocie les virages avec une précision chirurgicale et franchit la ligne d’arrivée en première position.

Derrière lui ? Ses trois coéquipiers : Pierre de Vizcaya, Michel Baccoli et Pierre Marco. Les quatre Bugatti Type 13 occupent le podium complet. Un quadruplé historique qui sidère le monde de la course automobile.

Cette victoire change tout. La Type 13 devient instantanément la « Brescia », un surnom qui restera gravé dans l’histoire automobile. Toutes les versions quatre soupapes produites par la suite portent officiellement ce nom en mémoire de ce triomphe italien.

Pourquoi la Type 13 dominait les courses

La domination de la Brescia dans les années 1920 ne doit rien au hasard. Elle repose sur une combinaison de facteurs techniques et conceptuels qui la placent systématiquement devant ses rivales.

Le rapport poids/puissance exceptionnel lui permet d’accélérer plus vite et de consommer moins de carburant. Sur les courses d’endurance, elle finit pendant que ses concurrentes tombent en panne ou usent leurs pneus.

Le châssis court et précis offre une maniabilité sans équivalent. Dans les courses sur routes sinueuses, sur les épreuves de côte avec leurs virages serrés, la Brescia passe là où les grosses cylindrées doivent ralentir. Les pilotes adorent cette agilité qui leur donne confiance dans les trajectoires les plus audacieuses.

La fiabilité mécanique surprend tout le monde. À une époque où abandonner en course est presque la norme, la Type 13 arrive au bout. Son moteur bien lubrifié, ses roulements à billes et son double allumage garantissent une combustion stable même à haut régime.

Dans les années 1920, les Bugatti remportent pratiquement toutes les courses auxquelles elles participent. Sur les épreuves routières difficiles, les courses de montagne avec leurs routes défoncées, leurs nids-de-poule et leurs virages en épingle, les petites sportives de Molsheim écrasent la concurrence.

Production et héritage

Entre 1920 et 1926, Bugatti produit environ 2 000 exemplaires de la Type 13 et de ses variantes. L’usine de Molsheim fabrique plusieurs versions selon les besoins : la Type 13 à empattement court, la Type 15 et Type 17 avec des carrosseries différentes, puis les Type 22 et Type 23 à empattement long pour accueillir des carrosseries plus confortables.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 711 Type 13 Brescia équipées de la culasse quatre soupapes sont vendues, auxquelles s’ajoutent 388 exemplaires avec vilebrequin à roulements à billes. Des versions routières côtoient les modèles de compétition, permettant aux clients d’acheter une vraie voiture de course homologuée pour la route.

En 1926, la production s’arrête. La Type 35 prend le relais, une évolution directe des concepts développés sur la Type 13. Cette nouvelle venue deviendra la voiture de course la plus victorieuse de tous les temps avec plus de 2 000 victoires à son palmarès, dont cinq Targa Florio consécutives entre 1925 et 1929.

Le concept du « pur-sang » imaginé par Ettore Bugatti trouve sa pleine expression avec la Type 13. Comme un cheval de course, elle mise sur la légèreté, l’agilité et l’endurance plutôt que sur la force brute. Cette philosophie traversera toute l’histoire de la marque, jusqu’aux hypercars modernes.

La Type 13 aujourd’hui

Plus d’un siècle après sa création, la Bugatti Type 13 Brescia reste une voiture hautement recherchée par les collectionneurs. Les exemplaires authentiques se négocient à des prix impressionnants lors des ventes aux enchères internationales.

En 2015, une Type 13 Brescia découverte dans une grange, restée dans son état d’origine depuis les années 1950, a atteint 834 000 euros chez Artcurial. Son authenticité et son caractère intact expliquent cette enchère finale, trois fois supérieure à l’estimation initiale. Depuis, son nouveau propriétaire l’utilise régulièrement, comme Ettore l’avait prévu.

Les Brescia participent encore aujourd’hui aux événements du Vintage Sports Car Club (VSCC), aux rallyes internationaux Bugatti et aux courses historiques. À Goodwood, à Prescott, à Montlhéry, ces centenaires continuent de rouler, portées par des propriétaires passionnés qui entretiennent leur mécanique avec un soin méticuleux.

Certains exemplaires ont été restaurés avec des pièces d’origine complétées par des reproductions de haute qualité. D’autres, plus rares, conservent leurs composants d’époque et témoignent de l’ingénierie Bugatti telle qu’elle existait dans les années 1920. Le Bugatti Club Italia organise régulièrement des rassemblements autour du lac de Garde pour célébrer la victoire de Brescia, notamment lors du centenaire en 2021.

La Type 13 incarne l’esprit fondateur de Bugatti : l’obsession du détail, la recherche de performance par l’intelligence plutôt que par la force, et cette capacité à créer des objets techniques qui deviennent des œuvres d’art. Un siècle plus tard, chaque Bugatti moderne porte encore en elle l’ADN de cette petite voiture de 490 kilos qui a prouvé qu’Ettore Bugatti avait raison depuis le début.

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koessler.buisness@gmail.com
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