
Peut on fumer au volant en France ? Réglementation et sanctions
Oui, vous pouvez fumer au volant en France, mais avec des restrictions importantes. Contrairement au téléphone portable, aucun article du Code de la route n’interdit formellement la cigarette en conduisant. Pourtant, trois situations peuvent vous coûter cher : en présence d’un mineur, dans un véhicule de fonction ou si votre cigarette vous empêche de conduire correctement. Voici ce que vous devez savoir pour éviter l’amende.
Ce que dit vraiment le Code de la route
Le Code de la route français ne mentionne nulle part l’interdiction de fumer au volant. Vous ne trouverez aucun article spécifique qui sanctionne le fait de tenir une cigarette en conduisant, contrairement au téléphone portable qui fait l’objet d’une interdiction claire dans l’article R412-6-1.
Cette absence de texte explicite crée une zone grise que les forces de l’ordre peuvent exploiter. Elles s’appuient sur l’article R412-6 du Code de la route qui stipule que tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d’exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent.
Concrètement, cela signifie que vous devez garder le contrôle total de votre véhicule à tout moment. Si tenir votre cigarette vous empêche de tenir correctement le volant, de changer de vitesse rapidement ou de réaliser une manœuvre d’urgence, vous êtes en infraction. Tout dépend de l’appréciation des gendarmes ou des policiers au moment du contrôle.
Les trois situations où fumer au volant devient illégal
En présence d’un mineur (interdiction absolue)
Depuis la loi du 26 janvier 2016, il est strictement interdit de fumer dans un véhicule en présence d’une personne de moins de 18 ans. Cette interdiction s’applique à tous les occupants du véhicule, conducteur comme passagers, sans exception.
L’objectif est de protéger les enfants et adolescents du tabagisme passif, particulièrement dangereux dans l’espace confiné d’une voiture. La fumée de cigarette provoque chez les jeunes des troubles respiratoires, de l’asthme et multiplie les risques d’infections.
La sanction est claire : contravention de 3e classe avec une amende forfaitaire de 68 euros, pouvant être minorée à 45 euros ou majorée jusqu’à 180 euros. Aucun retrait de points n’est prévu, mais l’amende tombe automatiquement si un mineur est présent dans l’habitacle et que quelqu’un fume.
Quand la cigarette gêne la conduite
Si un agent de police ou un gendarme estime que votre cigarette vous empêche de conduire en toute sécurité, il peut vous verbaliser sur la base de l’article R412-6. Cette appréciation reste subjective mais s’applique dans des cas concrets.
Exemples de situations à risque : vous ne tenez pas le volant avec les deux mains, vous cherchez votre briquet en quittant la route des yeux, vous vous penchez pour ramasser votre cigarette tombée, la fumée envahit l’habitacle et réduit votre visibilité, ou vous êtes distrait en secouant les cendres dans le cendrier.
La sanction est une contravention de 2e classe : amende forfaitaire de 35 euros, pouvant être minorée à 22 euros ou majorée jusqu’à 75 euros. Aucun retrait de points n’est appliqué, mais l’immobilisation du véhicule reste théoriquement possible selon les articles L325-1 à L325-3. En pratique, ces poursuites sont souvent classées sans suite.
Dans un véhicule de fonction ou d’entreprise
Les véhicules de fonction sont considérés comme des lieux de travail à usage collectif. L’article L3512-8 du Code de la santé publique interdit formellement de fumer dans ces espaces fermés et couverts, même si vous êtes seul dans le véhicule à ce moment précis.
Cette règle vise à protéger tous les utilisateurs du véhicule, notamment les collègues non fumeurs qui pourraient monter à bord après vous. La fumée de cigarette imprègne les tissus, les sièges et l’habitacle pendant plusieurs heures.
Les sanctions applicables sont celles prévues par le Code de la santé publique pour les lieux publics. Concrètement, votre employeur peut également engager une procédure disciplinaire si vous enfreignez cette règle.
Quels risques réels pour la sécurité ?
Tenir une cigarette au volant réduit votre capacité à réagir rapidement. Vous conduisez avec une seule main sur le volant, ce qui rallonge votre temps de réaction en cas de freinage d’urgence ou d’évitement d’obstacle. La position recommandée des mains (10h10 sur le volant) devient impossible.
La distraction est un facteur d’accident majeur. Allumer votre cigarette, chercher votre paquet, secouer les cendres ou surveiller les braises qui tombent détourne votre attention de la route. Même deux secondes d’inattention à 90 km/h représentent 50 mètres parcourus en aveugle.
La fumée dans l’habitacle crée un voile qui réduit votre champ de vision, surtout si les fenêtres sont fermées. Le monoxyde de carbone et le dioxyde de carbone contenus dans la fumée peuvent également provoquer une somnolence et diminuer vos réflexes.
Si votre cigarette tombe sur vos genoux ou entre les sièges, votre réflexe sera de la récupérer immédiatement pour éviter de vous brûler. Cette réaction instinctive peut vous faire quitter la route des yeux au pire moment et provoquer un accident grave.
Cigarette électronique au volant : même règle ?
La cigarette électronique (ou vapoteuse) est soumise au même cadre légal que la cigarette classique. Aucun texte n’interdit explicitement de vapoter en conduisant, mais l’article R412-6 s’applique de la même manière si le vapotage vous empêche de conduire correctement.
L’interdiction en présence d’un mineur de moins de 18 ans est également valable pour la cigarette électronique. Même si les risques du vapotage passif sont bien moindres que ceux du tabagisme passif (pas de combustion, pas de goudrons), la loi ne fait pas de distinction.
Les forces de l’ordre peuvent donc vous verbaliser si elles estiment que votre vapoteuse vous distrait ou vous empêche de tenir correctement le volant. Le montant de l’amende reste identique : 35 euros pour gêne à la conduite, 68 euros en présence d’un mineur.
Conséquences en cas d’accident
Si vous êtes impliqué dans un accident de la route avec une cigarette à la main, votre assurance auto peut réduire votre indemnisation. Les compagnies d’assurance examinent les circonstances de l’accident et s’appuient sur le procès-verbal rédigé par les forces de l’ordre.
Si le PV mentionne que vous fumiez au moment de l’accident, l’assureur peut considérer que vous avez commis une faute de conduite ayant contribué au sinistre. Votre responsabilité peut être aggravée, même si vous n’êtes pas entièrement responsable du choc.
Cette mention dans le rapport peut également compliquer vos recours juridiques. Face à un tribunal, le fait d’avoir eu une main occupée par une cigarette plutôt que sur le volant joue rarement en votre faveur, surtout si l’accident aurait pu être évité avec une meilleure réactivité.
Ce qu’il faut retenir
Fumer au volant reste légal en France sauf dans trois cas précis : en présence d’un mineur (interdit absolu avec amende de 68 euros), dans un véhicule de fonction ou d’entreprise, et si votre cigarette vous empêche de conduire en toute sécurité (amende de 35 euros à l’appréciation des forces de l’ordre).
Si vous fumez régulièrement en conduisant, privilégiez les trajets où vous êtes seul, gardez toujours une main sur le volant et aérez l’habitacle. Mieux encore, profitez des pauses sur les aires d’autoroute ou attendez d’être garé pour fumer tranquillement.
La règle est simple : tant que votre cigarette ne compromet ni votre conduite ni la santé des passagers, vous ne risquez rien. Mais entre la théorie et la pratique, tout dépend du jugement de l’agent qui vous contrôle.
